Deerhunter de retour en 2019

Deerhunter de retour en 2019

Qu’on se le dise, le début d’année 2019 sera bon ! En effet, on peut déjà cocher une date : le 18 janvier qui fêtera le retour dans les bacs de Deerhunter avec son 8e album au titre légèrement pessimiste, Why Hasn’t Everything Already Disappeared? chez 4AD. Le groupe, décidément d’humeur joyeuse, qui développe “Comment décrire un album hors du temps, inquiet de la disparition de la culture, de l’humanité, de la nature, de la logique et de l’émotion ? Pourquoi faire un tel album à une époque où la capacité de concentration est réduite à peau de chagrin, et la création musicale abandonnée à des algorithmes et à une place en playlists. Pourquoi se lever le matin ? Pourquoi notre monde n’a-t-il pas encore disparu ?” L’album a été produit par Cate LeBon, Ben H. Allen III, Ben Etter et un (excellent) premier single éponyme est en écoute. La pochette Le tracklisting : 1. Death in Midsummer 2. No One’s Sleeping 3. Greenpoint Gothic 4. Element 5. What Happens To People? 6. Détournement 7. Futurism 8. Tarnung 9. Plains 10. Nocturne...

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PLAYLIST – 30 ans de Sub Pop en 50 titres

PLAYLIST – 30 ans de Sub Pop en 50 titres

Au commencement, Subterranean Pop était un fanzine, fondé par deux passionnés, Jonathan Poneman et Bruce Pavitt, qui ne savaient pas encore tout à fait où ils allaient mais avaient des idées. Devenu label en 1988, Sub Pop s’appuie immédiatement sur une identité visuelle forte et des idées marketing audacieuses (la possibilité de s’abonner pour recevoir les Sub Pop singles notamment*). Associé à jamais à l’éclosion du « grunge » (ou de la scène de Seattle, ou… whatever), Sub Pop a soufflé cette année ses 30 bougies et reste encore aujourd’hui une référence en matière de rock bruyant et/ou exigeant. Le label a bien grandi, s’est structuré, a remboursé ses dettes (a priori) et peut se targuer d’une longévité remarquable et une discographie colossale. Voilà qui méritait bien une rétrospective sonore d’envergure. Initialement prévue en 30 morceaux pour 30 ans, on s’est dit qu’on n’en avait finalement rien à foutre d’être cohérents puisque ce label mérite bien plus. Voici donc 50 morceaux, des historiques incontournables qui ont fait leur gloire et leurs premiers bénéfices (Nirvana, Mudhoney, Soundgarden…) aux formations plus obscures non moins méritantes (10 Minute Warning avec Duff McKagan avant qu’il n’aille faire le con à LA, Come, Truly, Rein Sanction, Pond…), du rock bien crasseux ou teigneux (Tad, Les Thugs, L7) au slowcore le plus soyeux (Low, Red House Painters, Codeine), de l’indé-tronable (The Vaselines, Sebadoh, J Mascis) en passant même par le hip hop new generation (Clipping., Shabazz Palaces). Et pour boucler la boucle, quelques dignes héritiers du son d’antan (METZ, Strange Wilds, Pissed Jeans…). Longue vie à Sub Pop, merci pour tout… et rendez-vous dans 30 ans pour le top 100 !     *dont sont tirés ici Rapeman – Song Number One et Fugazi… du même nom, « Shove » de L7, « Arriba » de Babes in Toyland, « Car » de Come et « Fire of Love » de Boss Hog. Jonathan...

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The KVB – Only Now Forever

The KVB – Only Now Forever

The KVB n’en est pas à son coup d’essai, loin s’en faut (8e album, déjà !) mais il se refuse à ressasser les mêmes marottes. Ceux qui ont bien accroché à Of Desire (et il y avait de quoi) ne seront pas tout à fait déboussolés, le duo ne s’est pas mué en une formation punk hardcore, les larsens n’ont pas supplanté les synthés, mais Only Now Forever laisse filtrer un peu de lumière là où ses prédécesseurs se complaisaient dans la pénombre. Ils ont beau adopter régulièrement un ton glacial ces KVB, ils savent se montrer accueillants et captivants pour peu qu’on les laisse se confier (l’imparable “Above Us” en ouverture). Il est en outre fréquent que le thermomètre grimpe pour indiquer une chaleur inhabituelle, on se laissera même surprendre plus souvent qu’à son tour à remuer le popotin, emportés aveuglément par un beat contagieux (“On My Skin” qui lorgne vers la dance ou l’électro cosmique de “Afterglow” et “Into Life”). Les robots semblent avoir pris le pouvoir et ils adoptent un look plutôt rétro 80s qu’ultra moderne, cela va de soi. En conséquence, le kitsch n’est parfois pas très loin mais l’ensemble est si solidement agencé qu’on finit toujours par se laisser prendre. Les mystères de la pop mon bon monsieur ; enrobez là comme vous voulez, si les mélodies sont au rendez-vous, c’est dans la poche. Pop n’a jamais été un gros mot pour The KVB mais il est ici plus assumé que jamais, à l’image de la belle mélancolie de “Violet Noon” aux chœurs éthérés qui s’envole aux confins d’une dream pop/shoegaze aussi touchante qu’inattendue, de la vaporeuse “No Shelter” ou de “Tides” qui a tout du single très (trop ?) calibré. Si l’intérêt faiblit quelque peu sur la face B (“Live In Fiction” et “Cerulean” sentent un peu la redite), force est de reconnaître que, sans dégainer l’artillerie lourde mais en faisant parler sa finesse, The KVB déploie tout un panel d’arguments auxquels il est difficile de rester insensible. Jonathan...

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Is This Desire? de PJ Harvey a 20 ans. Chronique

Is This Desire? de PJ Harvey a 20 ans. Chronique

Il m’a fallu du temps pour le réaliser pleinement, aujourd’hui plus de doute : PJ Harvey est grande. Et l’une des preuves les plus irréfutables de sa grandeur est ce Is This Desire?. Il n’a que 20 ans, il est déjà intemporel. Après avoir entamé sa discographie remontée comme une pendule, Polly Jean allait peu à peu nous montrer l’étendue de sa classe avec des morceaux plus apaisés, plus profonds laissant sa voix gagner en maturité et prenant ainsi le large sur les concurrentes. Premier virage amorcé par le colossal To Bring You My Love. La curiosité est donc de mise lorsque déboule ce 4e album, les fans se demandant légitimement à quelle sauce la dame s’apprêtait à les dévorer. Angelene se présente, c’est une prostituée (“Love for money is my sin, Any man calls, I’ll let him in“). “Angelene” est d’une beauté immaculée, elle nous frappe au cœur, provoque un torrent d’émotions… mais n’annonce en rien la suite, qui ne cessera de nous dérouter. Car il y a comme une tension omniprésente sur ce disque. Elle plane en permanence, ne remonte pas toujours à la surface, restant parfois à l’état de menace. Et parfois, soudainement, nous explose en pleine gueule (“The Sky Lit Up” qui monte crescendo en intensité jusqu’à finir par décimer tous azimuts à mesure que Polly grimpe dans les aigus). Pas question de caresser dans le sens du poil, le son est dérangeant, agressif. Un épais brouillard électronique malsain s’impose, un beat qui tabasse dur, comme si Trent Reznor et son esprit dérangé avait été convié à la fête pour venir brouiller le signal (les angoissantes et véhémentes “My Beautiful Leah” et “Joy” ou la véritable bombe à fragmentation “A Perfect Day Elise”. Dire que c’était ça le premier single !). Les ambiances sont travaillées, les incursions électroniques bienvenues, distillées à bon escient et quand les esprits s’apaisent, on est parfois tout proche de Bristol et de son trip hop, alors très en vogue (“The Wind” ou “Electric Light”, toute basse dehors, avec une PJ qui murmure). Preuve que l’arc de PJ Harvey était doté de nombreuses cordes, atteignant toujours leur cible. La comparaison vaut également pour “The Garden” à laquelle on adhère toutefois plus instantanément, cajolés par de douces notes de piano et la voix ensorcelante de la grande dame. La bouleversante “The River” hérisse les poils d’emblée et ces derniers n’osent jamais retrouver leur position initiale. La rage est palpable, mêlée à une douleur tenace, qu’il nous est conseillée de balancer à la flotte (“Throw your pain in the river“). PJ Harvey l’admet sans ambages : ce disque est son préféré, sa plus grande fierté car il s’agit du plus audacieux (on n’ose...

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Cloud Nothings – Last Building Burning

Cloud Nothings – Last Building Burning

S’il figure sans conteste parmi les groupes les plus excitants de ces dernières années, Cloud Nothings est aussi l’un des plus frustrants. Son troisième album, Attack On Memory, fut le premier coup d’éclat. Un disque sombre et rempli de rage qui s’ouvrait par deux monuments mais ne parvenait pas à (ne pouvait décemment pas ?) maintenir un tel niveau tout du long. Son successeur, Here And Nowhere Else, moins inégal, conservait un léger goût d’imperfection. Pas loin mais pas encore l’album ultime non plus. Alors, l’an passé, Dylan Baldi a tout rasé pour nous pondre un Life Without Sound tout propre sur lui et il faut bien le dire, tout vilain (même si tout le monde n’était pas de cet avis). Au diable l’urgence, les incartades noisy, les cris viscéraux, la saturation faite reine, place au punk FM calibré pour collégiens en quête de sensations fortes. Un coup de massue terrible, une déception immense qui se devaient d’être vite effacés sous peine de rayer de la carte ce vil usurpateur. Et bien, épongez les gouttes de sueur qui perlent de votre front, Dylan Baldi a entendu nos pleurs. Conscient qu’il avait un peu trop forcé sur la guimauve, il nous revient vénère comme jamais. Point de tergiversation ici, Cloud Nothings nous prend à la gorge d’emblée et ne desserre quasiment jamais l’étreinte. En résulte un album forcément un peu étouffant mais ô combien revigorant. Pour ne pas passer pour des bourrins de service, le quatuor nous a quand même réservé quelques relatifs moments de répit comme cet « Offer An End » un poil moins rentre dedans mais on reste loin (et on s’en félicite !) des petites ritournelles innocentes et gonflantes du disque précédent. Totalement ressuscité, Cloud Nothings nous rappelle également sa science du break qui brise la nuque avant de poursuivre dans les cris et la fureur (« The Echo Of The World »). Dommage que le traditionnel morceau montagnes russes (« Dissolution » qui frime du haut de ses 10’51) ressemble davantage à un passage obligé désormais. On est loin, très loin des sommets qu’étaient « No Future/No Past » et « Wasted Days », il y a bien longtemps… Et les mélodies dans tout ça ? Elles sont bien présentes et demeurent efficaces (« Leave Him Now », « Offer An End »), même si elles ne brillent pas toujours par leur originalité. Baldi se fait bien passer pour Joe Strummer au début de « Another Way Of Life » (c’en est presque troublant) mais il tombe vite le masque et retombe sur ses pattes pop/punk version Cloud Nothiennes, sans sombrer pour autant dans ses récents égarements. C’est du Cloud Nothings, pas de doute là-dessus mais du bon, et le doute était permis à ce sujet. S’il ne paie pas de...

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