Sun Kil Moon – Universal Themes (Rough Trade)

Publié par le 17 juin 2015 dans Chroniques | 0 commentaire

skmS’attaquer à un nouvel album de Sun Kil Moon c’est comme se plonger dans un ouvrage. Et comme dans tout bon bouquin, il faut du temps, de l’attention pour rentrer dedans et se laisser captiver. On n’ira pas jusqu’à comparer Mark Kozelek à un auteur plutôt qu’un musicien mais il est bien difficile de dissocier les morceaux de Sun Kil Moon de leurs textes.

Mark Kozelek aime nous raconter des histoires, ses histoires. Celles de Benji nous avaient bouleversé et l’album était monté très haut dans notre estime, pour ne jamais en redescendre. Autant le dire d’emblée, Universal Themes se distingue en bien des points de son prédécesseur. Mais ce n’est certainement pas une raison pour le snober.

Les textes d’abord, effleurent moins son intimité. Là où sur Benji, Kozelek se livrait à cœur ouvert de façon très crue et parfois même déstabilisante (la mort y était omniprésente), il se contente ici de livrer des fragments de sa vie, comme un journal de bord. On est plus dans l’anecdote que dans la confidence.

Musicalement aussi, Universal Themes est moins linéaire. Ainsi, on est d’abord surpris à l’écoute de « With A Sort Of Grace I Walked To The Bathroom To Cry » où l’on pourrait croire que Neil Young a prêté à Kozelek son Crazy Horse le temps d’un morceau. Un registre qui tranche radicalement avec la sobriété et le dépouillement de l’ensemble de Benji. Evidemment Kozelek, nullement décontenancé par cette rugueuse escorte, s’en sort comme un chef (et un délice de solo/break bluesy lui rend justice à mi-morceau).

Étonnant également cet « Ali/Spinks » aux guitares dissonantes avec des passages très noisy. Steve Shelley a dû se sentir dans son élément. Cette plus grande diversité dans les accompagnements des récits de Kozelek apporte une fraicheur bienvenue mais prive Universal Themes de l’homogénéité dont bénéficiait Benji. On y perd parfois un peu son latin et on décroche légèrement, avant de replonger, happé par la qualité des morceaux.

Car les histoires de Kozelek sont toujours aussi captivantes, il a simplement cédé un peu de terrain à ses collègues musiciens. Et chacun s’est mis au diapason.

Prenons « The Possum » qui ouvre l’album. Quand la découverte d’un opossum luttant pour survivre est interrompue par un coup de fil de Justin Broadwick l’invitant à assister au concert de son groupe, Godflesh, le ton se fait plus pressant, l’intensité monte d’un cran. De retour à la maison, une fois le concert achevé, la gravité s’instaure, les cordes se font douces et caressantes, Kozelek retrouve son quotidien, ses doutes, pense à ces fameux thèmes universels comme le moment de quitter cette terre à l’image de cet opossum (« i’d like to die with music in my ears… »). Un air de ce qui pourrait s’apparenter à de la musique traditionnelle grecque (!) vient conclure la prose. « The Possum » dure 9 minutes et c’est un drôle de morceau. Et le reste du disque suit un peu ce premier exemple.

1h10 d’une musique singulière réservant son lot de sommets gracieux (« Birds Of Flims », « Garden Of Lavender ») et de soubresauts aventureux. Au fond cette nouvelle œuvre de Sun Kil Moon ne devrait pas changer la donne. D’aucuns la jugeront prétentieuse voire pompeuse (les réfractaires n’auront sans doute pas la révélation de leur vie), laissons-les dans l’ignorance et savourons cette nouvelle belle histoire qui nous est contée avec force talent et conviction.

 

JL

 

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