Slift – Ummon

Publié par le 29 février 2020 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Vicious Circle, 28 février 2020)

Tout d’abord : quelle pochette ! Étant aussi fin connaisseur en BD/comics qu’en biathlon, j’apprends qu’elle est signée de la main de CAZA, collaborateur de Metal Hurlant. Un univers (et un nom) qui collent on ne peut mieux avec cette bande-son de l’espace assez ébouriffante.

Après avoir exploré les moindres recoins de La Planète Inexplorée en 2018, nous voilà propulsés sur Ummon qui démarre en trombe et se dévore d’une traite, non sans craindre l’indigestion tant le menu est copieux. Riffs dégoulinants de fuzz, basse matraquant un groove insidieux, grands cris scandés. On se demande souvent comment trois mecs parviennent à foutre un tel boucan, ce qui a bien pu leur passer par la tête… et comment on va bien pouvoir tenir le choc. Fort heureusement, entre les décollages à la vitesse de la lumière, les réacteurs en fusion au bord de l’implosion, les slaloms entre les météorites, l’équipage de Slift nous octroie quelques reprises de souffle ô combien vitales pour ne pas succomber (« It’s Coming… » épopée cosmique trépidante mais point trop pétaradante). Le jeu se calme ainsi sur quelques boucles basse-batterie hypnotiques chères à tant de groupes teutons des 70s et quelques parties de guitares en arpège où chacun se jauge, attendant le moment opportun pour faire feu (la pièce imposante « Citadel On A Satellite » qui offre de longues accalmies et renvoie aux grandes heures de Pink Floyd mais dégueule aussi sa toute-puissance, faisant vrombir une basse heavy as fuck). Trimballés comme une portée de chatons dans le cockpit d’une F1, l’hystérie nous guette en permanence, les répétitions nous laissent hagards, à la merci de coups de semonce assassins, portés par des guitares qui semblent innombrables et déversent des pluies de notes acides sur nos pauvres caboches (la démente « Altitude Lake » qui alterne les atermoiements hallucinés, le doom le plus massif qui soit et les hurlements possédés d’une six-cordes aux abois). Il vous viendra parfois à l’idée d’aller sauter gaiement d’un cratère à l’autre, le cœur léger (« Dark Was Space, Cold Were The Stars » et son chant pour une fois réconfortant, ou l’onirique « Aurore Aux Confins ») mais mieux vaut ne pas baisser la garde sous peine de se faire pourchasser 13 minutes durant par des « Lions, Tigers And Bears » en furie.

L’ambition était grande, le résultat se montre à la hauteur. Lancé à la conquête de Mars, Ummon salue en chemin les satellites Hawkwind et Pink Floyd, en orbite depuis des lustres, et s’impose en alternative crédible au colossal Murder of the Universe de King Gizzard. Si ce dernier puisait davantage dans un univers heroic fantasy, leurs caractéristiques demeuraient fort semblables. Même folie, même cauchemar éveillé, souvent éreintant, mais surtout terriblement exaltant.

Jonathan Lopez

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