Arab Strap – Half-Told Tales

Posted by on 4 septembre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Rock Action, 4 septembre 2026)

En 2006, dans le sillage de leur sixième album (le bien nommé The Last Romance), Aidan Moffat et Malcolm Middleton annonçaient la fin de leur collaboration après dix ans de bons et loyaux services, et sortaient une compilation intitulée Ten years of Tears, sur la pochette de laquelle ils apparaissaient dans un décor de fête sous une banderole « Enjoy your Retirement! » Leur musique m’avait procuré pas mal d’émotions depuis sa découverte un lendemain de soirée arrosée, lorsqu’un pote insomniaque avait mis The Red Thread à fond à 5 heures du matin dans le salon où je m’étais endormi à même le sol. Syndrome de Stockholm ? Cette agression sonore avait gravé dans ma mémoire cette musique sombre et magnifique. Autant vous dire ma joie quand j’ai appris leur reformation après dix ans de hiatus.

Qu’ont-ils fait de plus ces dix dernières années ? Des concerts toujours aussi touchants, et deux albums supplémentaires (As Days Get Dark, 2021 et I’m Totally Fine with It Don’t Give a Fuck Anymore, 2024) à côté desquels j’étais un peu passé. Heureusement, ce nouvel album m’a donné l’occasion de rattraper mon retard.

Il faut dire qu’on ne rentre pas facilement dans un album d’Arab Strap : si le plaisir est venu relativement vite pour The Red Thread et son successeur Monday at the Hug & Pint, ça m’a pris plus de temps pour les autres. Ce mélange très particulier d’ambiances post-rock pluvieuses magnifiées par le jeu et le son de guitare de Malcolm Middleton, de boîte à rythmes alternant rock, électro, trip hop (parfois doublées par des percus ou une batterie) et moments de répit, d’arrangements de cordes et de cuivres, et du fameux phrasé traînant du spoken word à l’accent rocailleux d’Aidan Moffat, ne s’apprivoise pas en quelques écoutes.

Ce qui est sûr, c’est que le duo ne s’est pas reformé pour faire du lo-fi éthéré et minimaliste : si Aidan Moffat n’a vraisemblablement pas pris de cours de chant pendant la pause (et je serai le dernier à m’en plaindre), la production de ces trois albums est soignée et la guitare n’a jamais autant sonné comme celles de leurs potes de Mogwai – qui sont comme par hasard les patrons de leur nouveau label.

Ce qui distingue Half-Told Tales de ses deux prédécesseurs, outre sa pochette verte et bleue, c’est son côté foutraque et éclectique : quoi de commun entre les arpèges folk de « Mr. Splitfoot » ou de « Ampersand », les singles dansants à gros riffs qui tâchent comme « You You You » ou « Fighting for You » (qui ferait un très bon générique d’émission de foot), et le post-punk déstructuré de « I Get Noise » ?

Pourtant, le message est limpide et plus désabusé que jamais : comment survivre, aimer, vieillir et transmettre dans un monde chaotique dans lequel « orcs are raping hobbits in this once blissful shire », dans lequel des « paywall patriots » prétendent se battre pour nous depuis leur yacht ou leur palace à Dubaï, des mascu nous expliquent comment être un homme (« Be a Man », probablement la plus touchante) ?

Il faut un peu de temps pour trouver ses repères dans cet album décousu, bavard, débridé, chatoyant, richement arrangé et enthousiasmant. Il y a des longueurs, certes, mais aussi des petits bijoux d’émotion pure comme « Basic Physics », ou d’ironie mordante comme « Glamour Magick » et son clip fendard, qui tournent en dérision l’obsession de l’apparence et la chirurgie esthétique low cost. Nos deux compères n’ont jamais été aussi pertinents et ancrés dans le réel, et leur peinture sonore du monde est inspirante, à défaut d’être optimiste.

Myfriendgoo

Nos articles sur Arab Strap

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *