Superchunk – Wild Loneliness

Publié par le 7 avril 2022 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Merge, 25 février 2022)

Certains groupes n’ont sans doute rien révolutionné, mais ont proposé tout au long de leur carrière des albums d’excellente facture dans le style qui était le leur, au point qu’on se demande s’il existe une seule fausse note dans leur discographie. Superchunk est de ceux-là. Ce ne sont pas les premiers à avoir fait basculer leurs racines musicales punk vers une power pop accrocheuse, ni à y avoir ajouté une touche d’émotion, et ils ne sont pas non plus les plus connus de cette catégorie. Pourtant, je pense que je troquerais sans trop d’hésitation leur discographie pour celles de Hüsker Dü, des Replacements ou de Weezer (plutôt volontiers pour ces derniers). Sans dire que tous ceux qui les connaissent et les écoutent partagent mon point de vue, il est à peu près juste d’affirmer que ce groupe a son petit culte et bénéficie auprès des connaisseurs d’une bonne dose de respect et de reconnaissance.

Leur dernier album en date, Wild Loneliness, semble cependant ne pas faire l’unanimité auprès des amateurs. Que cette sortie ne fasse pas beaucoup de vagues, rien de surprenant : encore une fois, le groupe de Caroline du Nord n’apporte rien de novateur ou d’inédit (si ce n’est les morceaux en eux-mêmes, bien entendu). En revanche, j’avoue avoir été surpris par le fait qu’elle puisse décevoir des gens qui savaient a priori à quoi s’attendre. Ce disque est-il un mauvais album de Superchunk ? Alors essayons de nous poser la question de fond : c’est quoi, un bon album de Superchunk ?

Pour ceux qui ne connaitraient pas du tout le groupe mais auraient tout de même eu le courage de lire les deux premiers paragraphes de cet article (si ce lecteur existe et que c’est toi, n’hésite pas à nous écrire pour prouver ton existence, je t’avoue que j’ai du mal à y croire moi-même), je vais tout de même tenter d’expliquer de quoi il retourne. On trouve d’abord des racines punk, principalement sensibles sur leur premier album, avec pour exemple le plus parlant le single « Slack Motherfucker » ; mais leur premier étant un des moins intéressants, on pourra en conclure que ce n’est pas simplement ça qui fait le bon album de Superchunk. On a aussi une musique plutôt pop, avec des mélodies accrocheuses, comme on peut le constater sur « Pink Clouds », « Like A Fool » ou « Martinis On The Roof » portées par la voix aigüe de Mac McCaughan et son duo de guitares avec Jim Wilbur. En général, on a quelques tubes qui déchirent (« Hyper Enough » ou « Me&You&Jackie Mittoo » pour n’en citer que deux), un zeste d’attitude nonchalante et un brin de folie. Voilà a peu près comment je résumerais l’ensemble.
Faisons maintenant le tour de Wild Loneliness. L’album s’ouvre par un riff qui pourrait venir d’un album des Beatles ; on fait difficilement mieux mélodiquement, mais si ça ne vous suffit pas, essayez donc « Highly Suspect », « On The Floor » ou « Connection ». Rien à redire, on peut cocher les mélodies accrocheuses. Les racines punk s’entendent bien, imaginez par exemple « Refracting » avec un arrangement plus électrique et on croirait être revenu aux premiers albums. On peut cocher ça aussi. La voix de McCaughan est toujours irréprochable, et pour la guitare on pourra trouver tout ce qu’on cherche, par exemple, sur « If You’re Not Dark ». Là encore, on coche les cases sans insister. Single qui tue ? Personnellement, je trouve « Endless Summer » assez irrésistible. Pour l’attitude nonchalante, on a le côté détendu (laidback, comme disent les Étatsuniens) de « Set It Aside » par exemple, et pour le brin de folie, on vous parlera des arrangements de cordes et de cuivres qu’on retrouve ici et là sur « Wild Loneliness », « This Night » ou « City Of The Dead » qui fait décidément assez Fab Four. Bon, puisqu’on a tout coché, que manque-t-il ? Les guitares électriques pas assez mises en avant ? Vous vouliez vraiment réduire Superchunk à ça ?

Finalement, c’est un peu comme vous voulez. Soit vous considérez que Superchunk n’est bon qu’à faire de la power pop indie bruitiste, vous omettez leur version intégralement acoustique de l’album Foolish, et effectivement vous pourrez trouver ce Wild Loneliness mou du genou (je crois que c’est le terme consacré). Soit vous pensez, comme moi, que le groupe a quelque chose à offrir qui va un peu au-delà du son des guitares, quelque chose qui se retrouve dans leurs mélodies et dans leur patte ni avant-gardiste ni révolutionnaire, mais bel et bien originale, et vous saurez apprécier ce disque comme le plaisir simple que les Nord-Caroliniens nous offrent cette année, continuant un parcours sans réelle faute de goût.

Blackcondorguy

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