Sun Kil Moon – Benji (Caldo Verde)

Publié par le 23 février 2014 dans Chroniques, Incontournables | 2 commentaires

sunkilmoonMark Kozelek s’est d’abord fait un nom au sein des Red House Painters, avant d’œuvrer en solo ou avec Sun Kil Moon, entre autres collaborations (la dernière en date avec Desertshore).

Sixième album de Sun Kil Moon, Benji s’apparente plus à un album solo. D’abord car Kozelek officie seul, à de rares exceptions près (la plus notable étant la participation de Steve Shelley, ancien batteur de Sonic Youth sur 4 titres). Ensuite, car il est éminemment personnel, Kozelek s’y livre à cœur ouvert, sans pudeur ni retenue.

Si Benji est bien une référence au fameux clébard niais du petit écran, c’est un trompe-l’œil. Kozelek aborde des sujets bien plus sensibles, à commencer par les drames qui ont jalonné sa vie, les cicatrices qui ne s’effaceront jamais. La mort est omniprésente.

La poignante « Carissa » donne le ton d’emblée. Décédée suite à l’explosion d’une bombe aérosol, Carissa n’était « qu’une cousine » de Kozelek, qu’il a peu connue. Une cousine qui a dû uniquement remplir la case fait divers du journal local à l’époque. Une anonyme qui livrait des combats quotidiens ordinaires notamment pour élever ses deux enfants qu’elle a eu dès l’âge de 15 ans. Elle reçoit ici un vibrant hommage (« I didn’t know her well at all but it don’t mean that I wasn’t Now to find some poetry, to make some sense of this, to find a deeper meaning In this senseless tragedy, O Carissa, I’ll sing your name across every sea »).

Des histoires simples comme celle-ci, cet album en regorge. Kozelek ne cherche pas la complexité dans les paroles, il livre un récit authentique et sincère. En résulte un grand album folk, dépouillé de tout artifice : Kozelek, sa guitare, sa voix, ses tripes. Le récit est touchant, humain, l’artiste ôte son masque, dévoile l’homme qui se cache derrière et ce qu’il a pu vivre.

On l’a dit la mort est omniprésente : celle du tonton, dans des conditions similaires à celle de Carissa (« Truck Driver ») ou encore celle… du serial-killer Richard Ramirez (« Richard Ramirez Died Today Of Natural Causes ») ! Superbe titre où le duel final de guitares folk fait des merveilles.

Respirez donc, on ne parle pas que d’accidents tragiques ou de tueurs en série, le songwriter revient également sur ses premiers amours sentimentaux (« Dogs ») et musicaux (hommage à Led Zep sur « I Watched The Film The Song Remains The Same ») et crie même son amour pour ses parents (« I Can’t Live Without My Mother’s Love », « I Love My Dad »). Ce pourrait être d’une naïveté confondante, c’est au contraire proprement bouleversant. Comme ce « Jim Wise » et sa mélodie qui sonne comme une chanson de Noël. On espère pouvoir apprendre celle-ci à sa grand-mère, en lieu et place de Pierre Perret. Ça aurait une autre gueule.

Suffisamment varié pour ne pas laisser poindre une seconde d’ennui, l’album hausse parfois la cadence (le remarquable « Dogs »), invite un saxo et une guitare classique sauce andalouse (« Ben’s My Friend »).

D’une beauté à toute épreuve, Benji s’inscrit parmi ces albums qui marquent, ces chansons qui ne s’oublient pas. Un disque d’une telle force émotionnelle qu’il ne nous lâchera pas avant un bout bon de temps et qui, à n’en pas douter, réveillera de superbes souvenirs quand on le remettra dans le lecteur après une difficile période de sevrage.

 

JL

2 Commentaires

  1. Merci pour cette chronique. Cet album est une belle découverte 😉

  2. Voix chaude de Kozelek, chansons dépouillées et minimalistes qui touchent l’essentiel. Tks JL.

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