Björk – Medúlla (One Little Indian)

Publié par le 2 avril 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

Bjork-Medulla1-1Il y a des artistes difficiles à classer. Et dans les conversations populaires, on retrouve toujours les mêmes questions binaires : « C’est Punk ou c’est Disco ? », « C’est Rock ou c’est Pop ? », et la New wave et l’électro, etc… on n’en sort plus. Et si on allait outre ? Et si un artiste était tout à la fois et aucune de ces catégories en même temps ? À l’œil nu sommes-nous capables de savoir quand est-ce que l’on passe du « Bleu » au « Vert » dans le spectre visible ? En musique c’est pareil !

Quand on parle de Björk, les esprits s’échauffent : « C’est du bruit ! », « Ce n’est pas de la musique ! »… Et pourtant si l’on sortait – le temps d’une heure – des catégories validées par l’industrie de la musique et de sa logique commerçante (« Punk », « New Wave », « Rock », « Rap », etc…), en nous poussant à aboyer tels des « chiens de Pavlov », on trouverait d’autres horizons, d’autres mondes à explorer. Née à Reykjavik, en 1965, Björk Guðmundsdóttir » – plus connu sous le doux son nordique de « Björk » – sort son premier album à 11 ans, et rencontre son premier succès dans son pays natal : l’Islande. L’album sobrement intitulé du nom de l’Islandaise est une collection de reprises et de compositions personnelles. Parmi les reprises, se trouve « Fool on the Hill » des Beatles, renommé pour le coup : « Álfur Út Úr Hól ».

Son adolescence sera remplie d’expériences avec plusieurs groupes locaux. Le plus connu restera KUKL (« sorcellerie » en islandais). Ce groupe se trouve un peu dans la lignée des groupes de « musique industrielle » comme Psychic TV, SPK. On y découvre la voix hurlante de la jeune nymphe énervée sur fond de guitares agressives, rythmes métalliques, et de sons en tous genres (cloches, etc). Le groupe sera rebaptisé par la suite The Sugarcubes.

Les années 80 passées, nous entrons dans les années 90’s, décennie chevauchée notamment par le Trip-Hop et le Rock Alternatif, avec des groupes comme Massive Attack (Blue Lines), Tricky (Maxinquaye) ou Portishead (Dummy).

C’est dans cette atmosphère créative que Björk part s’installer à Londres pour y rencontrer le « bristolien » Nellee Hooper qui produira son premier album Debut. La suite sera des rencontres avec Tricky et son producteur Howard Bernstein (Howie B.). Björk se fera remarquer à la télé par ses clips vidéos très curieux.

C’est en 2004, que la belle islandaise se lance dans un projet bien particulier : Medùlla. Depuis ses 17/18 ans, elle a une envie : réaliser un album uniquement composé de voix. Les « attentats du 11 septembre » justifiant la croisade de George W. Bush en Afghanistan et plongeant le monde dans une terreur collective « alimentée », va la pousser à revenir à des choses plus primitives.

Des « chants de gorges » inuit, des chœurs, des rythmiques produites avec le style « Human Beat Box », retravaillées électroniquement. Elle va prendre tous les extrêmes pour les assembler comme un peintre jetant des couleurs sur une toile.

Des invités de taille sont conviés sur cet album : Mike Patton (« Where Is the Line ») l’improvisateur hurlant et azimuté, leader de nombreux groupes et projets parmi lesquels Faith No More, Tomahawk, Fantômas, Mr Bungle ; et Robert Wyatt (« Submarine »), ce génie hémiplégique qui a traversé les décennies lentement mais sûrement. Ne sortant qu’un album tous les 6/7 ans, Robert Wyatt s’est toujours servi de sa voix comme d’un instrument, d’ailleurs sur son premier album en solo – The End of an Ear (1970) – la bouche (« mouth ») faisait partie – non sans dérision – des crédits.

Les « Beat-Boxers » sont convoqués alors au Studio, pour faire la rythmique sur laquelle se jetteront des envolées vocales feignants des appels abscons dirigés vers les étoiles. Une chorale islandaise est mêlée au projet. Razhel le Beat-Boxer « Hip-Hop » fait la rythmique sur « Who is it ». Un autre Beat-Boxer : le japonais Dokaka qui s’est fait connaître en faisant notamment des reprises de King Crimson (« 21st Century Schizoid Man ») ou Nirvana (« Smell Like Teens Spirit ») version beatbox.

Tout au long de ce projet se mêleront des soupirs et des respirations tantôt haletants tantôt plaintifs semblables à ceux des créatures nocturnes. Sur le morceau d’ouverture, « Pleasure is all mine », Björk invite Tanya (Tanya Tagaq Gillis). Tanya est une « chanteuse de gorge » Inuit, elle poussera également des grognements instinctifs sur « Ancestors », morceau mettant en confrontation sa brutalité vocale à celle de la fée fêlée nordique.

« Show me forgiveness » est chantée a capella pour ensuite laisser la place à l’hypnotique « Where is the line ». Mike Patton entonne de manière vicieuse l’intro : « Where is the line with you / Where is the … liii iiii iiiiine with you ». Démentiel.

La nymphe roule des « r » avec sa langue natale sur « Vökuró » accompagnée d’une chorale Islandaise frisant la transcendance religieuse.

« Öll birtan » a la même structure que « Show me forgiveness » et bascule cette fois sur le « Who is it » avec Mike Patton à la « Human Beat Box ».

La deuxième partie de l’album nous plonge dans les abysses à la rencontre des créatures aquatiques obscures. Robert Wyatt participe sur « Submarine » en posant sa voix infantile de sexagénaire.

On continue notre voyage vers des profondeurs inexplorées sur « Desired Constellation » où la nordiste pose sa voix de fée. Sa voix est à la limite de la rupture sur le refrain : « How am i goin’ to make it right ? » et nos âmes s’enfoncent encore plus profond dans la griserie et la mélancolie. Nous sommes au cœur de l’album, tout est calme et enivrant. « Oceania » libère des voix non identifiées pareilles à des sirènes lunatiques. Et l’islandaise en profitera pour lancer une pensée subversive contre l’impérialisme américain sur « Mouth’s Craddle » : « I need a shelter to build an altar / away From all Osamas and Bushes » (« J’ai besoin d’un abri pour construire un autel loin des Oussamas et des Bushs »)

L’album se clôturera sur « Triumph of a Heart », où l’on remarque le Nippon épileptique Dokaka se lancer à une volubilité onomatopéique à la Human Beatbox. Le clip-vidéo du titre en question est burlesque, il montre une relation amoureuse, étroite et difficile entre la chanteuse et son chat (!).

Depuis, Björk est passé à autre chose. Mais cette année-là, ce fut l’année d’un changement dans la carrière de la chanteuse qui a su encore une fois prendre tout le monde à contre-pied.

 

CB

 

Regardez le clip de « Triumph of a Heart »

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