LE COIN BD // Maestros (Steve Skroce, Dave Stewart)

LE COIN BD // Maestros (Steve Skroce, Dave Stewart)

(HiComics, 2019) Depuis 2018, l’éditeur HiComics (la branche comics du groupe Bragelonne) construit son catalogue autour de deux axes forts : grosses licences (Rick & Morty, Les Tortues Ninja) et trouvailles indé. Cette ligne éditoriale, emmenée par le bien connu Sullivan Rouaud, permet de mettre en valeur certaines pépites qui peuvent passer sous le radar des lecteurs VO face à la masse de parutions hebdomadaires. Ce Maestros s’inscrit dans cette lignée. On doit ces sept épisodes (qui forment une histoire complète) au dessinateur et scénariste Steve Skroce. Passé par Marvel et DC puis story-boarder notamment pour les Wachowski, il remet le pied dans le comics indé en 2015 avec le grand Brian K. Vaughan (Y, The Last Man, Saga) sur We Stand On Guard. Américain de son état civil, le bonhomme propose pourtant avec Maestros une histoire très british, un trip barré et irrévérencieux que n’auraient pas renié Neil Gaiman, Terry Pratchett ou Garth Ennis. Voyez plutôt : le plus puissant sorcier qui ait jamais existé, le Maestro, tout de même coupable d’avoir créé la Terre, a été assassiné. Son fils Will, joyeux luron moitié terrien et banni du royaume de son père car pas vraiment adapté aux coutumes locales, hérite du trône, bien décidé à tout changer. Et forcément, rien ne va se dérouler simplement. © Steve Skroce / Dave Stewart / HiComics / Image Comics Sur cette base, Skroce met en place une intrigue ultra rythmée dans un trip mêlant situations ubuesques, références pop, moments gores, grosses bastons magiques et humour (parfois très) gras. À l’image du Maestro aux pouvoirs magiques presque illimités, l’auteur ne se met aucune barrière : ça pète, ça explose, ça ressuscite et re-pète dans un joyeux bordel tout aussi jouissif que maîtrisé tout du long. Le personnage de Will se fait le héraut du second degré permanent adopté par Skroce. C’est un héros à la coule, un branleur instantanément sympathique aux aspirations de gauche trop extrêmes pour un royaume aux relations sociales ultra verticales. Même si tout va très vite et que le récit est bref, l’auteur parvient à caractériser le reste du casting de manière satisfaisante et dépeint un univers très accrocheur sans jamais tomber dans le parodique. Le scénario est bien ficelé mais c’est surtout le charme fou (au sens premier du terme) qui se dégage du volume qui apporte toute sa saveur au titre. Steve Skroce est également un excellent dessinateur. Ses planches inventives rendent le récit immédiatement immersif (le premier numéro est en ce sens un modèle d’introduction) et apportent un vrai plus à la narration. Son style détaillé fourmille de bonnes idées que ce soit sur des double-pages épiques ou sur les expressions faciales durant les dialogues. Il...

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LE COIN BD // Aquaman : The Atlantis Chronicles (Peter David, Esteban Maroto)

LE COIN BD // Aquaman : The Atlantis Chronicles (Peter David, Esteban Maroto)

(DC Comics, 2017) Outre le fait d’avoir constitué une sympathique série B d’aventure, foisonnante tout autant que bordélique, la sortie du film Aquaman en 2018 aura donné l’occasion à DC Comics d’éditer ou rééditer certains récits d’un personnage qui fêtera tout de même ses 80 balais en 2021. Huit décennies que celui souvent considéré comme le mec qui parle aux poissons avec le costume ringard aura passé dans l’ombre de ses collègues de la Justice League, malgré des fans fidèles. Une image véhiculée dans les comics du Silver Age, le dessin animé Super Friends ou plus récemment dans The Big Bang Theory. Pourtant des scénaristes de talent auront officié les aventures du personnage, tels que Kurt Busiek, John Arcudi, Geoff Johns (le grand architecte DC Comics de la période New 52 qui choisit à la surprise générale d’écrire Aquaman justement pour lui redonner ses lettres de noblesse) ou Peter David dans les 90’s. En pratiquement une cinquantaine de numéros sur la série régulière, celui-ci laissera une empreinte durable sur un personnage prenant une nouvelle dimension, plus guerrière et politique… et un look de metalleux scandinave – incapable de jouer de la gratte depuis qu’on lui a coupé la main droite – aussi kitsch qu’iconique. Cette itération rappellera d’ailleurs des souvenirs aux amateurs de la série d’animation La Ligue des Justiciers du dimanche matin sur France 3 il y a fort, fort longtemps. Peter David arrive sur le personnage à la fin des années 1980 après l’événement Crisis on Infinite Earths qui visait à mettre de l’ordre dans le bordel de continuité du multivers DC Comics. S’en suit une période créative assez folle pour l’éditeur qui remet à plat son univers et de ses personnages (la Wonder Woman de George Pérez ou encore le Batman: Year One de Miller et Mazzucchelli). Aquaman n’y échappe pas, mais avant de traiter le personnage à proprement parler, il est décidé de raconter l’histoire de son royaume. Ce seront les Atlantis Chronicles : sept numéros à la pagination plus importante qu’un comics mensuel lambda, un dessinateur européen au style rétro, un scénario basé sur les recherches d’un scientifique factice, une histoire de super-héros sans super-héros et d’Aquaman… sans Aquaman. En bref, un pari risqué aux ventes médiocres. Ces chroniques sont pour la première fois réunies en recueil dans une édition deluxe 27 ans après leur parution et c’est un pur plaisir. Un plaisir qui se paye malheureusement cher. Le grand format cartonné est certes classieux mais le papier de qualité très moyenne et l’absence presque totale de bonus rendent le tarif de 50 balles difficilement justifiable. C’est franchement dommage pour un récit qui de base devrait peiner à trouver son public et qui mérite...

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LE COIN BD // Ninja-K (Christos Gage, Tomás Giorello, Juan José Ryp, Roberto de la Torre)

LE COIN BD // Ninja-K (Christos Gage, Tomás Giorello, Juan José Ryp, Roberto de la Torre)

(Bliss/Valiant, 2019) Sur un pitch, avouons-le, un peu bancal (un ninja britannique qui bosse en freelance pour les services secrets de Sa Majesté et qui a donc pour nom de code Ninjak), l’excellent Matt Kindt était parvenu à concocter l’une des séries les plus excitantes du relaunch de Valiant en 2012. Son mix entre comics de super-héros, récit d’espionnage et trip magico-fantastique, ponctué d’origin stories à la fin de chaque numéro, fonctionnait parfaitement. Christos Gage, auteur plutôt mineur, avait donc la lourde tâche de reprendre le flambeau. Et ces 14 épisodes démontrent qu’il s’en tire plus que bien. Gage a tout d’abord la bonne idée de reprendre la recette qui donnait toute sa saveur au personnage : écriture à la première personne et humour british, casting charismatique, combats bien sentis et orgie de gadgets dans un sorte de mélange entre Batman et James Bond. Efficace. Mais là où Kindt prenait logiquement le temps de donner de la densité à son personnage et son background, Gage capitalise sur cet acquis et va plutôt creuser l’univers du ninja et notamment sa relation amour/haine avec le MI6, le service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni. Ce sera le fil rouge du récit, développé en trois arcs narratifs très connectés et ayant, ô joie, chacun son unique dessinateur. © Christos Gage / Tomás Giorello / Juan José Ryp / Roberto de la Torre / Bliss / Valiant Le premier arc va tout d’abord expliciter cet étrange titre qu’est « Ninja-K ». On découvre que le personnage s’inscrit en effet dans un vaste programme de formation de ninjas (qui commence donc par Ninja-A, puis Ninja-B, puis Ninja-C, etc.) chapeauté par le MI6 et débuté durant la première guerre mondiale. Ce procédé, pas forcément très original mais ici bien fichu, a le mérite d’ancrer le personnage dans une mythologie plus vaste. Il donne la possibilité de faire des flashbacks bien sentis et d’introduire une nouvelle galerie de personnages bigarrée et efficace (on pense notamment à Madame Charade ou Ninja-G). L’enquête est accrocheuse et aura des répercussions sur l’ensemble du tome. C’est l’excellent artiste argentin Tomás Giorello (parfaitement mis en couleurs par son compère Diego Rodriguez) qui officie sur cette partie, dans son style entre comics et franco-belge. Il livre comme à son habitude un gros boulot, notamment sur quelques compositions sublimes, même si son style s’adapte peut-être mieux à des trips plus orientés SF ou fantasy. Le deuxième arc est le plus comics dans l’esprit, avec un gros affrontement comme on les aime entre deux groupes (on serait tenté de dire les gentils contre les méchants mais c’est un peu plus subtil que ça). Gage a l’excellente idée d’aller piocher dans le catalogue Valiant pas mal...

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LE COIN BD // Conan Le barbare Tome 1 : Vie et mort de Conan (Jason Aaron & Mahmud Asrar)

LE COIN BD // Conan Le barbare Tome 1 : Vie et mort de Conan (Jason Aaron & Mahmud Asrar)

(Marvel / Panini, 2019) À côté de son boulot plus traditionnel pour Marvel (citons notamment son long run sur Thor), Jason Aaron semble prendre un malin plaisir à s’essayer aux licences acquises par l’éditeur depuis son rachat par Disney en 2009. On imagine par exemple qu’il a dû bien s’amuser (tout en étant ultra contrôlé) avec le bac à sable que représente l’écriture de la série de comics Star Wars. Si écrire Conan est un exercice différent en terme d’enjeux et d’attentes, les deux œuvres originelles tiennent une place tout aussi importante dans la culture populaire. Souvent caricaturé et réduit à l’image erronée de barbare simplet, le personnage créé par Robert E. Howard en 1932 est un classique des littératures de l’imaginaire, un des terreaux dans lesquels nombre d’auteurs puisent encore aujourd’hui. Howard est tout simplement le fondateur de l’heroic fantasy et notons que son travail fut apprécié par l’un de ses plus illustres confrères, son contemporain Lovecraft. Le public francophone ne pourra jamais suffisamment remercier Patrice Louinet de lui avoir fait (re)découvrir l’œuvre complète de Howard dans des versions définitives illustrées et richement documentées disponibles en trois tomes chez Le Livre de Poche. Autant dire que Jason Aaron s’attaque à une institution sur laquelle d’autres se sont déjà cassés les crayons, le personnage ayant cessé d’exister sous la plume de son créateur après son suicide en 1936. Il a depuis évolué avec plus ou moins de bonheur pour devenir mondialement connu (coucou Schwarzy). Premier constat : Aaron se déclare être fan du personnage depuis ses treize ans et ça se sent. Il maîtrise en effet les codes de l’Âge hyborien dans lequel les aventures du Cimmérien prennent place : sauvages Pictes, bateau hanté, cour d’Aquilonie, mines en Némédie, démons serpents, déserts du Turan, sorcière revancharde… Tout comme Howard, Aaron choisit d’organiser son récit sous forme de chroniques non chronologiques se déroulant à différentes époques bien marquées de la vie de Conan. Cet agencement permet une grande variété de situations, lieux et personnages rencontrés. Loin du comics sombre et empreint de poésie qu’en a par exemple fait l’excellent Kurt Busiek dans son itération du personnage, Aaron prend le parti d’une écriture axée pulp qui est également constitutive de l’œuvre de Howard. En ressort quelque chose de très fun et facile à lire. Les dessins de Mahmud Asrar participent à cette ambiance : c’est énergique, simplement mais efficacement mis en scène et parfaitement lisible sur les nombreuses scènes de rixes. Notons un épisode très particulier dessiné par Gerardo Zaffino qui laisse penser qu’Aaron pourrait explorer d’autres pistes moins convenues. © Jason Aaron / Mahmud Asrar / Gerardo Zaffino / Marvel Car là réside peut-être la faiblesse de l’ensemble. Si ce...

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LE COIN BD // Extremity (Daniel Warren Johnson)

LE COIN BD // Extremity (Daniel Warren Johnson)

(Delcourt, 2019) Pitché par Delcourt comme un mélange entre « l’onirisme du studio Ghibli et la fureur post-apocalyptique de Mad Max », créé par Daniel Warren Johnson, « l’un des plus remarquables talents de la jeune génération d’auteurs américains », sorti en VO sur le très select label Skybound de Robert Kirkman (le papa de The Walking Dead) chez Image Comics… Autant de raisons pour attendre cet Extremity au tournant tant la série semble avoir déjà tout pour elle. En effet, avec à son actif le très apprécié Space-Mullet! (Dark Horse / Akileos) ou le bien barré Murder Falcon (Image Comics / Delcourt, à paraître au printemps 2020), Daniel Warren Johnson fait désormais partie de ces auteurs qui sont parvenus en peu de publications à susciter de fortes attentes dans le petit monde du comics indé. DC Comics ne s’y est pas trompé et lui a récemment laissé le champ libre dans le cadre de son Black Label pour une courte histoire de l’une de ses têtes d’affiche, Wonder Woman (Dead Earth, encore en cours de publication en VO). Cet Extremity justifie-t-il ces grosses attentes ? Oui, clairement oui. Il les surpasse même. Commenter Extremity revient dans un premier temps à rendre hommage au talent de Daniel Warren Johnson. Le bonhomme crée, écrit et dessine seul la série (la colorisation est impeccablement assurée par son comparse Mike Spicer). Un boulot considérable pour un rythme de parution mensuel de chaque numéro, rappelons-le. Outre cet aspect formel (d’ailleurs loin d’être gage de qualité car on peut bosser seul, vite et mal) c’est surtout sur le fond qu’Extremity est une pépite : pour sa créativité folle, sa mise en scène impeccable et l’intelligence de son propos. © Daniel Warren Johnson / Delcourt Guerre clanique, androïde surpuissant, îles volantes, bras mécaniques, bêtes préhistoriques, nefs de combat, monstres venus des profondeurs, canons à plasma, château-fort, land speeder, armures, bon gros mecha… Warren Johnson installe son récit dans un tourbillon de différents imaginaires : SF, fantasy, steampunk, post-apo’… En ressort quelque chose d’unique et d’immédiatement engageant qui laisse une place énorme à la surprise, à une vraie forme de sense of wonder, tout en évitant l’écueil du too much. Si les hommages sont là, ils ne prennent jamais le pas sur l’âme de cet univers et donnent au contraire une forte sensation de connivence avec l’auteur. Celui-ci prend le parti de ne pas expliquer le monde qu’il crée mais de plutôt de le laisser se dévoiler au fil du récit. La recette prend instantanément, le curseur étant habilement placé entre zones d’ombre et révélations pour ne pas gâcher l’expérience de lecture. Celle-ci passe par une maîtrise du séquentiel qui témoigne déjà d’une maturité assez exceptionnelle pour un auteur encore en...

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LE COIN BD // Tsugumi Project, tomes 1 à 3 (ippatu)

LE COIN BD // Tsugumi Project, tomes 1 à 3 (ippatu)

(Ki-oon, 2019) Création originale de l’éditeur Ki-oon, ce Tsugumi Project est une commande directe à un certain ippatu. Assistant mangaka (notamment de Jirô Taniguchi), character designer dans l’industrie du jeu vidéo, illustrateur, auteur d’une première série et d’histoires courtes… Un CV fourni pour un auteur quasi inconnu chez nous et sur lequel l’éditeur français a décidé de placer ses billes. Et force est de constater qu’il s’en tire plutôt bien. Sans être d’une folle originalité, le pitch a le mérite d’être efficace : dans un lointain futur, la France envoie de force le soldat d’élite Léon dans un Japon ravagé 260 ans auparavant par une pluie d’armes nucléaires. Son objectif est de retrouver une arme biologique terrifiante. Nom de code : Tsugumi. Ambiance post-apo donc (une fois n’est pas coutume pour cette pauvre Tokyo), ce qui donne l’occasion à l’auteur de démontrer toute l’étendue de son talent pour dépeindre une cité dévastée sur laquelle la nature a repris ses droits. La partie graphique est clairement le point fort du titre. Non soumis aux délais infernaux de la prépublication, on sent les heures passées par ippatu derrière sa planche à dessin (ou sa tablette graphique) pour accoucher de paysages époustouflants. Le style est minutieux et typé : proche du croquis sur certains passages ou ultra détaillé sur d’autres, l’auteur adopte un astucieux mix de ces deux ambiances qui confère à l’ensemble une très forte personnalité. Ainsi, la narration est souvent silencieuse, laissant un maximum d’espace à ses planches étourdissantes. Le bestiaire est jusqu’ici réussi et contribue à l’ambiance particulière qui se dégage de ces pages. On reste en revanche circonspect quant au design du buddy du héros, Doudou, proche de celui du pirate black dans Astérix, ce qui semble un peu anachronique… © ippatu, Ki-oon Ces trois tomes oscillent entre rencontres – plus ou moins heureuses – avec la faune locale et avancée de la mission principale, deux fils qui se rejoindront très certainement plus tard dans le récit. L’univers est intrigant et l’ambiance suffisamment pesante pour donner corps à cette plaisante histoire de survie en milieu hostile. Si à ce niveau c’est une réussite, l’auteur peine parfois à trouver le bon dosage dans la dynamique mystère / éléments de réponse, essentielle dans ce type de récit pour garder le lectorat alerte. Le scénario se retrouve en outre un peu trop délayé sur certains passages via des scènes ou des dialogues superflus, ce qui nuit au rythme général. Ce coup de mou se ressent notamment dans un troisième tome en-deçà, toutefois sauvé par une dernière partie qui relance habilement l’intrigue. Ce très bon chapitre laisse à penser que le récit pourrait prendre une nouvelle dimension et vraiment trouver sa personnalité. Espérons-le car...

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LE COIN BD // The Valiant (Matt Kindt, Jeff Lemire & Paolo Rivera)

LE COIN BD // The Valiant (Matt Kindt, Jeff Lemire & Paolo Rivera)

(Bliss Editions, 2020) À l’occasion de sa réédition, évoquer la mini-série The Valiant nous semblait légitime à plus d’un titre. Tout d’abord parce que nous risquons de pas mal vous parler dans nos pages (web) de l’éditeur américain, Valiant Entertainment. Créé en 1989 par des anciens de Marvel, vendu à l’éditeur de jeux vidéo Acclaim Entertainment en 1994 puis racheté par après la faillite de celui-ci par des fans en 2005, Valiant revendique depuis sa relance effective en 2012 le troisième univers super-héroïque partagé (après les mastodontes Marvel et DC Comics) et édité en France par une petite boîte dont nous apprécions spécialement le boulot, Bliss Éditions (auparavant Bliss Comics). Ensuite, et dans le même ordre d’idées, parce qu’il nous semblait pertinent de revenir sur cette mini-série, qui même si elle n’arrive qu’en 2014, demeure fondatrice tant elle démontre le potentiel de cet univers partagé. Enfin, tout simplement parce que notre rédacteur avait beaucoup apprécié ce récit à sa sortie et que cette nouvelle édition (prévue avant ce salaud de coronavirus pour mars 2020) est une excellente occasion de revenir dessus. Voici donc sa critique de The Valiant, telle qu’écrite à la lointaine époque de sa première lecture, vers fin 2017. © Matt Kindt/Jeff Lemire/Paolo Rivera, Bliss editions Totalement novice de l’univers Valiant, cette mini-série décrite comme le point d’entrée idéal a pas mal titillé ma curiosité. Les retours très positifs sur les comics et la petite hype autour du jeune éditeur Bliss Comics (dépositaire en France de Valiant depuis 2016 à la suite de Panini) ont achevé de me convaincre. Les lecteurs n’ont en effet pas tari d’éloges sur le nouveau venu dans le monde du comics en VF, tant au niveau du contenu proposé que de la qualité de ses éditions. Pas mal d’interviews des deux passionnés derrière Bliss (notamment ici) permettent d’ailleurs de mieux saisir le projet éditorial et son contexte. Débuter dans l’univers d’un nouvel éditeur est toujours particulier. Aucun repère auquel se rattacher que ce soit en terme de personnage (même si vous n’avez jamais lu de DC, vous devriez en gros savoir qui est Batman) ou de concepts (les mutants chez Marvel, le multiverse chez DC…). Le premier tour de force de The Valiant est justement de donner la sensation d’être en terrain connu. En peu de pages, les deux auteurs Jeff Lemire et Matt Kindt parviennent à caractériser des personnages qui paraissent vite familiers. On ne se sent pas perdu et nul besoin de compulser du Wikipédia pour comprendre ce qu’il se passe. Ici réside certainement l’une des forces d’une maison encore « jeune » comme Valiant, en opposition aux vénérables Marvel et DC qui malgré des re-launches à la pelle ne...

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LE COIN BD // Hexed Omnibus (Michael Alan Nelson, Dan Nora & Emma Rios)

LE COIN BD // Hexed Omnibus (Michael Alan Nelson, Dan Nora & Emma Rios)

(Glénat, 3 octobre 2018) Initialement publié chez Boom! Studios, Glénat propose un bel omnibus de plus de 400 pages – à tirage unique – qui regroupe l’intégrale des deux séries qui composent Hexed. L’occasion de suivre les pérégrinations de Lucifer, voleuse de l’occulte, dans un trip entre Buffy, Constantine et Arsène Lupin. Deux séries donc pour deux parties qui ne se valent clairement pas. La première pose les bases de l’univers et des personnages mais laisse la sensation d’être réalisée à tâtons, comme si l’auteur Michael Alan Nelson ne savait pas encore où il allait. Le lecteur est certes mis en appétit par de chouettes idées mais il manque quelque chose pour vraiment accrocher. Et la prestation graphique d’Emma Rios, assez désastreuse, n’aide pas à s’impliquer. On est encore loin de son travail sur Pretty Deadly, publié cinq ans plus tard. Mise en page insipide, décors brouillons, personnages statiques, visages ratés, perspective hasardeuse… Le tout, certainement réalisé avec honnêteté, sent très fort le boulot de jeunesse proche de l’amateurisme. © Michael Alan Nelson, Dan Nora & Emma Rios / Glénat Il faut néanmoins s’accrocher car la suite apparaît alors comme un enchantement (ou plutôt en l’espèce, une malédiction) relatif et absolu. L’arrivée aux dessins de Dan Mora fait entrer le récit dans une autre dimension. L’artiste costaricain livre une prestation de très haute volée dans un style ultra expressif, proche de l’animation. On pense à Blacksad, Zombillenium ou Special Branch, l’aspect comics en plus. Ses personnages sont magnifiques, son bestiaire inventif, ses scènes d’action parfaitement lisibles, son découpage efficace… Un trait racé et diablement dynamique dont se dégage une forte personnalité, récompensé par un Eisner pour son boulot sur le Klaus de Grant Morrison. Michael Alan Nelson semble se servir de ce nouvel attelage pour tirer son récit vers le haut. Le rythme se fait plus soutenu et d’une étonnante densité pour ce type de format relativement court. L’auteur jongle avec les codes du genre (artefacts dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom, nécromancie, sorcellerie, mondes parallèles…) pour délivrer une histoire haletante, parfois épique, dans laquelle les alliances se font et se défont. Il parvient d’autant plus à y insuffler beaucoup de vie au travers de son casting, presque à 100% féminin. L’auteur prend le parti de jongler avec peu de personnages et leur apporte une vraie densité. Lucifer est une héroïne solide, franchement attachante et le duo qu’elle forme avec Raina, la stagiaire, est digne des meilleurs buddy movies. Outre son design hallucinant, La Catin est un exemple de personnage qui se révèle au fil du récit, bien aidée par une origin story touchante et éclairante. La grosse introduction que constituent les quatre premiers numéros passée, Hexed se révèle être une excellente surprise, portée...

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LE COIN BD // Doctor Mirage (Roberto de la Torre & Jen Van Meter)

LE COIN BD // Doctor Mirage (Roberto de la Torre & Jen Van Meter)

(Bliss Editions, 2019) Croisée notamment dans les pages de son comparse Shadowman, le Doctor Mirage avait clairement le potentiel pour avoir sa propre série depuis le relaunch de Valiant Comics en 2012. C’est chose faite avec les deux mini-séries contenues dans cet album (The Death Defying Doctor Mirage et Doctor Mirage: Second Lives), publiées entre 2013 et 2016. La même équipe artistique, Jen Van Meter au scénario et Roberto de la Torre aux dessins, est aux commandes ce qui confère une vraie unité à ces quelques neuf épisodes. Le pitch est simple et efficace. Selon l’éditeur Bliss Editions, « le Docteur Mirage peut parler aux morts. Mais un esprit reste introuvable malgré les talents de Shan Fong : celui de son défunt mari, Hwen. Lorsqu’un occultiste au passé classé secret défense fait appel à ses services, Shan trouve une piste qui pourrait bien lui permettre de résoudre la plus grande énigme de sa carrière : retrouver Hwen ! ». © Roberto de la Torre/Jen Van Meter, Bliss Editions Le récit permet donc de retrouver l’un des pans les plus intéressants de l’univers Valiant, Le Monde des Morts. Celui-ci se développe au gré des publications (Shadowman, Ninjak, Rapture, etc.) et présente un gros potentiel auquel chaque auteur peut apporter sa petite touche. Malheureusement, et c’est le principal reproche à faire à la série, l’auteure ne profite pas assez de ce gros bac à sable pour tisser son récit. Le Monde des Morts occupe certes une large part de la première partie mais il est peu exploité, sinon au travers de quelques nouveaux personnages et zones, que l’on ne reverra d’ailleurs peut-être plus dans d’autres publications. Le tout n’est pas assez immersif et Le Monde des Morts apparaît comme assez lambda. C’est vraiment dommage car c’était l’une des promesses de la série. Ce point négatif mis de côté, la série se laisse agréablement suivre. Mirage est un personnage attachant et l’auteure arrive à lui donner juste ce qu’il faut de nonchalance pour ne pas tomber dans la caricature. Il en va de même pour l’histoire d’amour entre les deux principaux protagonistes, plutôt bien écrite et sans mièvrerie. L’ensemble manque néanmoins de souffle et de moments marquants. Tous les éléments sont présents mais la mayonnaise n’arrive pas vraiment à prendre. Si la première histoire est la plus importante, elle est trop confuse malgré de très bonnes intentions. Elle a néanmoins le mérite de présenter quelques bribes d’origin story pour son couple de héros. Le second récit est plus anecdotique et aurait juste pu être un petit arc narratif dans un run plus long. Il est néanmoins mieux mené, l’équipe créative donnant la sensation de mieux maîtriser son sujet. Aux dessins, Roberto de la Torre fait...

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