Interview – Protomartyr

Publié par le 23 septembre 2020 dans Interviews, Non classé, Toutes les interviews | 0 commentaire

Depuis 40 ans, la scène post-punk anglo-saxonne n’a jamais semblé aussi fertile qu’aujourd’hui. Ça en deviendrait presque louche tant les « révélations » se succèdent alors qu’on n’a même pas encore bien assimilé la dernière en date. Protomartyr qui nous vient de Detroit, terre sacrée du… proto-punk n’a pas attendu ce regain de hype. Présent depuis plus de dix ans maintenant, le groupe confirme d’album en album qu’il n’évolue pas dans la même catégorie que les jeunes premiers aux dents longues. À sa tête, le flegmatique Joe Casey n’a jamais eu besoin de s’époumoner et de s’agiter dans tous les sens pour imposer sa présence magnétique et incarner ses grandes chansons chargées d’anxiété. Son cinquième album, Ultimate Success Today, bien qu’enregistré avant que le monde ne bascule dans l’irrationnel, n’est guère plus optimiste et dépeint un avenir bien incertain. À commencer par celui du groupe ?

“J’arrêterais si Protomartyr ne rapportait plus d’argent, mais tant que c’est possible, je continue, j’en profite.”

J’ai lu que tu te sentais très mal au moment de la composition de ce nouvel album. J’imagine que c’est en partie à cause de tout ce qui se passait dans le monde, et tu dis l’avoir composé comme s’il s’agissait du dernier… Tu as le sentiment d’être arrivé au bout de quelque chose ?
Oui, ce qui me rendait malade était déjà l’état du monde mais je n’étais pas très bien non plus physiquement. Et puis, on venait de rééditer le premier album (NdR : No Passion, All Technique, sorti en 2012) et en le réécoutant, je me suis dit « wow, on a vraiment tout mis dedans », car à ce moment-là tu n’as aucune garantie de sortir d’autres albums par la suite. J’aimais cette urgence et ce sentiment que ça pouvait était notre dernier album. Car être dans un groupe post-punk à cette époque et durer aussi longtemps, c’est déjà assez rare. C’était donc l’idée : retrouver cette approche, comme s’il s’agissait du dernier album.

On retrouve ça dans tes textes aussi. Sur « Tranquilizer », tu emploies très peu de mots mais tu évoques la douleur qui revient constamment puis la libération. Sur « Worm In Heaven », tu commences par « So it’s time to say goodbye. I was never too keen on last words. Hope I said something good ». Sur « Processed By The Boys » : « When the ending comes is it gonna run at us like a wild-eyed animal ». On peut très bien interpréter cela comme les adieux du groupe. À tort, j’espère !
Et bien, qui sait ? Non, je ne pense pas mais cela fait plus de 10 ans qu’on est dans ce groupe, jusque-là ça se passe très bien ! (Rires) Mais bon, notre tournée a été annulée pour des raisons logiques… Quand le groupe a débuté, j’étais le vieux monsieur au début de sa trentaine et ils étaient les jeunes mecs qui entamaient la vingtaine. Maintenant, ils ont l’âge que j’avais lors de nos débuts, et je me souviens m’être dit que ce serait totalement idiot d’être dans un groupe à cet âge… Celui que j’ai maintenant. (Rires) J’arrêterais si Protomartyr ne rapportait plus d’argent, mais tant que c’est possible, je continue, j’en profite.

OK, tu ne fermes donc absolument pas la porte. Ce disque pourrait bien être le dernier !
Oui. Qui sait ?

Je le trouve d’ailleurs encore plus triste que les précédents. Il est très mélancolique et rempli d’anxiété, probablement moins immédiat que The Agent Intellect ou Relatives In Descent qui contenaient de vrais tubes ! Ce n’est pas vraiment le genre de disque qui peut potentiellement vous permettre d’atteindre le succès ultime ! (NdR : référence au nom de l’album Ultimate Success Today)
(Rires) C’était peut-être idiot de l’appeler comme ça. C’est difficile à dire… Je me souviens que quand The Agent Intellect est sorti, les gens disaient « il n’y a pas autant de morceaux punk courts que sur le disque précédent, il me parait très déprimant. Personne ne va l’aimer… » Et pour Relatives In Descent, c’était « oh mon Dieu, il est hyper verbeux. C’est très déprimant, personne ne va s’y retrouver ! ». Et finalement, c’est celui qui s’est le mieux vendu. Je crois que la plus grosse différence, au-delà des choix musicaux qu’on a faits, c’est que sur les disques précédents, on pouvait se dire « oh, c’est très triste quand quelqu’un qu’on aime meurt », et là, c’est plutôt « oh, c’est très triste quand JE meurs ». (Rires) Je pense qu’il est plus personnel que les précédents. Alors, peut-être que les gens qui n’en ont rien à foutre de moi n’achèteront pas le disque. On verra !

L’autre nouveauté sur ce disque, et je m’en réjouis, c’est la présence d’instruments jazz : clarinette, saxophone, flute… Cela a-t-il changé votre façon de composer ? Les morceaux ont-ils été pensés de cette manière ou avez-vous simplement ajouté ces éléments ultérieurement ?
Oui, une fois de plus, Greg (NdR : Ahee), notre guitariste, a dit quelque chose qui nous semblait parfaitement ridicule au départ : « je ne veux plus utiliser de synthés ou claviers, comme sur les albums précédents. Ni de piano, de distorsion ou de feedback sur les guitares. Je veux remplacer ça par des instruments à vent, des instruments jazz. » Et c’est facile à dire mais c’est autre chose de l’imaginer. On s’est tous dit « qu’est-ce que tu racontes ? ». Je n’avais pas écrit beaucoup de paroles en amont, je voulais le faire à l’enregistrement, car je savais qu’on serait ensemble dans une vieille église (NdR : les studios Dreamland Recording) pendant deux semaines et que j’aurais beaucoup de temps pour écrire à ce moment-là. Je préférais être dans cet environnement. Entendre les invités venir et jouer de ces nouveaux instruments m’a clairement influencé. Mes textes évoquent le corps humain, la santé, la maladie et ça correspond très bien aux instruments à vent. Pour moi, ce type d’instruments symbolisent parfaitement le corps humain. Voilà pour ce qui est des paroles. Et pour les morceaux, on n’avait pas tout planifié mais il était donc prévu initialement d’y incorporer ces nouveaux éléments. Bref, Greg avait raison. Il a toujours raison !

Et je trouve d’ailleurs que tu chantes presque comme un chanteur jazz sur « Worm In Heaven ».
Oh, merci ! Je ne sais pas. Quand les mecs arrivent avec un morceau énervé, je me dis « ok, je sais quoi faire, je vais gueuler à propos de quelque chose qui m’agace ». Quand il font quelque chose de plus calme et joli, je cherche avant tout à me sortir de là. (Rires) C’était le cas ici, je suis content que le groupe ait suffisamment confiance pour tenter des choses comme ça sur ce disque. On n’aurait sans doute pas tenté ça sur le premier album, et peut-être même pas sur le troisième. Je suis content qu’on le fasse.

Tu chantes aussi avec Nandi Rose aka Half Waif (NdR : une chanteuse jazz) sur « June 21 ». Vous étiez donc très orientés jazz à ce moment-là ?
Moi, pas ! (Rires) On n’écoute pas tant de musique que ça ensemble. Greg, en tournée, écoute beaucoup de soul et jazz 70s. Quand il a dit qu’il voulait beaucoup d’instruments, une sorte d’orchestre pour ce disque, moi j’ai ajouté que j’aimerais avoir une voix féminine pour les chœurs. Je me suis toujours dit que ça contribuerait à rendre notre musique plus forte. On est arrivé en studio et j’ai dit « où est la chanteuse ? » (Rires) On ne pensait pas trouver quelqu’un mais le producteur (NdR : David Tolomei) nous a dit qu’il avait bossé avec Half Waif, qu’elle adorerait faire ça et que ce serait super. Appelons-la ! Elle est présente sur beaucoup plus de morceaux que tu ne le penses mais vraiment en fond, elle porte tellement les morceaux que c’est comme si elle était la superstructure. La structure secrète ! Je suis vraiment content d’avoir insisté, je tenais à avoir une autre voix pour soutenir la mienne car je pense vraiment que ma voix peut être agaçante au bout d’une demi-heure. (Rires) C’est donc chouette d’avoir une voix douce pour apaiser.

Ce n’est pas la première fois que tu chantes avec une femme. Sur l’EP Consolation, tu chantais avec Kelley Deal (NdR : sœur jumelle de Kim et membre des Breeders), ce que tu avais déjà fait auparavant. Les membres du groupe ne chantent pas de chœurs, en revanche. Tu penses vraiment que ta voix fonctionne mieux avec celle d’une chanteuse ?
J’aime quand plusieurs personnes assurent les chœurs, en plus ! J’essaie de pousser les gars à le faire mais ils ne veulent pas. Il y a longtemps, quand Greg et Alex étaient dans un groupe (NdR : Butt Babies), ils chantaient et ils ont de très belles voix. Je ne vois pas pourquoi ils ne veulent plus chanter ! Ils préfèrent se concentrer sur leurs instruments. En tout cas, ça a marché avec Kelley Deal et je me suis dit que ça fonctionnait bien quand j’étais secondé. Ça ne doit pas nécessairement être toujours le cas mais je chante différemment quand quelqu’un m’épaule.

C’est normal que j’entende le riff de « Paranoid » de Black Sabbath joué au ralenti sur « I Am You Now » ? Vous vous êtes faits la réflexion ou il n’y a que moi qui entends ça ?
Je n’y ai pas pensé mais juste après l’interview, je vais aller sur Youtube écouter le morceau et le ralentir (rires). Mais je ne sais pas d’où viennent les idées de riffs à Greg. Va-t-il sur Youtube pour ralentir les riffs de classic rock ? On l’a peut-être grillé là ! On a découvert son secret ! (Rires)

On ne dira rien ! Et j’espère qu’Ozzy n’a pas besoin d’argent…
Oh, il pourrait en avoir besoin. Il est si pauvre…

“Au premier coup dur, toutes les grandes entreprises hurlent qu’elles ont besoin d’argent. Ce sont elles qui gagnent des milliards, qui brassent de l’argent qui n’existe même pas et les gens demandent simplement une couverture santé, des salaires décents…”

Vous avez dû bien vous marrer en faisant le clip de « Processed By The Boys » (NdR : une parodie de prestation live dans une émission tv brésilienne qui dégénère, l’originale est ici)… Sur scène, tu es toujours très sérieux. Ce genre de boulots où tu dois faire le show, présentateur TV ou humoriste, vu que tu travaillais à l’entrée d’un comedy club, ça t’aurait plu ?
Oh non. Je me suis retrouvé à faire ce boulot car mon cousin possédait un comedy club et il fallait vraiment que je trouve un travail. On m’a souvent demandé à l’entrée « tu ne veux pas monter sur scène ? » et je leur disais que chaque comedy club avait besoin d’au moins une personne sérieuse et c’était moi. Je crois que c’est aussi ce qu’ils aimaient, que je n’essaie pas de me retrouver ensuite sur scène. Tout le monde essaie dans ces boulots-là ! Ils étaient contents d’avoir un gars se contentant de rester dans sa cabine à prendre des tickets. Pour ce qui est du clip, on est vraiment contents du résultat et les brésiliens l’ont vraiment aimé. Ils l’ont trouvé drôle !

Tu connaissais déjà cette émission ?
Non, pas du tout. J’ai juste vu un court extrait d’un mec qui se faisait harceler par des marionnettes et s’est mis à leur péter la gueule. J’ai trouvé ça drôle ! Quand on fait des clips, on reçoit des propositions de pitch très différents de la part de réalisateurs. Certaines sont bonnes mais beaucoup manquent de subtilité, ils cherchent juste à s’inspirer du nom du groupe sans chercher bien loin et nous proposent des idées sombres, vulgaires et dérangeantes. C’est donc chouette d’aller à l’encontre de ça. Là, notre ami Nathan (NdR : Faustyn) pouvait se charger du clip pour un budget réduit. J’ai dit « on peut faire un clip avec une émission en public qui dégénère ? » « Oh oui, aucun problème ! ». Donc ça s’est vraiment déroulé sans accroc.

Pour en revenir à l’actualité, je n’arrête pas de me dire que cette période très particulière que nous vivons pourrait inspirer de grands disques. Le fait de se retrouver isolé comme ça du jour au lendemain… Qu’en penses-tu et comment le vis-tu ? (NdR : l’interview a été réalisée au début du confinement, sa publication a été repoussée suite au report du disque, dont la sortie était initialement prévue en mai)
Je vivais déjà un peu isolé ces derniers temps. (Rires) J’attendais le début de la tournée pour sortir à nouveau de chez moi. Actuellement aux Etats-Unis, j’ai l’impression que les gens tiennent absolument à rester actifs, ils ne conçoivent pas de rester à la maison à ne rien faire, ils se sentent obligés d’être créatifs. Moi, je ne suis pas de cet avis, je trouve ça bien aussi de ne rien faire dans ce genre de situation… C’est probablement la chose la plus simple à faire. J’espère que cela provoquera des œuvres artistiques de qualité, mais aussi que les gens resteront prudents. De mon côté, je vais en profiter pour en faire le moins possible.

D’un point de vue économique, comment allez-vous y faire face ?
Je vais me chier dessus ! (Rires) C’est ça qui est super quand on vit aux Etats-Unis (ironique), on ferme les vannes un jour et tous les américains sont en panique. Personne n’a d’argent. On nous a dit toute notre vie de mettre de l’argent de côté pour les jours difficiles et au premier coup dur, toutes les grandes entreprises hurlent qu’elles ont besoin d’argent. Ce sont elles qui gagnent des milliards, qui brassent de l’argent qui n’existe même pas et les gens demandent simplement une couverture santé, des salaires décents… Je ne vais pas me mettre à quémander de l’argent dès maintenant, je détesterais faire ça. Être dans un groupe c’est parfois être un peu égoïste, car c’est un métier centré sur soi. Ce qui est sûr, c’est que c’est notre boulot et là on ne va pas pouvoir gagner d’argent pendant le confinement. J’imagine qu’à la fin de tout ça, on sera très maigres parce qu’on n’aura plus rien à manger ! (Rires) On verra bien… Ce n’est que le début, je ne vais pas tirer de plans sur la comète, ça pourrait durer des mois. Si tu te plains dès maintenant et que tu continues pendant des mois, personne ne va t’écouter.

Vous avez joué pour Bernie Sanders que vous soutenez donc officiellement. Avez-vous hésité à vous engager de la sorte ? Et corrigez-moi si je me trompe – ce que j’espère ! – j’ai le sentiment qu’il est trop à gauche pour avoir une chance d’être élu aux Etats-Unis… (NdR : je ne m’étais donc pas trompé…)
C’est marrant, avant qu’il nous demande… (Il se reprend) Enfin, évidemment il ne nous a pas appelés en personne « eh les gars, vous voudriez jouer pour moi ? »… Avant que son équipe ne nous contacte parce qu’il voulait un groupe pour jouer à son meeting de Detroit, j’avais eu une discussion philosophique avec Greg… Nos amies de Chastity Belt avaient joué pour lui lors de l’élection précédente et on connaissait d’autres gens qui l’avaient fait. J’avais ce point de vue philosophique : même si tu supportes un candidat, c’est mauvais de s’afficher officiellement en sa faveur, c’est mauvais pour lui et pour le groupe. Je disais que si on nous propose, on ferait mieux de décliner poliment. C’est très facile de s’y tenir… avant qu’on nous demande ! (Rires) J’ai dit au groupe « je pense toujours qu’on ne devrait pas le faire car ce n’est bon ni pour Bernie, ni pour nous… mais si je suis mis en minorité (« get outvoted »), je le ferai avec plaisir ». Ce fut le cas donc je l’ai fait avec plaisir. Après ça, on a pu rencontrer Bernie rapidement pour une photo et lui serrer la main, je me suis dit « je serre peut-être la main au futur président, j’espère que je ne vais pas le tuer en lui donnant le Covid ! » parce que c’est vraiment quand ça commençait à prendre. Le jour où on a joué, South by Southwest a été annulé. C’était le premier signe important. Après, est-il trop à gauche ? Il semblerait que beaucoup de choses qu’il propose soient nécessaires, surtout aujourd’hui où personne ne peut travailler et 3 américains sur 5 sont payés à l’heure. La couverture santé est tellement lié aux emplois ici que quand quelque chose comme ça se produit, tout le monde perd sa couverture santé quand on en a le plus besoin. C’est vraiment un système idiot. (Rires) Si les démocrates sont assez stupides pour ne pas l’élire, j’espère qu’ils seront au moins assez intelligents pour retenir beaucoup de choses qu’il a dites ces dernières années et que le parti s’orientera un peu plus à gauche. Actuellement, c’est un parti centriste, centre-droit pour certains. C’est ça nos deux partis aux Etats-Unis, c’est assez horrible…

J’espère qu’il a une chance, je suis avec vous !
Quand les choses ont commencé à mal tourner, il s’est tout de suite montré à la hauteur avec une stature présidentielle. Il était très informatif, il a donné de l’argent de sa campagne pour venir en aide à ceux qui en avaient besoin… C’est comme s’il tenait plus à ses principes qu’à devenir président, et c’est assez chouette. Quant à Joe Biden – que Dieu bénisse tous les Joe ! -, je ne sais pas où il se cache ?! Car il est très vieux ! (NdR : il a 77 ans, soit un an de moins que… Bernie Sanders) Bon, on verra bien…

Pour finir, je me demandais si tu t’intéresses au hip hop car Apollo Brown a sorti l’an passé un excellent album intitulé Sincerely, Detroit, dans lequel il a convié beaucoup de rappeurs de Detroit et c’est une véritable ode à cette ville…
Je fais partie de ces gentlemen quadragénaires capables de désigner l’année exacte des 90s où le genre était à son apogée… et je ne sais pas trop ce que les gamins trouvent au rap d’aujourd’hui. Ça me semble assez paresseux ! (Rires)

Je suis un peu de ton avis, j’ai beaucoup de mal à m’enthousiasmer autant pour le rap actuel que celui des années 90.
C’est drôle le rap me semble à peu près aussi vieux que moi, mais c’est sympa de le voir beaucoup évoluer. C’est un peu comme le rock&roll dans les années 70 quand il était dans sa période chanteurs-compositeurs. Le rap que j’aimais doit être l’équivalent en rock de ceux qui ne jurent que par Chuck Berry ! (Rires) « J’aime les bons vieux classiques rock&roll ! » (Rires) Mais j’écouterai ça alors. Les autres gars du groupe suivent plus que moi les nouveautés. Greg a déjà passé du temps avec Danny Brown, il est plus branché ! (Rires)

Interview réalisée par Jonathan Lopez

À retrouver également dans new Noise #54, actuellement en kiosques.

Merci à Christophe Moracin et Jennifer Gunther.

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