Interview – Barrett Martin/Tuatara

Publié par le 16 septembre 2015 dans Interviews, Toutes les interviews | 0 commentaire

Il aurait été bien dommage de se rendre à Seattle sans en profiter pour partir à la rencontre d’une des figures de la scène locale. Il se trouve que le 21 août, Barrett Martin jouait avec son groupe Tuatara au Nectar Lounge. Une belle occasion que nous n’avons pas manqué de saisir.

Avec un musicien de sa trempe au CV long comme le bras, il aurait été tentant et sans doute aisé de consacrer 20 minutes de discussion à chacun de ses groupes. Mais c’est sur un temps total de 20 minutes qu’il a fallu évoquer le tout. Le temps passe vite en aussi bonne compagnie. Interview contre-la-montre où nous parviendrons tout de même à évoquer tour à tour Tuatara, Mad Season, Screaming Trees, Walking Papers… et les Stooges.

La plupart des gens te connaissent comme le batteur de Screaming Trees, Mad Season voire Walking Papers, moins pour Tuatara. Tu peux nous raconter l’histoire de ce groupe ?

J’ai commencé Tuatara avec Skerik, le saxophoniste, il y a 18 ou 19 ans. En 1996, et au départ c’était de l’expérimental, des BO de films… De la musique instrumentale et expérimentale. Mais ça s’est si bien passé qu’on a décidé d’en faire réellement un groupe et de sortir le premier album, Breaking The Ethers, chez Sony. On a eu eu d’excellentes critiques et les fans ont adoré. On a fait une tournée en Amérique du Nord et depuis on a poursuivi. De temps en temps on fait un break de quelques années avant de sortir un nouvel album. Mais le groupe a comme une seconde vie désormais (Underworld, paru en 2014 est sorti six ans après son prédécesseur ndlr).

 

Et c’est un groupe qui peut te permettre d’essayer de nouvelles choses, de te sentir plus libre qu’au sein de tes groupes de rock, non ?

Oui ! Il y a beaucoup plus de liberté de faire ce qu’on veut. On a développé notre propre son, certaines sonorités, de part la nature des musiciens du groupe. Il y a des influences rock, jazz, même de musique électronique. Sur le dernier album, notamment. Je dirais que c’est un groupe qui cherche à écrire des compos vraiment cools, qui sont réfléchies, arrangées. Ce n’est pas un groupe de jam, c’est un groupe de compos. Mais en live, on va évidemment jammer.

 

Tu t’es rendu en Afrique, pour apprendre de nouvelles techniques, tu adores les percussions… C’est le genre de « vibes » que tu peux explorer avec ce groupe également ?

Ouais, carrément. Le percussionniste que vous allez voir jouer ce soir, s’appelle Tron, il est de Dakar, et j’ai étudié avec son père au Sénégal, il y a… (il réfléchit) 18 ans ? 17 ? 15 ?

 

Il y a longtemps ! (Rires)

Presque 20 ans ! (Rires) J’ai passé un mois dans leur village à apprendre des rythmes et leur culture. Et j’ai aussi passé du temps au Ghana, étudié avec des batteurs à l’université de Legon, à Accra. Et l’année suivante, je suis allé à La Havane, dans le cadre d’un programme d’échange américian. Ils envoyaient des musiciens américains travailler avec des musiciens cubains, comme une sorte de mission diplomatique secrète. Et c’était génial aussi, les batteurs et percussionnistes cubains sont les meilleurs au monde, ils sont incroyables. Comme au Brésil. Ils sont célèbres pour leurs traditions de percussions. Elles sont si uniques et spécifiques, très avancées et variées. Il faut que tu ailles là-bas pour vivre cette expérience !

 

Oh oui j’adorerais ! Et donc ce soir vous allez enregistrer le concert ?

Oui, on va faire deux sets et en novembre, on fera un autre concert et on gardera le meilleur des deux concerts.

 

Il pourrait y avoir un DVD aussi ?

Peut-être. Mais pour le moment on est juste concentrés sur la musique.

 

Vous avez de nouveaux morceaux à jouer ?

On joue deux nouveaux morceaux et principalement des chansons du dernier album Underworld et quelques autres plus anciennes.

 

« Rated R est vraiment un grand album, très original, avec beaucoup de sons, d’idées musicales qui n’étaient pas communes au rock’n’roll »

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A propos de tes autres groupes, vous allez sortir le Live At The Moore de Mad Season en vinyle très prochainement (le vinyle est désormais disponible ndlr). Tu parlais récemment de cette soirée, c’était une nuit magique, quelque chose de vraiment spécial…

Dans l’album j’ai écrit quelques lignes à propos de ce concert. Je pense que c’est un très bon résumé de cette nuit. C’était très spécial car le public était très excité de nous voir jouer, c’était notre premier concert vraiment annoncé.

 

Et votre dernier d’ailleurs…

C’était notre dernier concert oui mais les précédents avaient été assez secrets. Pour celui au Moore, tout le monde avait l’album, ils avaient entendus les morceaux et savaient à quoi s’attendre…

 

Personnellement je considère Above comme un des meilleurs albums de tous les temps. C’est un de ceux dont tu es le plus fier ?

(Il réfléchit) Pour être honnête, j’ai fait beaucoup d’albums dont je suis fier. Et j’ai joué sur beaucoup d’albums vraiment cool. Comme Up de REM qui est un album INCROYABLE, j’ai fait toutes les percussions sur ce disque, je n’étais qu’un invité mais je trouve que c’est un superbe album. Et Rated R de Queens Of The Stone Age. Je pense que c’est vraiment un grand album, très original, avec beaucoup de sons, d’idées musicales qui n’étaient pas communes au rock’n’roll. C’est un disque très progressiste. Mais je suis très fier aussi des albums de Screaming Trees. Je pense que Sweet Oblivion et Dust sont des albums rock qui tiennent encore vraiment la route après toutes ces années. Et c’est la même chose pour Mad Season.

 

Et c’était vraiment différent par rapport à la musique que vous aviez l’habitude de jouer, toi et les autres membres, dans vos groupes respectifs. Très blues.

Oui je pense que Mad Season est probablement le plus bluesy de ces groupes de rock. Mais Screaming Trees était vraiment influencé par le blues aussi, Mark Lanegan était très influencé par le delta blues, moi aussi, en tant que batteur, j’aime beaucoup le feeling des vieux disques blues. Je crois que c’est ressorti un peu plus dans Mad Season que dans Screaming Trees je ne sais pas pourquoi.

 

Les autres membres t’ont peut-être aussi amené dans cette direction.

Oui Mike McCready est très influencé par Jimi Hendrix et Stevie Ray Vaughan, et ces guitaristes fortement marqués par le blues. Je crois que ça venait beaucoup de la façon dont Mike jouait de la guitare. Baker, aussi, le bassiste, était très influencé par le blues. Car il était de Chicago, il fait partie de cette scène blues électrique.

 

« Jouer de nouveau avec Mad Season live ? C’est toujours une possibilité »

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Et en janvier dernier, vous avez joué un autre concert avec Chris Cornell…

Oui, à la Seattle symphony.

 

Ça doit être un autre incroyable souvenir…

ÇA L’EST, oui ! Et cet album sort aussi la semaine prochaine.

 

Et Mark Lanegan n’a pas voulu participer ? Il aurait été le choix le plus évident…

Non, il était en tournée en Europe. Sinon il l’aurait fait mais on avait une fenêtre très courte de possibilité et Mark ne pouvait pas. Peut-être à l’avenir…

 

 

Tu crois qu’il pourrait y avoir d’autres concerts comme celui-ci ?

Il n’y a rien de prévu. On n’en a pas parlé, mais c’est toujours une possibilité. Je ne dis jamais non, parce qu’il pourrait y avoir un autre évènement spécial, où on nous demanderait de jouer avec une autre symphonie. Ou peut-être quelque chose dans une autre ville…

 

En Europe !

Oui peut-être (rires).

 

Et vous aviez environ 14 autres démos qui n’ont jamais été enregistrées par la suite. Elles pourraient l’être ?

C’était simplement des jams instrumentaux, des idées de riffs, des progressions d’accords. Ce ne sont pas des morceaux. Les meilleurs sont sortis en morceaux bonus : « Locomotive », « Black Book Of Fear » et « Slip Away ». Les autres ne sont que des démos.

 

Parlons un peu de Walking Papers, quand je vous ai interviewés avec Jeff Angel, il y a un an et demi environ, vous aviez plusieurs nouveaux morceaux, vous en avez joué beaucoup au Petit Bain qui étaient excellents. Je pensais que l’album sortirait très vite…

Je le pensais aussi ! L’album est fini, il a 11 morceaux et il est très bon. Mais Jeff fait un album solo, il l’enregistre en ce moment, à Nashville. Il voulait faire ce disque solo avant de sortir le Walking Papers. Je sais que les fans l’attendent mais il faudra attendre encore un peu. Mais c’est vraiment un très bon disque.

 

« La musique vraiment progressiste et aventureuse comme celle des Stooges a besoin de temps pour s’imposer, et les USA ne sont pas les plus rapides à s’y intéresser. »

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Alors ce n’est pas de ta faute, parce que tu es un homme très occupé…

(Rires) Oui. Mais tu sais les Walking Papers c’est un groupe vraiment cool mais c’est un side project. Duff (McKagan, le bassiste) a d’autres projets, j’ai d’autres projets. Parfois il faut trouver la date adéquate pour sortir l’album en fonction des agendas de chacun, c’est pour ça.

 

Tu penses que vous passerez en Europe ?

C’est possible. Mais on n’a pas encore de tournée prévue alors…

 

Tu vas faire un concert tribute à Raw Power (avec Mark Arm, Mike McCready et Duff McKagan ndlr). Cet album et les Stooges en général ont fait partie de tes principales influences ? Tu écoutes encore beaucoup ce disque ?

J’écoute les trois albums des Stooges et les solos d’Iggy. Oui les Stooges étaient une très grosse influence sur la scène rock’n’roll de Seattle car les Stooges étaient très progressistes à l’époque, en 1969-1970-1971. C’est du punk rock avant qu’on n’appelle ça du punk rock. Mais les morceaux sont vraiment bons. Quand tu écoutes ces albums, la production est très lo-fi, beaucoup de distortion, trash et c’est ça qui est cool. Quand tu écoutes les chansons, on a répété toute la semaine, où joue Pearl Jam, et quand tu dissèque les morceaux, ils sont vraiment incroyables. Excellents. Les Stooges étaient une énorme influence sur les groupes de Seattle, sur le son grunge, je pense donc que c’est totalement approprié que l’on joue ces morceaux.

 

Et c’est drôle car j’ai interviewé Mark Arm et Steve Turner il y a trois mois environ, on parlait d’Iggy et ils me disaient qu’aux Etats-Unis il a mis beaucoup de temps avant d’être célèbre ou même reconnu…

Je crois que la musique vraiment progressiste et aventureuse a besoin de temps pour s’imposer, et les USA ne sont pas les plus rapides à s’y intéresser. Historiquement l’Europe et d’autres pays étrangers étaient plus rapides. Ç’a toujours été ainsi. Beaucoup de groupes de rock ont du succès en Europe avant d’en avoir aux Etats-Unis. C’était le cas aussi pour le jazz et les artistes blues. Je ne sais pas pourquoi, peut-être car les médias américains, les radios, labels étaient si contrôlés par des grosses entreprises et les affaires que si t’es « sous le radar », un peu obscur ou très progressif et que ton son n’a pas encore été adopté par le mainstream, le public américain a du mal à connaître ta musique…

 

Comme pour le grunge au début… Il a fallu Nevermind pour que ça décolle…

Oui le grunge était un gros truc dans le nord ouest en 1987-1988 mais ne l’a pas été ailleurs avant 1991, véritablement. Trois ou quatre ans plus tars, les gens ont commencé à s’y intéresser. Ça peut prendre des années…

 

En tout cas c’est vraiment cool de vous voir tous les quatre, encore jouer ensemble. Vous vous connaissez depuis si longtemps avec Mark, Mike… Seattle semble avoir encore des connexions très solides.

Oui, on vit tous ici. Je suppose que les connexions entamées il y a 20-25 ans sont toujours présentes. On a tous vieilli, on a plus de cheveux blancs, des familles, des enfants mais à la fin de la journée on reste des musiciens de Seattle.

 

Pour toujours !

Oui, pour toujours ! (rires)

 

Entretien réalisé par JL

Photos : ET

 

A noter qu’en marge de cet entretien, nous avons appris que Barrett Martin travaillait actuellement sur un documentaire sur la musique. « La musique du monde entier. Pas comme Sonic Highways, principalement rock’n’roll, mais sur les musiques du monde. Car je suis allé en  Afrique, en Amérique du Sud, à Cuba, au Brésil, Afrique de l’Ouest, au Moyen Orient… Nous parlerons de tout ça… »

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