The Jesus Lizard – GOAT

Publié par le 19 mars 2021 dans Chroniques, Incontournables, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Touch and Go, 15 mars 1991)

Putain 30 ans ! J’étais trop jeune à l’époque et je suis aujourd’hui probablement trop vieux pour écouter ces musiques de dégénérés. Chienne de vie. Ça ne fait rien, j’aime passer pour un dégénéré, un hurluberlu à tout le moins, et si un jeune passe par là en cherchant la recette du ragoût de chèvre, peut-être qu’il verra la lumière. Il devrait en tout cas sentir passer la mandale.

Mais n’effrayons pas trop le jeune. Il n’est pas question d’hyperviolence ici mais d’un blues sale, dérangé, avec de la gerbe qui colle aux basques. La basse de David Wm Sims ne fuit jamais devant ses responsabilités, elle donne le la, toujours, avance d’abord à pas feutrés et on suit car “Then Comes Dudley”. Les guitares acérées et insidieuses chargent par vagues, piquent intelligemment, jamais innocemment, David Yow marmonne à longueur de temps. On y va en rampant, si vous le voulez bien. Et on ne la ramène pas. “Mouth Breaker” se chargera de fermer les clapets qui se sont crus un peu vite arrivés. Les guitares ont repris le contrôle, concèdent peu de terrain et déboule alors le riff tournoyant de “Nub”… MON SALAUD ! Ne jamais se croire à l’abri, jamais ! Tout ici est histoire de rythme. De progressions langoureuses en cadences infernales. Cette chèvre est insaisissable. Et il n’est pas rare de se retrouver suffoquant comme Mr Yow qui répète à qui veut l’entendre qu’il ne sait pas nager (“I can’t swim!” x 425) alors que Duane Denison lui remet en permanence la tête sous l’eau en l’enserrant de ses 6-cordes (“Seasick”). Aidez-le enfin ! Ou il vous en cuira. Quand il n’est pas à deux doigts de l’asphyxie, Yow n’a guère besoin de gueuler (notez toutefois que quand il le fait, personne ne moufte), la violence est contenue, palpable, à l’image du fabuleux “Monkey Trick” et sa basse rampante phénoménale soulignée par chaque coup de baguette qui compte triple (merci Albini au passage). Double D place un dernier assaut meurtrier sur le finish, Yow est en lambeaux et nous à genoux. C’est ainsi qu’on procède à Chicago, Illinois. D’autres ne s’embarrassent d’aucune retenue, à l’image de “Lady Shoes”, immédiatement à notre pied, qui expédie l’affaire en moins de 3 minutes. Largement le temps pour Yow d’endosser 3 personnalités, d’éructer, de gémir puis de parler tranquillement comme si de rien n’était. Curieusement, ce n’est pas le mot “mélodie” qui vient à l’esprit quand on écoute The Jesus Lizard car celles-ci ne sont jamais évidentes, n’assaillent pas les oreilles d’entrée de jeu mais elles sont là, vicieuses. Et s’immisceront. Peu à peu. Quand les soubresauts incessants auront eu raison de toi, que tu auras encaissé les dissonances et agressions, te seras contorsionné plus que de raison. Quand tu auras perdu le contrôle en somme. Monte le volume et abandonne-toi, le jeune. Car Jesus Lizard, c’est du primitif, du sournois, du malsain. C’est tout aussi timbré que Scratch Acid mais plus maitrisé. Aussi dangereusement attractif qu’Oxbow et Birthday Party mais plus facile à pénétrer. Et tout aussi vain de tenter de s’en dépêtrer. Au bout de l’aventure, comme chacun de nous, tu te demanderas si ce GOAT qui enfonçait le clou rouillé de HEAD, porte son nom innocemment ou s’il ne clame pas fièrement qu’il est le Greatest Of All Time.

Jonathan Lopez

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