DISCO EXPRESS #20 : Korn

Publié par le 6 mars 2022 dans Chroniques, Disco express, Notre sélection, Toutes les chroniques

À l’opposé de notre rubrique sobrement intitulée « discographies » qui se veut objective, exhaustive et documentée, nous avons choisi ici de vous résumer chaque mois (sauf le précédent) des discographies avec concision, après une seule réécoute (quand ce n’est pas la première !) de chacun des disques. Des avis tranchés, des écrits spontanés, plus ou moins argumentés avec une bonne dose de mauvaise foi et d’amateurisme. Cause hey, this is just music!

Korn (1994) : Rien que l’intro de « Blind » et on y est… En réécoutant les 30 premières secondes de ce premier album, je me rappelle directement pourquoi ce groupe a été le plus important de mon adolescence. Le choc de ce son qui était encore un peu crado à ce moment-ci, grâce à une basse très en avant, une batterie au son creux de casserole et une prod sur la voix et les guitares abrasive et crachantes… Et ce groove déglingué, mes aïeux. Même si je n’ai pas découvert Korn par ce premier disque, mais par le suivant, la claque absolue ressentie à l’époque me revient en mémoire à peine l’album entamé à l’occasion de cette disco express. À l’époque je n’avais jamais entendu de basse slappée, cordes détendues, jamais entendu de cris, de pleurs (?!) et de gibberish pareils. L’évocation constante de l’enfance tour à tour dans les paroles, les mélodies enfantines et les pochettes, encore une particularité qui fait entrer le jeune auditeur dans un monde qu’il sait spécial et inédit. Sans oublier cette fameuse cornemuse qui apparait toujours à point nommé (l’intro de « Shoots and Ladders », oh la la), et qui ne semble absolument pas étrangère bien qu’étant complètement incongrue. Bref, un mélange tout à fait bizarroïde qui emmènera ce groupe loin, mais pas assez longtemps pour tout fan de la première heure. Car comme chacun le sait, cette combinaison parfaite des premiers temps ne tardera pas à se gâter… Mais pour l’instant ce premier album tient la route de bout en bout, sans temps morts, grâce à des compositions originales et un point d’orgue nommé « Daddy » qui dure, qui pèse et qui explore (un peu trop loin peut-être) l’histoire tourmentée de Jonathan Davis, ancrant déjà la mythologie du groupe.

Life is Peachy (1996) : En 1996, j’ai 13 ans et je découvre cette pochette dans le bien aimé Rocksound : choc visuel (je ne sais pas pourquoi). Je m’en vais chez le disquaire et je chope cet album inconnu pour moi, et surtout jamais écouté la moindre fois. Grand bien m’en a pris. Autant vous dire que la première écoute fut une gigantesque pistache dans la face. Oui quand on découvre un groupe par « Twist », c’est cet effet-là que ça donne. Mais quelle étrangeté, quelle folie et encore une fois un groove improbable façonné uniquement grâce à des gibberish, ça marque une fillette.
Korn continue dans la même veine que sur son premier album, mais apporte un peu plus de nuance dans les variations de son style unique, de la légèreté, de l’humour. Musicalement, même si je ne m’en suis sans doute pas rendue compte à l’époque, c’est fort bien élaboré, mais toujours avec ce son rough qu’on aime. Je le note maintenant, mais les breaks instrumentaux ressemblent de plus en plus à des samples hip-hop. Les deux interludes apportent quelque chose, ce qui est assez rare dans toute l’histoire des interludes. On trouve également un feat tout à fait à-propos de Chino Moreno sur un morceau qui amorce la fusion métal/hip-hop de manière fun « Wicked » amenant un rebond bienvenu. Et puisqu’il faut bien l’évoquer un single tubesque qui emportera tout sur son passage, le bien connu « A.D.I.D.A.S. ». Rien à dire, bien trop entendu.
Mon morceau préféré à 13 ans et à 39 est toujours « Good God ».
C’est avec une certaine mélancolie que se clôt ce qui restera clairement et de bien loin la meilleure partie de l’activité de ce groupe cher à mon cœur.

Follow the Leader (1998) : Voilà voilà, c’est bien connu, après avoir sorti un tube intergalactique, on ne se réveille plus pareil. On commence à réfléchir au moindre pas, le pied droit devant le gauche, ou le contraire ? On ne sait plus. On sent bien que la spontanéité est en train de s’en aller emmenant avec elle le son brutal et charnu qu’on aimait tant. Ça commence à se lécher et à se nettoyer de partout… Regrets éternels.
Le virage nu-metal est maintenant totalement effectué. Le son est beaucoup plus produit et canalisé, les mélodies sont mieux taillées pour les stades, etc.… Les guests que sont Ice Cube, Fred Durst et Tre Hardson font le job sans aucun doute. Il faut quand même avouer que même si tout cela perd de son charme naïf, ce troisième album reste tout de même de très bonne facture. Je me surprends même à l’aube de ma quarantième année à trouver que « Got the Life » est un bien meilleur tube que « A.D.I.D.A.S. » et je suis encore cap’ de chanter « All in the Family » sans faute. En revanche, à la réécoute en 2022, je me rends bien compte que cet album est clairement fait pour les kids en pantalons de skate, difficile de s’y plonger à 39 ans sans trouver le temps long. Là où les deux premiers albums ne sonnent absolument pas datés car ils sont frais et authentiques, ici ça sent un peu trop la fin des années 90 et le début des fautes de goût.

Issues (1999) : Après un album pour les kids, Korn n’a pas été plus loin dans l’aventure et essaye de se racheter un peu de crédibilité sombre avec ce Issues. Ouf, on se croit presque sauvé.
Bon clairement à l’époque j’avais détesté cet album qui me mettait presque mal à l’aise. Qu’en est-il 23 ans plus tard (le calcul qui fait mal) ? Pour commencer on est bien à la fin des années 90 avec ce son typique ultra compressé dans lequel on ne distingue plus grand-chose. C’est à se demander pourquoi passer d’un son naturel plein de relief entendu sur les deux premiers albums à une espèce de soupe instrumentale subtile comme un bloc de béton. Et ces refrains composés pour être chantés en chœur… Brrr. Rien d’autre à dire à propos de cet album pour lequel je ne comprends toujours pas l’engouement qu’il a provoqué à l’époque. Ah si, « Make me Bad » est cool mais bien meilleure en live.

Untouchables (2002) : Au moment de sa sortie, je me suis enthousiasmée à propos de cet album, je peux même dire que je l’avais adoré. Enfin le retour des bonnes compositions, même si la prod que j’aimais tant a définitivement disparu. Il faut arrêter maintenant d’espérer à chaque album le retour de la jeunesse et de l’originalité perdue. Stop le romantisme, la langue pendante. Fais-toi une raison pauvre fan, tu seras éternellement déçue, sache-le une bonne fois pour toute. En 2022, je réitère mon jugement en le mesurant un peu. Cet album est bon, même s’il y a de grosses longueurs et des fautes de goût certaines. Il est en tout cas mélodiquement ambitieux et réussi. Et il passe bien mieux que son ainé Issues. Je l’ai déjà dit, je vais le redire à chaque album, le son est vraiment daté malheureusement (fais-toi une raison, on t’a dit).

Take a Look in the Mirror (2003) : D’après mes souvenirs, c’est ici que les Romains s’empoignèrent et que chaque album rapprochait Korn d’une mort dans d’atroces souffrances ou dans l’oubli progressif, c’est comme on veut. C’est ici que j’avais commencé à lâcher franchement l’affaire. Apparemment j’ai eu raison, parce qu’à la réécoute 19 ans plus tard, bah c’est pas jojo. Cet album est produit par le groupe lui-même qui ne fait guère mieux que les prédécesseurs. Je ne sauve rien, je ne retiens rien de cet album. On retrouve bien des bribes de mélodies dignes d’un Jonathan Davis en forme (le refrain de « Counting on Me »), mais il n’y a plus de pilote à bord qui sache remettre la bizarrerie et l’originalité au centre du débat. Personne pour leur dire « Eh les gars, on n’entend pas vos instruments bordel de c.. , et où est passée la cornemuse bon sang de bois ? ». Album après album, c’est incompréhensible. Oh eh, on t’avait dit, stop le romantisme ! Toujours pas compris.

See You on the Other Side (2005) : Cet album s’ouvre avec l’ignoble single « Twisted Transistor ». Le largage en plein vol est désormais officiel. 17 ans plus tard, pas de rachat. Dois-je vraiment l’écouter jusqu‘au bout ? Et dois-je vraiment choisir un titre pour la playlist ?

Untitled (2007) : Ils ont eu raison, il ne méritait même pas qu’on se donne la peine de lui donner un titre celui-ci (méchante). Tentative de je-ne-sais-trop-quoi-au-fond, c’est raté. Dois-je vraiment l’écouter jusqu‘au bout ? Et dois-je vraiment choisir un titre pour la playlist ?

Korn III : Remember Who You Are (2010) : « Korn return to their blistering roots », voici la promesse inscrite sur la pochette de cet album qui, déjà par le visuel, nous laisse entrevoir une impression d’avant. Et Et Et c’est le retour de Ross Robinson à la prod. Je dois bien dire que la promesse n’est pas loin d’être tenue. Déjà le son est bien meilleur à mon gout, ça c’est clair, on réentend à nouveau les instruments grâce à une production bien plus en relief et abrasive. Alors oui, c’est toujours dans la veine des précédents disques : mélodiquement un peu dégoulinant et sans le côté bizarroïde présent sur les 2 premiers albums. Mais franchement après une traversée du désert interminable, cet album est tout à fait bienvenu, même si j’ai découvert avec stupeur que c’était très loin de l’avis de la majorité. Il contient même deux très bon morceaux : « Oildale » et « Lead the Parade ».

The Path of Totality (2011) : Alors ici mesdames et messieurs, c’est l’album de la maturité… Non je déconne. Je ne sais pas ce qui leur a pris d’aller fricoter avec des artistes dubstep. Bon, donc en 2011, le dubstep c’est le gros truc du moment et nos amis n’ont rien trouvé de mieux que de sortir un album de fusion metal/dubstep avec le gratin du style. Franchement ça se tente, non ? Le pire c’est que c’est plutôt réussi… risqué, inattendu, mais assez réussi. On ne pourra pas reprocher à ce groupe de tenter des choses, de surcroît après un album qui semblait les avoir remis en selle dans leur style habituel. Je dois avouer que j’aime bien cet album, premièrement parce que c’était un risque à prendre, deuxièmement parce qu’il est bien composé pour une fois. J’ajouterais que les sons dubstep ramènent une certaine bizarrerie qui n’est pas pour me déplaire. Donc voilà, c’est l’album surprise surprise en tout point de vue. Gros crush pour « Get Up » et son refrain épique.

The Paradigm Shift (2013) : Pour moi cet album représente un pic de forme. L’ascension avait été amorcée par le III, poursuivie sur The Path of Totality et déployée sur ce Paradigm Shift. Quelque chose s’est réveillée dans le chef de Jonathan Davis, qui tout d’un coup le fait inventer des refrains qui tiennent enfin debout et qui sont capables de m’émouvoir à nouveau, et ce, sur la quasi-totalité de l’album. Attention apparition des synthés, ça peut faire un peu peur, mais je crois que les fans de Korn en ont vu d’autres, et ce ne sont pas des synthés méchants, ils sont juste là pour décorer un peu. Bizarrement quand les compos sont à la hauteur, on ne parle plus trop de la prod, synthés ou pas. Cet album a aussi la bonne idée de me rappeler pourquoi j’ai aimé ce groupe si fort et si longtemps, l’attente désespérée n’était donc pas vaine.

The Serenity of Suffering (2016) : Eeeeeeeeeeeehhhhhhh re-crash. Mince alors, Korn et moi on pensait s’être retrouvés une bonne fois pour toute, l’amour toujours et tout ça… Je crois qu’à ce moment-ci, j’ai depuis longtemps accepté le jeu de l’amour vache, du groupe qui s’égare ou qui se bat pour retrouver sa splendeur d’antan. En fait c’est ça qui est troublant, on sent bien qu’ils essayent, c’en est presque touchant. Je ne sais pas trop quoi dire de cet album. Les compos sont en-dessous du niveau des trois précédents disques, et donc on en revient à causer du son qui, lui aussi est de nouveau un gloubi-boulga d’instruments fondus entre eux, on n’entend même plus Fieldy. Aérez la pièce les mecs. Je ne pige pas trop non plus pourquoi ils changent de producteur et/ou de mixeur à chaque album, au lieu de garder ceux qui ont fait du bon boulot par le passé. Dommage, même si c’est pas si mal, allez.

The Nothing (2019) : Bon, l’intro se passe de commentaire. Après je dirais que ça part vraiment bien. « Cold » est heavy comme il se doit, avec un refrain toujours hyper mélodique (je crois qu’on ne les changera plus maintenant) mais réussi. Les structures soniques sont bien plus intéressantes que sur le précédent album. On retrouve un peu d’auto-citation par-ci par-là, dans les riffs et les mélodies, mais ce n’est pas dérangeant. C’est assez bien amené donc ça rappelle même de bons souvenirs. Cet album est à ranger parmi les bons albums de Korn. Sans être incroyablement novateur, il navigue de façon confiante dans ce que le groupe propose depuis un bon bout de temps et en roue parfois un peu trop libre, presqu’en écriture automatique : des gros riffs, des parties typiquement metal et des parties chantées très mélodiques. Ce qui fait un bon album de Korn désormais c’est la qualité de composition (des refrains le plus souvent) et la production qui ici est de nouveau pleine de relief. Franchement pour un groupe qui approche de la trentaine, dans un style qui peut vite être daté voire ringard, ça force un minimum le respect. Le seul problème, c’est que même quand l’album est bon, il est toujours trop long et comporte donc toujours de grosses faiblesses. J’aurais évidemment aimé un nombre plus réduit d’albums pour avoir un répertoire plus ramassé et plus percutant. Si on parcourt la totalité de leur carrière, en laissant les deux premiers albums tels quels bien sûr, ils auraient eu de quoi faire de très bons albums, mais pas 14, plutôt la moitié.

Requiem (2022) : Cet album est l’exact prolongement de The Nothing, difficile de faire une distinction claire entre les deux, surtout avec le peu de recul que j’ai à ce moment-ci. J’ai quand même le sentiment que Requiem va se révéler bien supérieur, écoute après écoute. Je peux également essayer de dégager une sensation qui vaut pour The Nothing et Requiem : le groupe effectue des rapprochements avec les parents black et doom, voire sludge, tout en gardant leur identité claire et très mélodique sur les autres parties. Grosse qualité de cet album-ci, c’est qu’il a enfin un format digeste : 9 titres et c’est tout. Bien vu les gars, parce qu’ici il n’y a pas de gros trou d’air comme sur tous les albums précédents. Le couple formé par les deux derniers albums en date est donc un bon cru qui fait hocher la tête par moments et est plus que satisfaisant à d’autres. J’ai lu que le groupe était déjà sur le coup pour un prochain album… Pas trop vite j’espère, j’attends plus de surprise dans le futur, quelque chose qui me percute à nouveau (du genre de « Hopeless and Beaten »). Pour que l’unique surprise à l’avenir ne soit pas seulement de sortir un album qui tienne la route.

Happy Friday

Korn en 18 titres (au moins un par album) version Youtube et Spotify

Toutes nos discos express (Sonic Youth, Beastie Boys, Deftones, The Cure, Pearl Jam, Nine Inch Nails, Mogwai, Fugazi, Foo Fighters, Built to Spill, Dinosaur Jr, Weezer, Low, Unwound, Ramones, Metallica, The Smashing Pumpkins, Flipper, Eels)

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