DISCO EXPRESS #17 : The Smashing Pumpkins

Publié par le 19 novembre 2021 dans Chroniques, Disco express, Non classé, Toutes les chroniques

À l’opposé de notre rubrique sobrement intitulée « discographies » qui se veut objective, exhaustive et documentée, nous avons choisi ici de vous résumer chaque mois des discographies avec concision, après une seule réécoute (quand ce n’est pas la première !) de chacun des disques. Des avis tranchés, des écrits spontanés, plus ou moins argumentés avec une bonne dose de mauvaise foi et d’amateurisme. Cause hey, this is just music!

Gish (1991) : j’ai toujours apprécié cet album, mais j’ai un gros problème avec. Il commence très fort, avec trois tueries ; “I Am One”, “Siva” et “Rhinoceros”. Toute la base du groupe est posée avec ça, et c’est une base solide. Le problème, c’est que j’oublie quasiment le reste après chaque écoute ! Bon, j’exagère un peu, il y a de très bonnes choses comme “Bury Me”, “Snail” ou la très jolie “Daydream” chantée par la bassiste D’arcy Wretzky, mais d’une part l’ambiance globale est assez vite répétitive, d’autre part je trouve le mix faiblard (je n’ai jamais écouté l’album que sur cd, ça peut jouer). En bref, pas un chef-d’œuvre, mais un premier album solide et respectable.

Siamese Dream (1993) : J’ai souvent considéré cet album comme mon préféré des Pumpkins. Et il a de solides arguments : là encore, ça commence par un trio excellent qui montre bien ce dont le groupe est capable, mais ça suit plus loin avec un groupe de morceaux encore plus forts (le triplé “Soma”-“Geek U.S.A”-“Mayonaise”, parmi les 3 meilleurs titres du groupe, et j’ajoute “Disarm” parce que je suis fleur bleue). On a adoré des disques pour moins que ça. Ce qui fait que j’ai toujours du mal à le considérer comme un chef-d’œuvre absolu (contrairement à un autre disque sorti par un ex de Courtney Love la même année, par exemple), c’est que je lui trouve des passages à vide. La fin, notamment, s’essouffle en n’offrant rien de bien convaincant (redite de “Daydream” en moins bien pour conclure, “Silverfuck” trop bordélique pour réellement fonctionner, “Spaceboy” un peu too much…). Le groupe franchit un cap en songwriting, mais c’est dommage que la sélection de morceaux ne soit pas plus consistante…

Pisces Iscariot (1994) : …et c’est d’autant plus dommage qu’on a une petite idée des morceaux qui auraient pu figurer sur Siamese Dream. Beaucoup sont là. Et ils sont franchement bons ! Je voyais ce disque comme un achat dispensable, mais les circonstances (une erreur dans une commande sur feu-priceminister) me l’a mis entre les mains et je n’ai jamais regretté. On a un éventail assez large de tout ce que Corgan, et son guitariste James Iha dans une moindre mesure, avaient sous le coude. C’est plus viscéral, parfois un peu brut, mais on ne s’ennuie jamais vraiment malgré la durée du disque. Une collection de faces b qui a sa place à côté des meilleurs albums du groupe.

Mellon Collie And The Infinite Sadness (1995) : J’ai longtemps pensé qu’en faisant un seul disque en mélangeant les meilleures chansons des deux, on pourrait faire un bon album. À la réécoute, en faisant ça, on se retrouverait avec un disque d’une vingtaine de chansons, qui serait un des meilleurs des années 90 a minima. En fait, il y a deux possibilités : soit vous avez du mal avec la grandiloquence de morceaux comme “Tonight, Tonight”, et vous trouverez que le premier disque est excellent, mais parfois un peu too much, soit vous tolérez bien ces morceaux et vous considérez qu’il est excellent et qu’il est sans doute le meilleur album des Smashing Pumpkins. Le problème, c’est que le second n’est pas du même niveau et s’essouffle vite malgré certains pics monumentaux (“Bodies”, “X.Y.U.”, “Stumbleine”). Quoi qu’il en soit, on peut toujours regretter qu’il y en ait trop, ou faire la fine bouche, mais l’album est copieux, inventif, et bourré de tueries. Difficile de le mettre de côté…

The Aeroplane Flies High (1996) : Ce n’est pas à proprement parler un album mais un coffret regroupant les versions longues des singles de Mellon Collie. Et c’est surtout la preuve qu’on peut reconnaitre à Billy Corgan de ne pas se reposer sur ses lauriers et exploiter un filon jusqu’à plus soif, puisqu’il y aurait eu largement de quoi alimenter trois ou quatre disques dans la même veine que le double album ; et de bons disques, avec ça. Outre les quelques morceaux de James Iha, qui donne dans la pop simple et classieuse, le reste semble réuni de façon plus ou moins thématiques : des reprises pour “Bullet With Buttefly Wings”, qui laissent entrevoir le goût de Corgan pour les années 80 (les deux dernières étant d’ailleurs beaucoup trop dans cette veine à mon goût), des morceaux énervés pour “Zero”, des ballades pour “Tonight, Tonight”… Je ne jugerai pas le choix des singles, beaucoup sont des tubes évidents, même si je ne suis pas friand de certains, en revanche je dois bien reconnaitre qu’il n’y a pas grand-chose à jeter dans les faces b. Hormis un medley composé de riffs en cours de travail qui n’a de réel intérêt que pour les fans absolus ou ceux qui s’intéressent aux différentes étapes créatives. Le problème, c’est que le coffret coûte un bras et est très long pour un profane complet, il est donc à réserver aux amateurs. Pourtant, la musique qui est dessus pourrait être une excellente porte d’entrée dans l’univers du groupe.

Adore (1988) : Je n’ai jamais aimé cet album, et cette énième écoute ne m’a pas fait changer d’avis. Certes, il y a une forme de continuité, puisque des morceaux sur Mellon Collie et ses singles pourraient tout à fait figurer dessus, ou du moins préfigurer le virage entrepris ici. Et je suis même prêt à reconnaitre une forme d’originalité dans la démarche de remettre à l’honneur la musique des années 80 avec une touche propre au groupe. Certes, à un moment où de nombreux groupes partagent cette fibre, mais je ne suis pas certain que beaucoup l’aient matérialisée de cette manière-là et aussi tôt que les Pumpkins. Quoi qu’il en soit, je déteste le son de l’album, et je trouve les compositions faibles, sans savoir si c’est le son de l’album qui les empêche de se révéler ou si au contraire c’est leur faiblesse qui m’empêche d’aller au-delà du son de l’album. Quoi qu’il en soit, je trouve ce disque extrêmement pénible et surcoté.

Machina/The Machines Of God (2000) : J’apprécie plus cet album que le précédent, puisque le son en est beaucoup plus supportable à mes oreilles. Le groupe évolue en s’essayant à des styles très en vogue à l’époque (électro-rock, indus…), avec plus ou moins de réussite. On a même quelques très bons morceaux (aussi datées que soient “The Everlasting Gaze” ou “Stand Inside Your Love”, ce sont des chansons efficaces ; contrairement aux singles de Adore). Le problème, c’est que cet espèce de patchwork de la musique de l’époque, couplé à certaines compos assez moyennes, donne un disque qui vieillit assez mal et laisse une impression plutôt mitigée.

Machina II – The Friends & Enemies of Modern Music (2000) : Un album sorti uniquement pour les fans et distribué (à l’époque) gratuitement, c’est une démarche assez loin de ce qu’on imagine faire un groupe de connards comme les Smashing Pumpkins. Surtout que quand on écoute, il est excellent ! Les seules chansons moyennes sont des chutes de Adore (il n’y a pas de mystère) et le reste titille beaucoup la fibre nostalgique en évoquant les premiers disques du groupe sans être du copier-coller non plus. Machina seul n’a rien d’impressionnant, mais couplé à ce deuxième disque très différent (et très bon), ça lui redonne une certaine valeur. Belle réussite !

Zeitgeist (2007) : Voilà sans doute l’album le moins sincère et le plus commercial du groupe. Corgan a reformé les Smashing Pumpkins sans la plupart des membres originaux et décide de s’astreindre à faire un album rentre-dedans pour surfer sur la nostalgie du passé, sans vraiment laisser libre court à sa créativité. Oui, mais le truc, c’est qu’il a repris Jimmy Chamberlin à la batterie, donc forcément, Corgan + morceaux simples et efficaces + Jimmy Chamberlin = beaucoup de plaisir à écouter. Disque très satisfaisant pour une reformation, et l’un des disques de vendus qui tient le mieux la route dans la carrière d’un groupe connu.

Teargarden By Kaleidoscope (2010) : Après le disque obligatoire, Corgan veut de nouveau se lâcher avec un énième projet ambitieux, une œuvre de quarante titres mis en lignes (gratuitement, à l’époque !) goutte à goutte et formant un tout. Il n’ira jamais au bout et reprendra le format album au bout d’un moment, mais les 2 EP et 2 chansons sortis sur ce format montrent bien le cheminement du groupe nouvellement formé (Chamberlin a été viré entre temps). Le résultat est mitigé, bien qu’original et diversifié. Certains morceaux fonctionnent très bien (globalement, le premier EP), mais beaucoup se perdent à cause d’un amour beaucoup trop prononcé pour les synthés cheap. Pas l’heure de gloire du groupe, mais pas un gouffre très profond non plus.

Oceania (2012) : Voilà donc le premier album sorti dans le cadre du projet Teargarden By Kaleidoscope. J’avais vu le groupe sur scène pour cette tournée et j’avais eu la désagréable impression de voir Billy Corgan entouré d’un cover band des Pumpkins. Ce qui est étonnant, c’est qu’en entendant l’album, on a presque l’impression inverse : celle d’un groupe indie pop rock qui aurait invité Billy Corgan pour les vocals. Visiblement, les morceaux ont été composés collectivement, et c’est fort possible car ils ne ressemblent pas tant que ça à ceux des autres disques du groupe. En fait, cette nouvelle mouture des Smashing Pumpkins nous propose un indie rock de bonne facture, assez sympa à l’écoute, mais qui n’a pas une personnalité aussi marquée que ce que Corgan fait d’habitude.

Monuments To An Elegy (2014) : Dans la droite lignée d’Oceania, même si le batteur a encore été viré et remplacé par Tommy Lee de Mötley Crüe, Monuments To An Elegy se détache surtout par une plus forte dose de synthés qui reste cependant tolérable, toujours dans un style indie pop du début des années 2010. Là encore, ça manque un peu de personnalité, mais c’est plutôt bien fait dans le genre.

Shiny and Oh So Bright, Vol. 1 / LP: No Past. No Future. No Sun. (2018) : Ce disque est un peu l’anti-Zeitgeist. Trois des quatre membres originaux sont réunis, donc on joue sur la fibre nostalgique, mais le guitariste de la période Teargarden a été gardé, et le groupe décide de faire vibrer son côté arty plutôt que de s’imposer des figures de styles pour plaire au public. Au final, on a un disque qui est sans doute plus honnête et sincère que Zeitgeist, mais que je ne trouve pas aussi agréable à écouter. Forcément, si Corgan + morceaux simples et efficaces + Jimmy Chamberlin = beaucoup de plaisir, on ne peut pas en dire autant de Corgan en roue libre dans un délire arty, même avec Chamberlin et Iha. Un disque nostalgique sympa néanmoins.

Voilà, finalement pour un groupe qu’on aime autant détester, c’est un parcours très honorable de n’avoir qu’une seule faute de goût sur toute une discographie. En écoutant sa musique, on a tendance à appréhender différemment Billy Corgan en tant qu’artiste, et lui trouver beaucoup de qualités.

Quoi ?
Un album est sorti l’an passé ? Non, je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Vous êtes sûrs ? Non, mais là, je finissais sur une touche positive. Vraiment, je dois TOUT faire ? Bon, ben vous l’aurez voulu.

Cyr (2020) : Corgan a souhaité faire un album dans l’air du temps, pour montrer que les Smashing Pumpkins sont un groupe actuel, et pas simplement une relique du passé. Le problème, c’est qu’en le faisant, il sort un album qui sonne comme s’il était sorti en 1984, soit 10 ans avant le pic de créativité des Pumpkins. Le son est horrible, je ne pourrais rien dire sur les compos, elles sont peut-être très bien dans leur style mais je trouve le style en question horrible. C’est presque criminel d’avoir Jimmy Chamberlin sur un album et de lui faire jouer ça avec ce son-là, ils auraient pu le remplacer par une boite à rythmes comme sur Adore. D’ailleurs, ce disque me ferait presque dire du bien de Adore, qui avait au moins le mérite de proposer une démarche originale pour l’époque (bien que dans l’air du temps), là où Cyr cherche par tous les moyens à faire de la musique commerciale actuelle. Soit vous êtes friands de la vague revival 80s et vous pourrez juger cet album avec plus de finesse que moi, soit vous la vomissez comme moi, et ce disque est à fuir.

Blackcondorguy

The Smashing Pumpkins en 20 titres (version Youtube et Spotify… dans laquelle il manque 4 titres) avec un peu de chaque disque

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