Interview – Low

Publié par le 28 octobre 2021 dans Interviews, Toutes les interviews

Voilà désormais près de trente ans que Mimi Parker et Alan Sparhawk ont donné vie à ce merveilleux groupe qu’est Low. Ving-sept ans précisément durant lesquels, après avoir posé les premières fondations du sLOWcore, ils n’ont eu de cesse de se renouveler avec une intransigeance jamais démentie. En 2018, énième revirement avec Double Negative. Un disque âpre, difficile à cerner (si ce n’est à écouter), à mille lieues de leurs productions les plus pop. Pas de changement de cap pour le petit dernier, HEY WHAT, aussi radical, mais probablement mieux équilibré entre la rugosité des instrumentations et ces mélodies et harmonies vocales divines qui ont toujours fait l’identité du groupe. Le trio a beau être redevenu duo après le départ du bassiste Steve Garrington, il semble toujours aussi soudé. De l’autre côté de l’écran, Mimi et Alan détaillent posément, avec une complicité certaine, la genèse du disque.

“De nombreuses innovations viennent du hip hop, ils travaillent les textures pour arriver à des résultats jamais entendus auparavant pour en faire des chansons. Ils se renouvellent également au niveau des rythmes. Autant j’ai longtemps reproché au hip hop d’utiliser le même genre de beats pendant tant d’années, autant aujourd’hui ce sont eux qui repoussent les possibilités de plus en plus loin.”

© Nathan Keay

Vous n’avez pas choisi le titre d’album le plus élaboré de votre discographie. Que signifie ce HEY WHAT ? Quelque chose comme « Qu’est-ce que vous regardez ? On fait ce qu’on veut ! » ?
Mimi Parker (batteuse-chanteuse) : (Rires) Oui, c’est ça !
Alan Sparhawk (guitariste-chanteur) : Il doit y avoir effectivement un peu de ça. C’est aussi une question en réponse à l’interpellation « Hey! ». « Hey what? ». Puis, sur l’album, tu trouves ce morceau « Hey » avec les chœurs qui répètent « Hey » et après eux arrive « what… ». C’est ce qui m’a donné l’idée du titre.

Cet album se situe dans la continuité de Double Negative. Pourquoi poursuivre dans cette voie ? Vous sentiez que vous pouviez aller plus loin ?
Alan : Oui avec Double Negative, on a trouvé une nouvelle façon de travailler, ça nous a ouvert des possibilités, on a découvert un nouveau vocabulaire, de nouvelles façons de traiter les rythmes, les textures, les guitares, les voix. On avait accès à une nouvelle palette donc on savait qu’on s’aventurait en territoire nouveau mais déjà en partie emprunté avec le disque précédent.

Quel a été l’élément déclencheur de ce virage ?
Mimi
: Le fait de travailler avec BJ (NdR : Burton, le producteur).
Alan : Oui on a beaucoup échangé avec lui. On avait des idées et des questionnements similaires. On écoutait des trucs qui nous semblaient intéressants, on a repris certains concepts pour les appliquer à Low. Ça collait avec notre volonté d’évoluer. On tenait après tant d’années à élargir notre vocabulaire, nos possibilités. On a pris notre temps pour explorer et apprendre différentes façons d’enregistrer. On a déjà travaillé avec beaucoup de gens formidables donc on a l’habitude de s’appuyer sur les connaissances et la personnalité de quelqu’un d’autre, on sait ce que ça peut nous apporter.

Certains morceaux du nouvel album ont-ils été écrits dans la foulée de Double Negative ?
Mimi
: Oui, quelques-uns.
Alan : Certains datent des sessions de Double Negative mais on ne parvenait pas à les finaliser. C’est parfois le risque avec ce type d’approche, on est un peu dans l’inconnu et on ne sait pas trop comment ça va sonner au final. Heureusement trois fois sur quatre, on est parvenu à quelque chose de satisfaisant, surprenant et excitant donc on les a conservés. Mais avec environ un quart des morceaux on a voulu aller un peu trop loin et ça ne collait pas donc on a repris depuis le début pour essayer quelque chose de totalement différent. On apprend aussi des tentatives ratées et ça nous sert ensuite. On avait également composé quelques morceaux avant la pandémie. On a emmené tout ça en studio pour faire différentes tentatives et on a vu assez vite quelles chansons se dégageaient.

Imaginez-vous que ces deux albums feront partie d’une trilogie ou allez-vous tenter de partir encore dans une nouvelle direction ?
Mimi
: À vrai dire, on a une trilogie d’albums avec BJ puisqu’on avait déjà fait Ones and Sixes (2015) avec lui. C’est le producteur avec qui on a le plus travaillé. On est toujours très excité de travailler avec lui car il est très créatif.
Alan : Oui, on parle un langage commun. On défend une esthétique similaire. C’est assez génial d’être aussi complémentaires. On vient avec des idées, on est déterminés à pousser les chansons dans de nouvelles directions, parfois extrêmes, et BJ avec ses connaissances et ses qualités parvient à nous aider à atteindre ce que l’on souhaite. En tentant, en expérimentant…
Mimi : Mais honnêtement on ne sait pas où on ira, on n’est sûrs de rien.
Alan : Parfois, il faut savoir mettre volontairement un barrage sur son chemin pour devoir le contourner, prendre d’autres directions. Ça peut nous mener à un endroit différent. C’est un peu tôt pour dire ce qu’on fera. On va déjà jouer ces morceaux sur scène, revoir des gens…

Avez-vous été surpris par l’accueil très positif reçu par Double Negative ? J’imagine que vous aviez des craintes à ce sujet… et que vous en avez à nouveau pour HEY WHAT !
Mimi
: Oui, on l’a été. C’était une nouvelle direction pour nous, c’était un peu angoissant. On s’est questionné à certains moments. On n’est pas aussi inquiets pour cet album.
Alan : Oui, Double Negative était une aventure assez dingue et ça s’est terminé de la meilleure des manières, on était ravis. On savait qu’on était allés loin, on se disait que certains allaient adhérer et que d’autres seraient totalement décontenancés, se demandant ce que c’est que ce truc. On était prêts à ça. Cette fois, on n’a plus vraiment d’inquiétude. On ne se dit jamais que personne ne va aimer mais on reste curieux de la réception des fans.
Mimi : On tient à ne pas se répéter. Pendant l’enregistrement, on a ajusté les voix de manière différente, on a senti qu’on tenait quelque chose.
Alan : C’est différent de Double Negative, c’était une sorte de chemin à suivre. On a procédé à des changements. Mais à ce stade de notre carrière, on a confiance en ce qu’on fait. Du moment qu’on se surpasse, qu’on aille au-delà de nos attentes. Je pense que les gens réaliseront cela, trouveront qu’on a fait preuve d’originalité.
Mimi : L’accueil du public valide en quelque sorte notre travail.
Alan : On savait qu’on faisait quelque chose qui ne pourrait pas plaire à tout le monde mais c’est bien car…
Mimi : Il faut toujours fuir le consensus !

C’est aussi la première fois que vous travaillez sans bassiste. Pourquoi Steve Garrington est-il parti et comment cela a-t-il affecté votre façon de travailler ?
Alan
: C’est clairement différent. Steve était très impliqué dans la composition. Sur Double Negative, il a apporté beaucoup de sons de claviers et a eu un véritable impact sur la façon dont ils se mêlaient aux voix. Certains des sons et accords qu’il nous a proposé ont permis l’écriture de certains morceaux. Cette fois, il manquait donc cette interaction. Mais on la retrouve avec BJ. On a malgré tout travaillé un peu de la même façon et la Covid a aidé d’une certaine manière car pour Double Negative on travaillait vraiment de manière fractionnée, on se retrouvait une fois de temps en temps. Avec la pandémie, on était donc déjà dans ce mode où il faut travailler parties par parties, en étant parfois éloignés pendant un certain temps. Il fallait faire des tests PCR parce qu’il pouvait y avoir des risques, on ne pouvait pas être trop à la fois… Mais ça a fonctionné. Ça faisait 12 ans que Steve était avec nous, mais ce n’est pas la première fois qu’un membre du groupe, présent depuis un moment, ressent le besoin de faire autre chose. Les tournées, c’était difficile pour lui, le fait d’être éloigné de chez lui. Tout le monde est différent. Pour certains, c’est génial de voyager, pour d’autres c’est plus difficile. Il faut parvenir à trouver l’équilibre. On sentait que ça devenait compliqué pour lui donc on n’a pas été surpris. On l’a vu encore quelques fois depuis la pandémie, il a joué un petit peu l’été dernier. Il restait quelques morceaux sur lesquels on travaillait ensemble. Mais quand on a su qu’il ne restait pas, on s’est dit qu’on allait s’occuper nous-mêmes de l’enregistrement, la production. C’était compliqué d’inclure quelqu’un de nouveau à un projet auquel il n’avait pas participé. On aura un nouveau bassiste pour la tournée et on va voir comment ça se passe. C’est déjà arrivé par le passé donc on a l’expérience à ce niveau. Généralement, la transition est assez rapide, on joue une musique simple donc on serait ravi d’avoir quelqu’un qui s’intègre bien. C’est important pour la composition, l’enregistrement, d’être entouré de musiciens qu’on aime et en qui on a confiance.

À propos du live, j’imagine que c’est un véritable défi d’adapter ces nouveaux morceaux à la scène. Comment y travaillez-vous ? Vous avez le temps, c’est l’avantage…
Mimi
: Oui, on a du temps. Et puis, tu sais, on n’a jamais essayé de reproduire exactement les morceaux du disque. L’impact est probablement plus fort quand on joue chacun de nos instruments et qu’on est…
Alan : … dans l’instant ! On veut faire les morceaux de nos mains…
Mimi : On va peut-être sampler certains sons mais ce sera principalement nous trois qui jouerons avec pour objectif de trouver une connexion. Créer quelque chose de spontané.
Alan : Quand tu commences à appuyer sur des boutons, à tripoter un ordinateur, cela crée une barrière entre nous et le public. Enregistrer et jouer, ce sont deux choses différentes pour nous. Ça n’a rien de révolutionnaire, les groupes font ça depuis toujours !

Trois morceaux m’ont particulièrement frappé dès la première écoute : « Hey » et son long passage instrumental éthéré, presque ambient à l’image de la deuxième partie de « Days Like These », et le long final de « The Price You Pay ». Certains moments m’ont un peu évoqué Talk Talk. C’est quelque chose que vous n’avez pas beaucoup fait par le passé. Était-ce un des challenges avec BJ, de se libérer du format « chanson » ?
Alan : Je pense que c’est venu assez naturellement pour équilibrer d’autres parties de l’album. Le morceau « Days Like These » est divisé en trois parties, par exemple. Si la dernière partie très ambient fonctionne, c’est parce qu’il démarrait par des chants très puissants et presque seuls qui ensuite devenaient de plus en plus forts car ils étaient gonflés et distordus de manière digitale sur la deuxième partie. Donc les voix dirigent et écrasent l’ensemble dans un premier temps et ce long passage instrumental comme sur « Hey », permet d’appuyer le contraste. Des mélodies, rythmes et structures très primitifs au début, puis quelque chose de plus abstrait. Le chant est tellement dominateur immédiatement qu’il fallait créer une rupture.

Votre musique a toujours été une affaire de contrastes mais là, vous avez peut-être atteint le contraste maximal entre les harmonies vocales et l’agressivité du son.
Alan
: Oui, c’est possible. On avait ça en tête. On savait qu’on se rapprochait de cela avec Double Negative et on a voulu voir si on pouvait aller plus loin encore cette fois.

“J’aimerais aussi parfois de ne plus avoir à penser musique systématiquement, à ce qu’on doit faire. Déconnecter complètement quand on rentre à la maison après 8h à bosser notre musique, mais on ne peut pas ! Quand on est en jour off à se promener au bord d’une rivière… on fait toujours partie du même groupe !” (Rires)

© Nathan Keay

Les textes de « White Horses » t’ont-ils été inspirés par la symbolique religieuse et fantastique du cheval blanc ? Il est souvent associé au sauveur, à la lumière ou, au contraire, à la mort. Dans Twin Peaks notamment, il annonçait souvent la mort prochaine d’un personnage.
Alan
: Honnêtement, je n’avais pas tout ça en tête. Si j’étais influencé par ce symbole, ce fut vraiment de manière subconsciente. Ce texte m’est venu un peu de nulle part. C’est souvent le cas, il y a rarement une réflexion derrière ou une inspiration suite à une lecture ou autre. C’est plutôt quelque chose de subconscient, ça me vient et j’écris puis j’essaie d’y mettre de l’ordre. Parfois, je suis capable de dire de quoi ça parle mais c’est assez rare. Là, ça m’est venu et je me demandais bien sa signification. Ça me paraissait puissant et collait bien avec l’émotion de ce passage du morceau mais je ne savais pas qu’il y avait une métaphore derrière tout ça.

Pouvez-vous m’en dire plus sur le visuel de la pochette ? C’était une demande de votre part pour coller au son du disque ou ça s’est fait un peu par hasard ?
Alan
: On avait déjà travaillé avec cet artiste, Peter Liversidge, sur les deux albums précédents. Il nous a demandé si on voulait un visuel pour l’album. Il m’a montré ce qu’il avait en tête, ça me paraissait bien donc on lui a fait confiance. C’est un zoom sur des publications des années 1800, des journaux ou livres avec des dessins à la main. C’était avant qu’on puisse intégrer des photos. Maintenant on a les demi-teintes, à l’époque un artiste devait faire des lignes et en fonction de leur épaisseur, de l’écart entre elles, ils créaient l’illusion de dégradés d’ombres et lumières. Cette pochette c’est donc comme un dessin avec des traits à l’encre, le ciel devant l’océan ou une tempête. Zoomé de cette manière, on peut voir les imperfections, la poussière, les bugs… C’est drôle parce qu’en la regardant, avec ses répétitions de lignes, on voit d’abord du bruit digital (rires). Mais en y regardant de plus près, on réalise que c’est quelque chose de très organique. Tout a été fait à la main. J’aime ce décalage, c’est froid et en même temps il s’agit d’un travail manuel pour reproduire la réalité de ses propres mains.

Tu disais il y a quelques années que les groupes indie rock ne prenaient plus suffisamment de risques aujourd’hui et étaient donc moins intéressants. C’est toujours ton avis ?
Alan
: Je ne sais pas sûr de vouloir aller sur ce terrain. On est autant coupables que les autres ! Nous aussi, on a utilisé les mêmes outils que ceux des années 60 et 70 pour faire nos disques donc je suis mal placé pour juger les artistes actuels. Je suis toutefois actuellement bien plus intéressé à l’idée de trouver des nouveaux sons, de ne pas utiliser les mêmes beats que tout le monde depuis James Brown et j’essaie de trouver des manières de rendre la guitare de nouveau intéressante, plutôt que d’utiliser constamment les mêmes sons. Je suis vieux, c’est peut-être pour ça. Mais je vois l’excitation dans les yeux de jeunes qui parviennent à jouer du Stevie Ray Vaughan et c’est génial aussi !

Te retrouves-tu davantage dans la musique électronique ou le rap aujourd’hui ?
Alan
: Non, pas vraiment. Je n’écoute pas de dance et ne suis pas très calé en musique électronique. Le hip hop que j’écoute, par l’entremise de l’émission de radio Hip Hop Hot Dish sur KUMD Duluth, s’est révélé une excellente façon de trouver des idées, d’élargir mes visions, surtout au cours de cette dernière décennie. De nombreuses innovations viennent du hip hop, ils travaillent les textures pour arriver à des résultats jamais entendus auparavant pour en faire des chansons. Ils se renouvellent également au niveau des rythmes. Autant j’ai longtemps reproché au hip hop d’utiliser le même genre de beats pendant tant d’années, autant aujourd’hui ce sont eux qui repoussent les possibilités de plus en plus loin. Je reste curieux, j’observe également beaucoup d’évolutions intéressantes du côté du metal.

À l’époque de Double Negative, tu parlais d’un projet avec des rappeurs de Minneapolis. C’est toujours à l’ordre du jour ?
Alan
: (Il réfléchit longuement) On devait faire un concert avec ce mec, on s’est pointé et il n’avait rien pour brancher son matos ! (Rires) On n’a donc pas pu le faire et ensuite on était occupés à d’autres choses donc on ne l’a jamais fait.
Mimi : Mais là, tu as travaillé avec des Amérindiens.
Alan : Oui, j’ai fait un concert récemment avec des batteurs et chanteurs amérindiens. C’est très cool ! Il y a pas mal d’artistes qui vont de l’avant et essaient de mêler des musiques traditionnelles à de plus classiques. Il y a toute une mentalité et philosophie sur le chant en provenance de cette culture qui peut beaucoup nous apporter.

Avez-vous songé à un album pour cette collaboration ?
Alan
: Pas encore. La Covid a tout ralenti. Mais un artiste nommé Joe Rainey travaille sur un disque qui sortira probablement prochainement cette année. Je l’ai beaucoup écouté et je pense qu’il va changer le monde. (Ironique)

(Rires) En toute modestie ! Votre album The Curtain Hits The Cast a 25 ans. Que représente-t-il aujourd’hui à vos yeux ? On trouvait notamment dessus « You Know How To Waltz », un des morceaux adulés par les fans… qui avait des passages très drones, pas si éloignés de ce que vous faites aujourd’hui.
Alan
: Oui, c’était une chouette période. Quelqu’un sur Twitter a posté une photo devant ce studio, Reciprocal.
Mimi : Ah oui, à Seattle !
Alan : Je crois que Nirvana y a enregistré Bleach. Beaucoup de super albums y ont été enregistrés (NdR : citons notamment Dry as a Bone de Green River, Screaming Life de Soundgarden, God’s Balls de Tad ou encore Superfuzz Bigmuff de Mudhoney). Oui, l’enregistrement de The Curtain Hits The Cast était sympa. C’était marrant de bosser avec Steve Fisk, il cherchait vraiment des sons un peu fous, il essayait de trouver de nouvelles possibilités de faire sonner les instruments.
Mimi : Et c’est vrai qu’on avait commencé à faire des morceaux très longs et aventureux. « You Know How To Waltz » était probablement notre première tentative dans cette veine.
Alan : Cet album est sans doute notre apogée en terme de morceaux leeeents. Il devait y avoir au moins trois morceaux sur ce disque très « brooooom ».
Mimi : On était très patients ! (Rires)
Alan : On a poussé aussi loin qu’on le pouvait dans ce domaine je crois.

On entend souvent qu’il ne faut pas mélanger vie professionnelle et privée et ainsi éviter de travailler avec la personne qu’on aime. Ça semble avoir très bien marché pour vous depuis toutes ces années. Avez-vous parfois éprouvé des difficultés à combiner ces deux aspects ou êtes-vous parvenus à trouver le parfait équilibre en tant que groupe et couple ?
Alan
: C’est difficile, bien sûr. Il est impossible de séparer les deux vies. Un jour compliqué pour le groupe créera de la frustration qui peut se répercuter sur nous deux. Vu qu’on est dans le même bateau, aucun de nous ne sera en position de consoler ou venir en aide à l’autre. Et une journée compliqué dans une relation le sera également au « boulot ».
Mimi : Ce sont de vraies difficultés, indéniablement.
Alan : C’est ce qu’on a voulu. On était jeunes et…
Mimi : …bien naïfs ! On pensait alors que ce serait une bonne idée de travailler ensemble. Et finalement on est ravis de l’avoir fait. On a obtenu plus que ce qu’on espérait.
Alan : J’aimerais aussi parfois de ne plus avoir à penser musique systématiquement, à ce qu’on doit faire. Déconnecter complètement quand on rentre à la maison après 8h à bosser notre musique, mais on ne peut pas ! Quand on est en jour off à se promener au bord d’une rivière… on fait toujours partie du même groupe ! (Rires)
Mimi : On est tout le temps en voyage pour les tournées donc on ne part jamais en vacances. Un jour…
Alan : Un jour, oui. Mais ce n’est pas grave. Du moment qu’on est ensemble. Et avec les enfants.
Mimi : On a aussi rencontré des gens fantastiques.
Alan : On garde beaucoup de grands souvenirs, d’expériences, d’amis rencontrés. C’est aussi ce qui rend une relation profonde.
Mimi : On se rappelle mutuellement nos souvenirs. Je me souviens de certains, et lui d’autres. Donc ils sont tous là avec nous.

De manière générale, comment avez-vous vécu cette année passée ? J’imagine que la défaite de Trump fut un soulagement…
Mimi
: Oh mon dieu, oui !

…mais d’un autre côté, il y a cette pandémie depuis un an et demi maintenant.
Mimi
: Oui, c’est une période complètement folle, très stressante.
Alan : Au moins, on a évité cette catastrophe même s’il y aura des répercussions pendant des années. Tous ces évènements ont vraiment touché le moral des Américains. Il va falloir de vrais miracles pour que les gens retrouvent unité et amour.

Tout ce climat a-t-il eu un impact sur votre musique ? Cela semble être la B.O. appropriée pour un monde qui s’effondre.
Alan
: Bien sûr. Même si, encore une fois, on ne s’assoit pas en se disant qu’on va écrire sur tel ou tel sujet. Mais à chaque fois, avec le temps, je réalise que nos chansons étaient totalement inspirées par ce qui se passait, liées à des peurs, des problèmes… Certains morceaux sont évidemment marqués par la frustration accumulée face au racisme, notamment. Ces dernières années, le racisme était si fort, ça a ressurgi alors qu’on pensait qu’on allait mieux à ce niveau-là. On essaie d’apprendre de tout ça, d’être à l’écoute des autres, de changer nos habitudes, nos façons de voir les choses, de s’exprimer. Et ça fonctionne ! Si tu essaies de changer les choses, ton fonctionnement, tu vois les choses avec plus de clarté, tu fais quelques pas en avant, tu as davantage de discernement à l’heure d’agir pour le changement.

Finissons sur une note positive : vous avez démarré sur Instagram vos live depuis chez vous, Friday I’m in Low, durant la pandémie. Vous continuez encore aujourd’hui, vous nous faites visiter votre potager, faites des reprises, notamment de Ween récemment. À quel point est-ce libérateur et cool à faire pour vous ? Et vous voyez-vous continuer encore longtemps ?
Alan
: Oui, c’est une bonne chose. Le jardinage me tient à cœur depuis quelques années, je tenais à partager ça. J’imagine que ça n’intéresse pas tout le monde mais je me disais que certains espéraient peut-être secrètement voir ça ! (Rires) C’était sans doute un peu égoïste de ma part. On va continuer à faire ça encore quelque temps. On l’a fait chaque semaine pendant un moment, c’était un vrai défi. Ça nous a aidés à rester concentrés sur ce qu’on faisait. Et pour l’enregistrement aussi. Comme on préparait ça chaque semaine, il fallait y réfléchir, chanter, jouer de nouveaux morceaux sur lesquels on travaillait, ça nous a permis d’affiner certains détails. C’était vraiment utile pour faire l’album, ça aurait sans doute été psychologiquement usant de ne rien faire pendant des mois et difficile de s’y remettre ensuite.
Mimi : Ça nous a permis de rester actifs, de réfléchir à notre musique…
Alan : On va sans doute continuer mais je ne sais pas, on va peut-être réfléchir à une autre approche, on verra.

Interview réalisée par Jonathan Lopez

Merci à Florian Leroy pour l’organisation de cette interview.

À retrouver dans new Noise #59 Octobre-novembre actuellement en kiosques.

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