Pearl Jam @ O2 Arena (Prague, République Tchèque), 01/07/18

Publié par le 19 juillet 2018 dans Live reports, Non classé | 0 commentaire

Comme un camé en manque, j’ai besoin à intervalles réguliers de ma dose de concerts de Pearl Jam. Et comme tout bon dealer qui se respecte, ces derniers, bien conscients du nombre conséquent de junkies qui les suit aveuglément, augmentent les tarifs jusqu’à atteindre des niveaux indécents.

Comme un camé en manque, j’ai donc (c)raqué pour avoir ma dose et j’en ai pris trois plutôt qu’une (on y reviendra, peut-être). A commencer par Prague. Avec un raisonnement simple, ils n’y vont pas souvent donc ils vont nous mettre cher. Et accessoirement, Prague est une très belle ville. Et pas chère avec ça. A l’exception des concerts de Pearl Jam, cela va de soi.

Après avoir bien rigolé devant l’élimination des espingouins à la coupe du monde en enquillant quelques pintes, on jette un coup d’œil furtif au merch et constate qu’il ne reste que : des t-shirts moches, des portes-clés affreux, des paires de chaussettes hideuses. On a beau être des camés en manque, on ne nous y prendra pas.

On s’enfile une ou deux grosses saucisses (aaah la gastronomie tchèque), on discute avec des Français camés comme nous et on prend place dans le gigantesque O2 Arena. Situés à environ 14 kms de la scène, la vue est imprenable.

Et lorsque les meilleurs dealers de Seattle déboulent, on a d’emblée le souffle coupé par le son. Net, puissant, les frissons ne sont déjà pas loin. Mike McCready a fait péter son archet et le groupe de dégainer le meilleur morceau du dernier album, « Pendulum ». Ed Ved est en voix, nous sommes en joie.

Le démarrage en douceur (et en beauté) se poursuit avec « Nothingman » avant que le groupe ne passe la surmultipliée. « Corduroy ». RAS. Personne ne bouge, ni à côté ni derrière nous. On échange un regard, la décision est prise : on laisse ces gros nazes profiter de leur pièce de théâtre et on va s’exciter comme des demeurés sur le côté, entre deux escaliers et derrière une vitre. Qu’importe, nous voilà libres de nos mouvements et de l’autre côté de la vitre, Pearl Jam balance du lourd et du speed sans discontinuer. Summum des réjouissances : « Brain Of J. » et son riff infernal, la sombre et poisseuse « Tremor Christ », invités surprises et de marque. On ne boudera pas non plus notre plaisir sur l’intense « Dissident » (dédié à Václav Havel) et on n’osera même pas cracher sur « Lightning Bolt » (issu du dernier album du même nom), loin d’être un chef-d’œuvre mais qui, si bien entouré, passe comme une lettre à la poste.

Suivent de gros classiques – que dis-je, des hymnes – de Ten, l’inévitable « Even Flow » (lourdingue sur disque, toujours tonitruante en live. Merci Mike) et « Jeremy » que certains vénèrent et qui me les brise généralement. Pas là, où je me surprends même à entonner le refrain (bien aidé par un public enthousiaste il est vrai, par les litres de bière ingurgités et par l’euphorie de ce début de concert au plus que parfait).

Pas un temps mort depuis le début, là où généralement pendant les (longs) concerts de Pearl Jam, il y a toujours un moment où on regarde sa montre, ou sa dulcinée en soupirant. On choisit, par défaut, de snober « Love Boat Captain » pour aller chercher des bières. Et au vue de la queue, on n’est pas les seuls à opter pour ce choix stratégique. Erreur, puisque, n’écoutant que son goût pour l’aventure, Vedder se met ensuite à entonner, guitare à la main, le premier couplet et le refrain de « Help! » de qui vous savez (j’espère pour vous). Le groupe enchaine alors sur l’imprévue – quoique logique – « Help Help », pour gâter les amateurs de friandises, et faire revenir les accros, toujours avides de surprises comme celle-ci. La plus belle sera offerte au premier rappel, non sans nous avoir réservé au préalable l’enchainement de la mort qui tue « State Of Love And Trust » (riff d’enfoiré) – « Spin The Black Circle » (morceau de bâtard) – « Better Man » (qui fait toujours son petit grand effet dans le genre épique à reprendre tous en chœur) et « Porch » (« where the fuck is this band running to? »). La surprise du chef, revenons-y, se nomme « Man Of The Hour ». Petit bijou issu de la BO de Big Fish. C’est beau, c’est touchant, c’est comme un échantillon bonus de la meilleure dope offerte par ces dealers aux techniques de vente décidément redoutables.

Inspirés comme rarement (et très au point comme toujours), Pearl Jam réussira même l’exploit de piocher deux morceaux dans Backspacer sans en jouer un vraiment mauvais (« The End », un poil cheesy certes mais joli) et d’en trouver même un très bon (la remarquable « Unthought Known »).
Mes joues tuméfiées par les baffes successives seront adoucies par quelques larmes coulant généreusement sur la toujours bouleversante (doublée d’une signification particulière me concernant) « Black », surtout dans une version aussi lumineuse. Le public en redemande et il se retrouve acculé dans les cordes quand Vedder entame l’imparable riff de « Rearviewmirror ». Les larmes sont déjà oubliées, on ne regarde plus dans le rétro mais loin devant. Pas trop loin quand même, on ne voudrait pas que la fin arrive trop vite.

Deuxième rappel, ça pue la fin de course. Chouette moment lorsque le groupe se retourne pour faire face à de pauvres types du public, véritables dindons de la farce (parmi les junkies, y en a toujours qui se font pigeonner…) situés au pire endroit possible, qui n’auront eu droit qu’à voir le groupe de dos jusque-là… Ce morceau leur sera réservé. Bon, c’est « Small Town », ça aurait pu mieux tomber mais c’est tout à fait approprié pour hurler à gorge déployée « I just wanna say ‘Hellooooo’ ». Suivront les incontournables (mais plus indispensables au bout d’une dizaine de concerts, sachez-le les gars) « Alive » et « Rockin’ In The Free World » de qui vous savez (j’espère vraiment pour vous).

Les lumières s’allument mais on sait que ce n’est pas tout à fait fini. Pas sans un dernier moment/coup de grâce. Au lieu de l’attendue « Yellow Ledbetter », ce sera la sublime « Indifference ». Ça trépigne autour de moi, on ne pouvait rêver meilleure conclusion, on ne pouvait connaitre meilleure communion. « How much difference does it make? » interroge Vedder. Ça commence à faire beaucoup de différences entre un très bon concert et une soirée inoubliable.

En nous gâtant autant, en rendant chacun de leurs concerts absolument uniques, en déployant tant d’énergie pour nos beaux yeux, ils se doutent bien qu’on y reviendra. Pearl Jam, c’est de la drogue dure certes, ça coûte un bras indéniablement, mais pour le moment notre santé se porte bien (à part peut-être notre foie…) et on s’est quand même dégoté les meilleurs dealers du monde.

Jonathan Lopez

Setlist : Pendulum – Nothingman – Corduroy – Brain Of J. – Do The Evolution – Tremor Christ – Lightning Bolt – Dissident – Even Flow – Jeremy – Impro – Love Boat Captain – Help! (The Beatles) – Help Help – State Of Love And Trust – Spin The Black Circle – Better Man – Porch.

Rappel : Man Of The Hour – The End – Given To Fly – Unthought Known – Black – Rearviewmirror.

Rappel 2 : Elerly Woman Behind The Counter In A Small Town – Alive – Rockin’ In The Free World (Neil Young) – Indifference.

 

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