Jack White – Entering Heaven Alive

Publié par le 19 août 2022 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Third Man Records, 22 Juillet 2022)

À peine remis du récent Fear of the Dawn, voici le second volet promis par Jack White pour 2022. Annoncé comme le pendant acoustique du précédent, j’étais curieux (et même impatient) de découvrir ces 11 nouveaux titres. C’est que notre ami Jack a un bagage déjà bien fourni de compositions acoustiques marquantes au fil de ses nombreuses aventures musicales (White Stripes, mais aussi avec les Raconteurs et en solo). Et (donc) un savoir-faire éprouvé dans le domaine.

Il suffit pour s’en rappeler de s’attarder sur le premier single de ce Entering Heaven Alive, envoyé en éclaireur dès janvier. Ce « Love is Selfish », fingerpicking parfait de 3 minutes, est un modèle du songwriting du natif de Détroit. L’épure au service de l’émotion. Une réflexion que je m’étais déjà faite auparavant, mais le bougre chante de mieux en mieux au fil des années, quand il délaisse (pour un temps) l’électricité, son pedalboard étonnant et ses licks stridents. Bon, il y a toujours quelques petits riffs qui traînent par-ci, par-là. Péché mignon. Comme sur l’excellent « All Along the Way ». Et grâce à une célèbre marque de six-cordes, on a ainsi pu observer tonton Jack, lors d’un tout récent concert à l’Olympia, passer sur la même guitare de cette ambiance acoustique élégante à ses lubies plus électriques d’un simple bouton. Quand même le matériel se met à son service ! Il faut dire que l’on tient un des plus beaux titres de ce nouvel album, avec ce petit clavier vintage inattendu (presque reggae ?).

« ... When the sunlight hits your hair
It’s like the whole universe was made for me
And I trust so much that we’ll find our way
We’ll have love, our love all along the way… »

Comme on ne s’interdit plus rien chez Jack White en 2022, ça dégaine même une rythmique acoustique bossa-nova (!) sur le groovy « A Madman from Manhattan », au phrasé presque hip-hop. Beck peut être jaloux.

« ... There’s a madman from Manhattan
There with a man’s hat and a floor mat made of satin… »

Et l’ambiance se fait plus jazzy parfois. Même emballement pour la basse ronde du génial « I’ve Got You Surrounded » dont le melting-pot aurait tout aussi bien figuré sur l’album précédent. Et toujours quelques riffs signatures. Le combo piano-basse fonctionne aussi très bien sur l’impeccable « A Tree on Fire From Within ». Et le violon guilleret de « Help me along » va vous faire siffloter et prendre la vie du bon côté. Si l’on excepte le court et sixties « Queen of the Bees » (n’est pas les Beatles qui veut) voire l’inaugural « A tip from you to me » (très Raconteurs mais plutôt faiblard), on ne froncera les sourcils que (très) rarement. Il se dégage de tout l’album une sérénité et une joie de jouer qui font plaisir à entendre. Jack White semble avoir atteint une plénitude et une maturité artistique qui donne à ces compositions un caractère attachant dès la première écoute. ll s’y cache souvent des trouvailles sonores inattendues (le gimmick de clavier sur « If I die tomorrow »). Et on y revient avec un plaisir non dissimulé. Le confinement et l’inactivité scénique semblent lui avoir profité. Pas de déprime à l’horizon. Et même s’il se fait plus grave sur le folk western de « If I die tomorrow » (voir le clip à l’esthétique soignée) ou règle quelques comptes avec Dieu sur « Please God, Don’t Tell Anyone », nul doute que le sort lui semble plutôt favorable ces temps-ci. Il vient même de se remarier récemment, en faisant sa demande sur scène pendant son vieux tube des White Stripes, « Hotel Yorba », et une fois le oui récolté auprès de sa dulcinée Olivia Jean, d’enchaîner les lyrics… Let’s get married. Cœur avec les doigts.

Pour clôturer l’aventure du vrai-faux double album, Jack White revient avec le même titre que celui qui ouvre le premier disque, « Taking me Back » donc, ici affublé du qualificatif Gently. Mais ne vous méprenez pas, comme j’ai pu le faire en regardant la tracklist et en faisant d’abord la moue, le titre est si différent dans cette version violon-piano-saloon vintage qu’il faut s’y reprendre à deux fois pour le reconnaitre. Sur la fin, on entend brièvement l’intro de la version de Fear of the dawn. Bien vu. Mais pas d’arnaque, cette année 2022 sera définitivement un bon cru pour Jack White. Deux albums ok, mais pas grand chose à jeter au final (même les artworks sont réussis). Le pari était osé. Il est plutôt gagnant. Par contre, les cheveux bleus, t’es vraiment sûr, Jack ?

Sonicdragao

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