Bandeau provisoire

Travo – Wasteland

Posted by on 15 octobre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Fuzz Club, 2 octobre 2026)

Est-ce que le space rock va finir par s’empêtrer dans son propre magma sonore, le rendant inerte ? Originaire du Portugal, Travo a trouvé son territoire musical à la croisée du psychédélisme et du heavy rock. Actif depuis 2022, le groupe, qui vient d’intégrer le label Fuzz Club Records, fait preuve d’une flagrante inventivité. Travo n’en finit pas d’étonner apportant à son édifice une élasticité proche de SLIFT ou des Osees. Le groupe joue sur les structures déconstruites, les dissonances se mêlent habilement aux lignes vocales pour créer une sensation de vertige faite pour vous happer entièrement. Même si le genre musical semble éculé, le groupe porte en lui la volonté de faire exploser les carcans du space rock.

Il y a quelque chose d’euphorisant dans chacun des titres, comme sur le sublime « Burial », avec ses incartades saturées, le pied sur la pédale wah-wah, et ces riffs de guitares dopées aux substances lysergiques. Travo appuie encore plus intensément sur les potards dans « Decipher » où les voix surgissent d’un maelstrom bordélique, néanmoins totalement maîtrisé. L’intensité palpable à chaque recoin monte encore d’un cran sur « Sleeper ». Le chant se démarque nettement ici, avec ses chœurs et ses harmonies, les guitares viennent mitrailler le tout, soutenues par une rythmique complètement folle. Puis vient un moment de répit, avant que la montée finale ne fasse tout exploser. Les murs de guitares libèrent une telle puissance que toutes les frontières n’existent plus, comme échappées d’une nation underground.

« Wasteland » est la jonction du passé et du présent, magnifiée par une rythmique virtuose et des compositions audacieuses. C’est avec « Way Down » qu’on peut mesurer l’inventivité de Travo, oscillant entre calme et beauté spatiale avant qu’à mi-parcours, la structure instrumentale ne se mette à faire du rodéo sur un astéroïde lancé à toute vitesse. Le groupe voyage loin, en cavalcades successives, perpétuant dans une modernité bluffante une musique jubilatoire, une déflagration sonique en marge du stoner actuel. Le groupe envoie tout valdinguer ! « Rapture » fait exception, offrant un moment d’accalmie instrumentale et une forme d’euphorie avec ses nappes de synthés dignes de Tangerine Dream.

Intrépide, nerveux et jouissif, cet album est à n’en pas douter une réussite qu’il convient de répandre aux quatre coins du monde. Dans un futur proche, les historiens de la musique se pencheront peut-être de plus près pour disséquer ce que contient Wasteland, rapporté d’une lointaine planète, échappé d’un trou noir. Et les astro-journalistes chevronnés découvriront alors cet étrange et obscur objet identifié comme les scories d’une décharge atomique. La messe spatiale est dite.

Franck Irle

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