Peter Tosh – Legalize It (CBS)

Publié par le 9 novembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

peter_tosh_legalize_itfrontWinston Hubert McIntosh n’a pas joué un rôle majeur dans la création d’ordinateurs. Son truc à lui c’était plutôt la musique et il se faisait plus communément appeler Peter Tosh.

Quant il rencontre Robert Marley au début des années 60 dans le quartier ghetto de Trench Town à Kingston en Jamaïque, il n’est pas encore majeur et ignore que sa vie va prendre une autre tournure.

Très vite, les deux hommes se nouent d’amitié, ils prennent des cours de chant auprès de Joe Higgs (autre grand nom du reggae) en compagnie de Neville O’Reilly Livingston, dit Bunny Wailer. Les trois loustics se font le cuir en chantant à l’arrache dans les rues de Trenchtown et fondent  les Wailing Wailers en 1964 qui deviendront les Wailers par la suite.

Ils enregistrent quelques hits (« Simmer Down », « Soul Rebel », « Duppy Conqueror ») dans un genre ska puis rocksteady avant de poser les bases de la Reggae Music sous la houlette de Lee Perry, toujours dans les bons coups.

Le trio fait des étincelles et sort deux albums qui feront date dans l’histoire du reggae, Catch a fire et Burnin’. Mais Tosh est frustré, lui qui a appris la guitare aux autres membres, n’est qu’un second rôle dans l’ombre de Marley en passe de devenir une superstar internationale, l’ambassadeur du reggae jamaïcain à travers le monde. Le talent de Tosh a déjà parlé mais il n’a pas (encore) la reconnaissance qu’il mérite.

En 1973, il va vivre un terrible drame. Au volant de sa voiture, il percute un autre véhicule roulant en sens interdit. Sa petite amie est tuée sur le coup. Il est évidemment très affecté et devient irrascible. Devant le refus de Chris Blackwell, le boss d’Island records, de sortir son album solo, il prend ses cliques et ses claques et va voir si l’herbe est plus verte ailleurs (ou si elle a meilleure goût).

Bob dégainera plus vite, publiant moins d’un an après le génial Natty Dread. Tosh prend son temps, il ne veut pas rater son coup. Et on peut dire qu’il s’est bien appliqué. Legalize It sort en 1976 et va lui permettre d’entrer dans la légende.

Peter Tosh est un éternel insoumis. Alors que Marley préfère prôner un message de paix pour apaiser les tensions dans un pays constamment sur le fil, lui joue la provoc’. Il proclame la légalisation du cannabis.

La pochette colle bien au titre, Peter est dans son élément, un champ de marijuana, et fume sa pipe tranquillou. Mais il faut voir bien au-delà du côté « cool », il s’agit bien d’un geste fort, une façon de défier l’autorité, de dire « fuck the system ».

Le titre éponyme, hymne des fumeurs de ganja par excellence, est évidemment incontournable. « Legalize it, and i will advertise it« . Peter se charge donc d’en faire la publicité et il est très convaincant. Le rythme lancinant, la basse dorlotante, les choeurs enchanteurs… Le phrasé de Tosh est clair, sa voix chaleureuse des plus agréables. Si le gouvernement français l’écoutait régulièrement, nul doute qu’il serait moins inflexible sur la question.

Mais l’album ne se limite (heureusement) pas à ce formidable morceau d’ouverture. Il s’agit bien d’un des plus grands disques de l’histoire du reggae, un disque rayonnant, rempli de « good vibes ». Non c’est sûr, en écoutant Legalize It, vos soucis quotidiens vous paraîtront bien lointains, secondaires.

Le titre suivant a beau s’appeler « Burial » (enterrement) et débuter sur une fanfare tristounette, on a du mal à ne pas se tortiller de plaisir quand le skank démarre et quand on entend Tosh entonner le refrain. Mais ne vous fiez pas au rythme chaloupé propre à la musique jamaïcaine, les paroles n’en demeurent pas moins revendicatives. Le reggae est une musique du peuple et Tosh n’est pas du genre à rendre les armes.

La guitare est souvent au premier plan et délivre un chapelet de notes chatoyantes (« No Sympathy »). « Igziabeher (let Jah be praised) » est une prière rasta dans laquelle Tosh revendique ses convictions. Le ton se veut plus grave, presque solennel, les claviers sont cette fois mis en avant par rapport à la gratte. Musicalement c’est toujours du très haut niveau.

L’enjoué « Ketchy Shuby » sonne vraiment comme un morceau à l’ancienne, proche du calypso. Comme sur « Whatcha gonna do ? », les paroles sont bien plus légères, loin des morceaux revendicatifs, Tosh parle ici d’un gamin en passe de perdre sa virginité.

Sur « Till Your Well Runs Dry » on passe de la ballade de lover quasi-pop avec piano et consorts, au reggae le plus rudimentaire et jubilatoire.

Tosh retrouve son ex-acolyte Bob Marley sur l’excellent « Why must I cry ? », écrit conjointement. Le duo n’a rien perdu de sa superbe, le groove est bien présent. Tout au long de l’album, les deux bassistes Robbie Shakespeare (du fameux duo Sly and robbie) et Aston « Family Man » Barrett  assurent le show et nous livrent un récital.

Trente-six ans après, cet album dégage toujours une fraicheur incroyable. S’il n’atteindra jamais la notoriété inégalable de Bob Marley, Peter Tosh reste une des figures majeures du reggae. Homme de convictions, il n’a eu de cesse de clamer son engagement que ce soit pour la légalisation du cannabis ou contre l’Apartheid en Afrique du Sud.

Lors du One Love Peace Concert qui s’est tenu le 22 avril 1978 à Kingston où Bob Marley jouait les réconciliateurs levant la main des deux opposants politiques jamaïcains pour calmer le jeu quand le pays s’entre-déchirait dans une guerre civile sanglante, Tosh s’est allumé un spliff et a proclamé un discours en faveur de la légalisation au nez et à la barbe de Michael Manley and Edward Seaga. Un geste qui en dit long sur le personnage.

Le 11 septembre 1987, il fut assassiné après un cambriolage qui a mal tourné, laissant le reggae orphelin d’un de ses plus dignes représentants.

 

JL

 

Legalize It by Peter Tosh on Grooveshark

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