Interview – White Fence

Publié par le 1 février 2015 dans Interviews, Toutes les interviews | 0 commentaire

Pour être franc, si les concerts de White Fence sont toujours des grands moments remplis de fureur, on n’avait pas toujours été convaincu par le groupe sur disque. Mais ça c’était avant que sorte le brillant For The Recently Found Innocent, produit avec l’ami Ty Segall. Sans doute un album charnière pour le groupe.

Pour être franc, si on était ravi de rencontrer Tim Presley, leader (pour ne pas dire seul membre) de White Fence, on redoutait un peu qu’il ne soit pas très prolixe. Mais ça c’était avant de faire cette interview. Finalement, le bonhomme s’est prêté au jeu, tout en décontraction, se livrant sans retenue sur son nouvel album, ses relations avec Ty Segall, l’héritage de San Francisco… Sans oublier de nous lâcher du scoop.

 

Il y a une grosse évolution sur ton dernier disque par rapport aux précédents. Plus produit, plus pop, moins lo-fi, moins garage. C’était une volonté dès le départ d’évoluer de la sorte ?

Oui, plus ou moins. J’avais fait cinq albums enregistrés à la maison avant cela. Je pensais qu’il était temps d’essayer quelque chose de nouveau. Pour le meilleur ou pour le pire, il fallait que j’essaye. Juste pour moi personnellement. J’ai d’abord enregistré quelques morceaux de cet album à la maison et je trouvais qu’ils ne sonnaient pas très bien.

Et il y avait un autre facteur. Moi et Nick (Nick Murray, batteur sur les lives du groupe ndr) avons joué sur scène ensemble depuis pas mal de temps et nous avons pensé que ce serait cool d’essayer l’enregistrement avec un vrai batteur (Murray et Segall se sont partagés les parties de batterie ndr). Et puis Ty était là… Il est très enthousiaste et on avait bien bossé sur l’album Hair qu’on avait fait ensemble. Bref c’était le moment opportun pour essayer quelque chose de nouveau.

 

Maintenant que tu as quitté ta chambre, tu vas arrêter d’enregistrer des morceaux de cette manière, c’est comme un nouveau départ ?

J’en ai aucune idée. Mais d’une certaine manière j’ai ouvert une porte et j’ai vu que travailler hors de ma chambre était une possibilité. Maintenant je me sens à l’aise avec ces deux options. C’est bon de savoir que je peux faire ça.

 

Une suite à Hair est envisageable prochainement ?

Ouais je crois qu’on va le faire. Ty construit un studio en ce moment et quand je rentrerai et qu’il aura fini sa tournée je pense qu’on va essayer de faire un autre album comme Hair. Et probablement une tournée aussi, j’espère.

 

Voilà une excellente nouvelle ! Vous vous connaissez depuis combien de temps tous les deux ?

Pas si longtemps que ça. Depuis 2009 peut-être, 2010. Mon frère Sean le connaissait avant moi, c’est lui qui nous a présenté.

 

Vous vous influencez toujours respectivement ?

On n’en parle pas vraiment mais peut-être bien. Oui je pense que quand on traîne ensemble, on balance des idées comme ça et ça doit nous inspirer.

 

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Faire partie de cette « nouvelle scène de San Francisco » est-ce que ça te pousse à être plus productif, plus « efficace » ? Quand on voit que Ty sort environ 3 albums par an…

Je ne pense pas que ça m’influence. Moi et Ty c’est juste notre façon de travailler. Je travaille depuis de nombreuses années et on a cette connexion en termes de créativité. Je ne me sens pas forcé à être créatif juste parce que je fais partie de cette scène, je ne vois pas les choses comme ça. Même si on vit en Californie, on ne considère pas les choses de cette manière. D’ailleurs ce sont les gens extérieurs à la Californie qui nous considèrent comme une scène à part entière.

 

Tous ces groupes qui font du rock psyché, ça ressemble à une mode. Comment tu expliques que le genre ait toujours autant la cote en 2015 ?

Moi ça ne me dérange pas tant que c’est du rock’n’roll. Il en faut toujours pour porter le flambeau que ce soit bon ou mauvais. Les gens trouvent que c’est à la mode, que ci, que ça, on perpétue simplement les guitares électriques et les attitudes bizarres donc c’est une bonne chose ! C’est une bonne chose que le rock’n’roll soit toujours bien présent.

Quand j’étais dans mon groupe précédent (Darker My Love ndr), on me disait que je faisais du psychédélique, c’était en 2005-2006, je suis déjà passé par 3 ou 4 vagues psychées… C’est toujours un mot à la mode. Il y a sans doute une nouvelle génération en train de s’y mettre en ce moment. Il y en aura toujours. Comme le punk est toujours d’actualité.

 

Est-ce que ça ne démontre pas d’une certaine manière qu’il est aujourd’hui impossible de créer quelque chose de vraiment nouveau dans la musique rock ? Qu’il y aura toujours des liens avec le passé ?

Ça ne me pose pas de problème. Je n’essaie pas d’être Radiohead ou un groupe comme ça. Je crois qu’il est important de garder un lien avec l’histoire musicale. Si tu regardes la country ou même les premiers groupes de rock ça provenait toujours d’influences ultérieures et les mecs étaient doués et ont ajouté leur propre touche pour faire évoluer les genres. C’est pour ça que les Strokes ont connu un tel succès, il y a une touche rock’n’roll familière dans leur musique. Mais ils avaient de bonnes chansons, c’est ça qui les a distingué des autres. Pour réussir tu dois avoir ton propre style. Mais il y a toujours pas mal de gens qui veulent entendre une musique nouvelle et qui s’attache à la réinventer et c’est cool aussi mais ce n’est pas ce que je recherche.

 

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Dans ta jeunesse, tu as grandi en écoutant toute cette scène de San Francisco ?

Ouais ! On a grandi en écoutant tout ça. C’était à la radio, une radio classic rock. Il y avait pas mal de vieux hippies et les parents en parlaient tout le temps quand on était gosses… Ça fait partie de la culture de la Californie. J’ai vraiment vécu ça. Grateful Dead, Jefferson Airplane… Tu es entouré par ces groupes. Quand tu nais et que tu te prends du Grateful Dead dans la face, en permanence…

 

Ça ne doit pas être innocent dans le fait que tu te mettes à la musique plus tard ! Sur ton dernier album un morceau comme « Like That » sonne pas mal comme les Who, c’était une de tes influences ?

Ouais j’aime les Who !

 

C’est qui tes vrais héros musicaux ?

(Il réfléchit longuement) Oh il y en a trop…

 

Allez un ou deux…

C’est encore plus dur mec ! C’est trop dur, il y en a trop, parmi tous les genres, toutes les époques…

 

Les premiers qui t’ont vraiment marqué ?

Les groupes qui m’ont vraiment donné envie de jouer de la musique et fait penser que j’en serais capable, c’est probablement les Ramones et Nirvana. J’avais l’âge idéal quand Nirvana a débarqué, genre l’ado énervé. Et la musique de Nirvana, des Ramones, de Sex Pistols ça me semblait être la musique que je serais capable de jouer, je n’avais pas besoin de prendre des cours, je pourrais apprendre chez moi… Nirvana était une grosse influence, ça m’a poussé à apprendre la guitare… Parce que c’est de la musique simple et je me suis dit « ok cool, je peux peut-être faire ça… »

 

On a tous commencé la guitare sur « Come As You Are »…

(Rires) Ouais je la jouais encore hier…  Et pour en revenir à ce qu’on disait tout à l’heure, que tout est connecté, « Come As You Are » c’était un riff de Killing Joke (le morceau « Eighties » ndr)… Tu vois comment ça marche…

 

Et oui, même si peu de gens le savent… Ça t’arrive encore de faire des reprises ?

Ouais on fait une reprise sur cette tournée, du groupe anglais nerveux The Adverts. On a joué « City Of Fun » d’England Glory.

Je me rappelle d’une tournée qu’on a fait avec Ty Segall… A Memphis, j’étais au bar et ils ont commencé à jouer un morceau de White Fence je me suis dit « oh c’est fou » puis ils en ont fait une autre et j’ai pensé « putain c’est quoi ce bordel ?! ». Finalement ils ont fait 4 morceaux de White Fence à la suite, du coup on a appris un de leurs morceaux aussi… Mais sur cette tournée on n’a qu’une reprise.

 

Vous allez la jouer ce soir ?

Ouais.

 

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Tu te sens comment à Drag City ? Ça a l’air d’être le label parfait pour vous. Toujours DIY mais suffisamment gros pour assurer une bonne promo…

Oui c’est comme un rêve devenu réalité j’ai toujours voulu rejoindre ce label. Ils ont une bonne esthétique, une bonne éthique. Ils assurent en termes de créativité, les gens sont cool, bizarres aussi. Et ils sont très bons du point de vue business. C’est bien d’avoir cette combinaison.

 

Tu as vu le film Whiplash ?

Non.

 

Je ne sais pas si tu en as entendu parler, c’est sur un batteur jazz qui veut devenir le plus grand batteur, il est dans une école de musique américaine et son prof est assez fou. Et lui travaille très dur. Le film est stressant tellement il passe son temps à travailler dur. J’ai adoré le film mais je trouve aussi que le message est assez décourageant pour les jeunes musiciens. Le fait de travailler, travailler toujours plus pour réussir. Il doit y avoir aussi une part de créativité, d’inspiration pour réussir dans la musique… Qu’est-ce que t’en penses ?

Il y a deux façons de voir les choses. Il y a une approche où ça fait partie de ton ADN de vouloir travailler, travailler encore. Même si tu n’es pas très bon ce n’est pas grave, ton enthousiasme va prendre le dessus et tu vas persévérer car dans ton cœur tu veux faire ça. C’est tout aussi respectable que d’être très bon techniquement. Car tu veux continuer à progresser, tu adores t’entrainer et tu finiras par y arriver car tu y crois du fond du cœur. L’autre approche c’est que si tu veux être un batteur, guitariste ou chanteur de session, c’est probablement une bonne chose d’être très bon techniquement pour réussir. Et parfois ces deux visions se rejoignent. C’est un mélange de volonté, de travail… C’est comme pour tout.

 

Mais tu disais t’être mis à la musique avec Les Ramones, Nirvana et le message que tu peux faire de la musique sans être un monstre techniquement…

Oui, les gens respectent ça, je respecte ça. Du moment que tu y mets du cœur, c’est au moins aussi important que d’être fort techniquement. Beaucoup de mes groupes préférés ne sont pas si bons que ça techniquement mais c’est plus intéressant parfois quand ce n’est pas trop propre, policé… Dans tous les cas il faut bosser mais tu ne vois pas ça comme du travail parce que c’est du plaisir. Si tu aimes ce que tu fais, tu ne prends pas ça comme une corvée tu t’entraines quoiqu’il arrive…

 

Quels sont tes prochains projets ? Tu planches déjà sur le nouvel album ?

J’ai fait un album avec Cate Le Bon. C’est une collaboration, on vient de le finir, il ne reste plus que le mix.

 

Tu vas te consacrer exclusivement à White Fence ensuite ? 

Non, c’est toujours là, je travaille toujours dessus mais je ne me focalise pas que sur White Fence.

 

 

Nous avons dû écourter la fin de l’interview car Tim en avait encore d’autres à donner après nous. La rançon de la gloire.

Après cela, nous avons pu assister au concert de White Fence à la maroquinerie et vérifier que si Presley a mis de l’ordre dans son garage, il n’a certainement pas perdu en énergie et en goût pour les morceaux étirés, les longs jams jouissifs et les déflagrations électriques. Ouf !

 

JL

 

Merci à Tim Presley pour sa gentillesse et à Ophélie de Modulor pour l’accueil et l’organisation de cette interview.

Merci à ET pour les photos (la prochaine fois on pensera à recharger les batteries de l’appareil, ça nous permettra d’en avoir de meilleures…)

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