Mogwai – Atomic (Temporary Residence Limited/Rock Action/PIAS)

Publié par le 12 avril 2016 dans Chroniques | 0 commentaire

atomicOn était resté sur une déception avec Mogwai. Or on n’aime pas être déçu par Mogwai. Théoriquement ce n’est pas prévu au programme. En temps normal, on ferme les yeux, ils nous prennent par la main, ils nous embarquent pour une destination mystère et quand on atterrit, on est heureux.

Avec Rave Tapes, on était frustré. Pourris gâtés que nous sommes, on acceptait mal que ce qui aurait dû être un 8e cadeau de la part des écossais, soit une douche froide. Du coup, naïvement on a revu nos exigences à la baisse pour cet Atomic qui, après tout, « n’est qu’une BO« . Grave erreur. Déjà car Mogwai ne se plante jamais deux fois (de suite, en tout cas). Ensuite parce que la dernière BO en date, celle des Revenants, était une franche réussite. Et Atomic, dans un registre différent l’est tout autant.

Atomic : Living In Dread And Promise est un documentaire diffusé sur la BBC l’été dernier, à propos des effets terribles de Hiroshima. Sujet grave nécessitant une bande-son tourmentée laissant peu de place à la gaudriole. Un sujet sur lequel la musique de Mogwai pouvait très efficacement se greffer. Et elle le fait admirablement bien.

La somptueuse « Ether », comme une lueur d’espoir avant que ne s’assombrisse le ciel, plante le décor et nous rassure d’emblée. Mogwai n’est pas revenu pour sucrer les fraises, ils ont encore de bien belles épopées à nous conter.

Épique sans jamais verser dans le pompeux, planant sans être plombant… Voilà le beau défi qu’a relevé avec grande classe Mogwai sur cet Atomic qui occupera quoiqu’il arrive une place à part dans la discographie du groupe.

A part car on trouve là finalement assez peu de ce qui fait figure de marque de fabrique du groupe, s’amusant généralement à jouer aux montagnes russes avec notre pauvre coeur.

A l’exception d' »Ether » et son assaut soudain de guitares venant rompre une relative quiétude, on est ici dans une logique permanente, une construction mécanique, un équilibre parfait, un sentiment permanent d’une menace sourde qui guette, comme un volcan menaçant d’exploser à tout moment pour nous cracher un tas de cendres au visage (« Pripyat »). Une explosion qui ne vient jamais réellement mais l’atmosphère particulière de ce disque nous enveloppe tout du long et on ne lâche jamais prise. Et pourquoi voudrait-on lâcher prise face à des joyaux comme « Are You A Dancer » (où reverb, synthés et violons font très bon ménage) ou ce « Fat Man » conclusif qui nous submerge de mélancolie.

Non content d’avoir posé les bases d’un nouveau genre (le post-rock pour ceux qui n’auraient pas tout suivi), Mogwai a depuis toujours écarté tout cloisonnement, réfuté toute balise cherchant à les restreindre dans une catégorie bien précise. Atomic ne déroge pas à la règle. Il suit un trajet inauguré par Rave Tapes, où l’électronique tente régulièrement de supplanter les guitares. Mais là où le tâtonnement était perceptible sur ce dernier, la maitrise est ici totale. Atomic est grand, beau, envoûtant et surprenant. Et Rave Tapes est déjà oublié.

JL

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