Cvantez – A Smile To Reset

Publié par le 8 mai 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Autoprod, disponible en numérique/sortie vinyle le 2 juin 2021)

Dans un monde fantasmé où la majorité de la populace aurait bon goût, la sortie du nouvel album de Cvantez serait sur toutes les lèvres. Dans notre monde de merde, A Smile To Reset n’a pas été davantage détecté par les radars de la presse musicale que ses trois prédécesseurs.

Pourtant, cet album a de quoi enthousiasmer le dernier des blasés un tant soit peu connaisseur. Et ce dès “Wonder Love”, pleine d’entrain en ouverture, qu’on oserait presque qualifier de funky si on était téméraires. Nous ne sommes que des pleutres comme chacun sait mais des pleutres heureux. Heureux comme des gosses, pourris gâtés, à qui l’on file en quantité démesurée de merveilleuses petites chansons terriblement accrocheuses (petites par l’ambition, certainement pas par la dimension). Des chansons, pour la plupart, tout en retenue et mélancolie (“The Party”, “Suburbans” ou ce “Post Passion” tout souffreteux) et surtout totalement irrésistibles (aujourd’hui, nous pointerons “An Eye On You” mais vous pourrez mettre n’importe laquelle à la place). A Smile To Reset est de ces disques où tout coule de source, où rien n’est forcé, où les couplets sont chéris, les refrains scandés, tout parait simple et pourtant parfaitement étudié. Les deux voix, féminine (Eloïse Dandoy) et masculine (Frédéric Oscar), se complètent à merveille et ne se trompent pas de combat. Elles cherchent l’authenticité plutôt que la précision millimétrée. Celle de la dame peut évoquer, par moments, le timbre grave de Courtney Barnett. Il convient de signaler un changement notoire qui hérissera peut-être les plus patriotes d’entre vous (et auquel je n’accorde personnellement aucune espèce d’importance) : le passage à l’anglais. Il révèle ainsi un accent parfois approximatif. La belle affaire. Certains auraient fait 25 prises supplémentaires, Cvantez sait que l’essentiel est ailleurs. L’essentiel ? Cette spontanéité, cette passion suintant de tous les pores de ces compositions, ces ponts ayant fière allure, ces guitares s’en donnant à cœur joie. Toujours inventives dans leurs mélodies (les arpèges malicieux de “Hey Lino” ou “Suburbans”), offrant des gimmicks habilement tricotés et, parfois, un final incandescent (“Hey Lino” et le morceau-titre qui conclut admirablement l’affaire).

Les parisiens de Cvantez poursuivent leur mission, imperturbables, comme d’honnêtes et consciencieux artisans offrant des prestations remarquables bien plus abordables que le bourrin de service à qui tout le monde s’adresse. Ils font peu de bruit, n’ont pas de panneaux lumineux pour s’annoncer, simplement d’impeccables références. Peut-être qu’un beau jour, le public les remarquera. Il se demandera alors comment il a pu passer à côté d’eux pendant tout ce temps.

Jonathan Lopez

Vous pouvez écouter et vous procurez cet album et les précédents sur leur bandcamp


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