Dry Cleaning – New Long Leg

Publié par le 25 mars 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(4AD, 2 avril 2021)

Difficile aujourd’hui de ne pas voir l’étiquette Post Punk collée sur absolument tout ce qui sort, semaine après semaine, dans notre sphère d’indie rockeux/popeux/metalleux/punkeux, etc. Un terme apparemment magique, devenu sésame, le “par Saint-Michel et par Saint-Georges” du groupe actuel qui souhaite qu’on parle un peu de lui et de sa musique.

Pignon sur rue, air du temps, Zeitgeist, tout ça ; Fontaines D.C. par-ci, Idles par-là, Sleaford Mods par dessous, j’en passe… on s’en sort pas. C’est parfois moyennement bien, souvent insignifiant, constamment excellemment marketé, bravo à eux et à leur attaché de presse. Franchement, quand t’arrives à faire croire à l’importance que pourrait revêtir la musique (sic) de Sleaford Mods, t’es bon pour nous vendre le rassemblement de toutes les gauches (si vous aimez l’humour tragique, retrouvez mes meilleures vannes et plus encore sur onlyfans.com/maxexitmusik).

Comme le punk avant lui (ah bon ?), le terme Post-Punk est aujourd’hui, donc, un terme lourdement galvaudé, qui, au mieux, évoque une couleur, une absence de lumière, un certain goût pour les basses grosses et un minimalisme synthétique, mais qui embrasse avant tout un spectre tellement large qu’il finit par sonner comme un couperet dans une conversation qui, reconnaissons-le, était de toute façon mal engagée. Alors on passe à autre chose, avant de passer à encore autre chose.

Dry Cleaning, donc, sera immanquablement qualifié de Post-punk. Déjà parce que leur premier album New Long Leg sort aujourd’hui (ou demain, ou hier), ensuite parce qu’il est gorgé de Spoken word désenchanté, de basse grosse comme on a dit, soutenue par une rythmique rachitique et sèche. On y est, pas de doutes. Seule la guitare de Tom Dowse vient arrondir ce qui d’habitude est arête et crête… C’est elle qui crée le décalage et la singularité. Derrière l’omnisciente basse, pas toujours à la hauteur de l’enjeu d’ailleurs, c’est tout un pan de l’indie rock qui renait dans cet archipel de riffs dans lequel il fait bon se perdre. C’est l’originalité de Dry Cleaning de venir épaissir son minimalisme Post-Punk avec une guitare et une mélodie que n’auraient pas renié des groupes comme Built to Spill, The Dismemberment Plan, Interpol ou encore Yo la Tengo. La production de John Parish réussit à masquer l’aspect “collage” que le Covid a imposé aux quatre membres du groupe. L’ensemble tient sacrément bien la route de ce point de vue, même si on ne peut s’empêcher d’y entendre des égarements propres aux premiers albums de ce calibre.

Un des principaux problèmes de Dry Cleaning vient du fait qu’il s’agit d’un groupe à formule, destiné, par définition, à venir rapidement au bout de celle-ci. Florence Shaw séduit dans son rôle de poétesse, elle incarne ses textes de façons très convaincante et peut évoquer, par moments, une Anika moins teutonne et davantage sensuelle, mais déjà, c’est lorsqu’elle dérape légèrement vers le chant (“More Big Birds”) que l’on sent Dry Cleaning capable d’aller plus loin que là où nous laisse New Long Leg. C’est faire la fine bouche, car on ne peut contester la solidité des compositions et le charme opère bel et bien malgré les reproches adressés précédemment. Un titre comme “Leafy” ondoie hypnotiquement jusqu’à nous emmener dans une transe que l’on souhaiterait pouvoir vivre en concert. “New Long Leg” qui donne son nom à l’album est un de ces titres qui montre Shaw s’essayer à autre chose qu’à une simple déclamation maligne de ses textes et une fois encore, la guitare y est excellente. Enfin, malgré la triste référence, “John Wick” est également un des titres incontournables de l’album, un de ceux qui fleurent bon le fameux Post-Punk. La boucle est bouclée.

Avec ce premier album, Dry Cleaning fait une entrée polie dans l’arène. Je n’oublie pas les deux EP qui l’ont précédé, mais je considère que c’est réellement le premier long qui sert d’étalonneur pour la suite. Il ne faudra pas qu’elle tarde à arriver car au-delà de toutes ses évidentes qualités, New Long Leg n’est pas suffisamment fort pour marquer durablement l’empreinte du groupe. Nous aurons le temps de le réévaluer lorsque Dry Cleaning aura sorti son chef-d’œuvre, s’il le sort un jour.

Max

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