Big Thief – Dragon New Warm Mountain I Believe In You

Publié par le 9 avril 2022 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(4AD, 11 février 2022)

A priori, il n’existe aucun rapport stylistique entre Big Thief, Idles, Black Country, New Road, Wet Leg et Billie Eilish, pourtant ces artistes ont un point commun en ce qui me concerne : on parle beaucoup de leurs disques, et j’ai du mal à comprendre pourquoi. Prenons Big Thief, critiques dithyrambiques unanimes, rédacteurs, y compris d’Exit Musik, en transe, tout ça pour 2-3 tubes folk country sympas sur des albums qui ne me provoquent aucune émotion, si ce n’est de crispation à la voix de la chanteuse Adrianne Lenker

Alors quand on m’annonce la sortie d’un double album varié et éclectique avec un nom à coucher dehors qui va parfois explorer la musique des années 80, décennie honnie de mes oreilles, autant vous dire que l’idée de m’écouter 80 minutes de la voix de Lenker me remplissait à peine plus d’impatience que si on m’avait annoncé un arrachage de dent sans anesthésie.

Qu’est-ce qui m’a poussé à passer le pas ? La volonté de prouver à notre rédac’ chef que je ne trouverai mieux cette année que le dernier Superchunk, sans doute (vous pouvez trouver ça triste, moi je vais me consoler en réécoutant « Endless Summer »). 

Début de l’album, et je sens déjà que ça va être long. La chanson n’est pas mauvaise, mais la voix de Lenker sur une compo de country folk classique, je sens que ça va être long. « Time’s Escaping », avec ses percussions bizarres, a plus de personnalité, mais le soufflé retombe aussitôt avec la guimbarde (vous savez, le machin qu’on se met dans la bouche pour faire « zboing zboing ») et la country redneck de « Spud Infinity », bref, c’est la douche écossaise sur le début du disque. 

Soudain arrive le titre éponyme, avec ses arpèges et son ambiance éthérée, la voix de Lenker passe dans un registre plus aigu et quelque chose d’étrange se produit : elle ne me dérange plus.
À partir de là, je suis séduit par quasiment toutes les chansons alors que c’est aussi sur ce passage que les années 80 débarquent : chorus, reverb, boîte à rythmes, sonorités électroniques, références post-punk, tout y est sur le papier pour que je vomisse par les oreilles. Mais rien n’y fait, j’accroche, j’apprécie, et le seul moment où je décroche, c’est quand la country redneck revient pointer le bout de son nez avec son fiddle de pouilleux. À se demander si Lenker ne s’est simplement pas plantée de registre depuis le début, tant elle me séduit sur « Flower Of Blood », « Blurred View » et « Little Things ».

En vérité, ce serait réducteur et de mauvaise foi, car les ballades en arpèges comme « Promise is a Pendulum » ou « The Only Place » sont sublimes, et j’aime aussi beaucoup des morceaux comme « Love Love Love », « Simulation Swarm » ou même, inexplicablement « Wake Me Up To Drive » qui aurait tout pour me déplaire avec sa boîte à rythmes cheap au possible. 

Il faut donc me rendre à l’évidence : j’adore ce disque de Big Thief. Ce disque interminable qui finit par me sembler de plus en plus court dès que je passe les 4 ou 5 premiers titres, qui parvient à me faire oublier ce qui me gênait dans la voix de sa chanteuse, qui parvient à me faire aimer des choses que je devrais en toute logique détester selon mes goûts habituels. De deux choses l’une, soit je suis devenu fou, soit c’est une sacrée réussite.

Blackcondorguy

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