Foggy Bottom – Dans cet endroit

Publié par le 14 mars 2022 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Twenty Something – 28 janvier 2022)

Dans le dernier album d’Ausgang, Casey balancait une punchline vacharde, parmi d’autres, à destination de la scène rock française. « T’as rien à dire, alors tu le dis en anglais ». Plus loin dans le temps mais pas moins caustique, un certain John Lennon comparait le rock français au vin anglais.

Je ne serais pas aussi catégorique. Mais il est vrai que pour des raisons culturelles et/ou historiques diverses, le rock est assimilé à une sphère d’influence anglo-saxonne. Alors que bien des scènes à travers la planète ont aussi contribué à son rayonnement. Le rock français existe, mais très (trop ?) souvent en langue anglaise. Et celui dans la langue de Molière ? Of course, John. Foggy Bottom entre dans cette catégorie. Chacun a son opinion sur le chant en français dans le rock. Et le sujet divise. Le groupe de Thionville revient donc Dans cet endroit avec 9 titres in french dans le texte, plus l’instrumental « Longwy », du nom d’une commune entre Metz et le Luxembourg, aussi mélancolique que le coin sous la neige en hiver. J’ai déjà testé. Ça sort chez Twenty Something, pas les derniers pour défendre la cause du rock en France au passage. Dans la bio du groupe sur son Bandcamp, on trouve quelques noms pas inconnus par ici (Les Thugs, Dinosaur Jr, My Bloody Valentine, Weezer, Daho…) qui aiguisent forcément la curiosité. D’autant plus après un premier disque plutôt réussi en 2019 (Une histoire à l’envers). Un nouveau membre, Mathieu Dantec aux claviers, s’est ajouté au trio originel (David et Sophie Valli chant/guitare et basse, Christophe Vilarino à la batterie) et Camille Belin (Daria, ex-LANE, Do Not Machine) est à la production.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que tout ce petit monde a distillé une musique efficace (et ce n’est pas péjoratif ici) avec quelques beaux murs de guitares comme on les aime. C’est « A toute allure » que le quatuor déboule ainsi sur le premier titre, la batterie puissante, une basse ronde, un discret clavier… et toutes guitares dehors. Ça ressemble à un petit tube, non ? Avec un artisanat méticuleux dans la confection de cette électricité mélodique et abrasive, que tonton J Mascis, et les shoegazeurs ensuite, ont érigé en art majeur en d’autres temps. Foggy Bottom apporte sa patte en y ajoutant un sens éprouvé des refrains catchy. Comme sur l’excellent « Match nul » qui file la métaphore sportive, au rythme soutenu de la batterie. Les paroles faussement naïves invitent à plus d’un niveau de lecture selon l’humeur du moment (mélancolie, es-tu là), la situation amoureuse voire le climat politique (?).

« Tout est joué d’avance / Le match était truqué / On s’est perdu, je pense / La partie est pliée » 

Avec sa basse sautillante, « Le rond point » semble d’ailleurs offrir le même type de lecture un brin désabusé (l’impasse ?), mais la proximité d’échéances électorales peut m’avoir troublé. Le chant en français, l’intonation et des paroles ouvertes m’ont aussi rappelé (assez bizarrement) Autour de Lucie, et Immobile, album sorti en 1997 (sur « Dans cet endroit » ou « La Saison »). Mystère insondable de l’esprit. Tout au long de l’album, les guitares sont pourtant bien plus abrasives et omniprésentes que chez le groupe de Valérie Leulliot. Et quelques discrètes nappes de claviers et autres riffs apporteront une vibe new-wave (l’intro et le riff de « Sous la pluie », « Celui que tu croyais ») so 80’s. Mon allergie (ridicule) au chorus (que j’assimile immédiatement à cette décennie, sorry) m’empêchera ainsi d’apprécier pleinement certains titres comme « Tout ce qu’on sait faire » et leur préférer la rythmique écrasante d’un «Johnny belle gueule », mid-tempo plus heavy. La dynamique maintes fois éprouvée du LOUDquietLOUD (avec basse ronde sur les couplets et grosses guitares sur les refrains) fonctionne à plein sur plusieurs titres. Le grain de ces guitares délicieusement abrasif et la batterie qui cogne (« Dans cet endroit ») nous renvoie ainsi à plein de bons souvenirs discographiques. Le chant en français fait finalement son petit effet et apporte une singularité bienvenue, et on fredonne (très) vite la plupart des refrains. Bien peu de groupes hexagonaux ont tenté et réussi ce pari du rock puissant en français. Sans sa diction particulière (plus proche du hip-hop voire du spoken word), j’aurais volontiers cité Michel Cloup (en solo mais aussi avec Diabologum et Experience) mais je le cite souvent de toute façon dès que je parle de rock made in France.

Bref, vous l’aurez compris, c’est encore un (très) bon disque de rock français que Foggy Bottom nous propose avec Dans cet endroit. On n’a plus trop l’occasion de se la raconter niveau rayonnement international de la France dans bien des domaines (suivez mon regard). Alors, profitons-en ! Et vive le rock Français !

Sonicdragao

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