Asian Dub Foundation – R.A.F.I. (Labels)

Publié par le 14 novembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

RafialbumAsian Dub Foundation. À première vue, on se dit que c’est du dub aux sonorités orientales. En réalité, c’est bien plus complexe. Difficile de définir ce groupe aux confluents de la jungle, du dub, du hip hop voire du punk rock.

Tout est parti d’une louable intention : transmettre gratuitement les rudiments de la musique à des enfants asiatiques vivant à Londres. Après la diffusion du documentaire Identical Beat, filmant les ateliers du Farrington Community Music House, les gérants Aniruddha Das (Dr. Das) et John Pandit (Pandit G.) décident de se lancer dans le grand bain et fondent Asian Dub Foundation en compagnie d’un de leur étudiant, Deeder Zaman (Master D), rappeur bengali de 14 ans ! Dr Das joue de la basse, Pandit G est DJ.

Ils seront rejoints par le guitariste Chandrasonic qui a une technique bien à lui, il accorde son instrument comme une sitar, met la distorsion au max et joue avec un couteau !

Facts and Fictions sera le premier album du groupe dont les rangs se sont garnis entre temps de deux nouveaux éléments : le danseur Bubble-E et le second DJ Sun-J. Le disque, sorti en 1995, est très bon (incluant notamment le fantastique « Rebel Warrior ») mais peine à trouver son public en Angleterre où tous les regards sont tournés vers le trip hop porté par Massive Attack et Portishead. C’est en France qu’ADF commence à se faire un nom grâce à ses textes engagés et ses furieuses prestations scéniques.

Le second album R.A.FI. ne sortira initialement qu’en France en 1997. Le titre est une référence à feu Mohamed Rafi, célèbre chanteur indien de Bollywood.

L’album s’ouvre par le remarquable « Assassin ». Intro cool (percus, sons clairs de guitare, basse rondouillarde) puis changement de décor le rythme s’emballe dans une Jungle survoltée, la gratte se fait nerveuse, Master D rappe à fond la caisse. Il se glisse dans la peau d’Udam Singh, activiste indien, survivant du massacre de Jallianwalla Bagh perpétré par les colons britanniques, qui plus tard s’est fait justice lui-même en assassinant le gouverneur britannique Michael O’Dwyer. « A bullet to his head won’t bring back the Dead. But it’ll lift the spirit of my people ! » / « Une balle dans sa tête ne ramènera pas les morts à la vie. Mais ça élèvera l’esprit de mon peuple ».

On l’a compris, ADF a de la rage à revendre. Le propos est cash, sans équivoque et l’énergie de leur musique sert parfaitement leur furie.

Autre bombe incendiaire : « Free Satpal Ram ». Mélange d’un son traditionnel entêtant, de bruitages électro et basse très « dubbesque », le titre arrache tout et deviendra très vite un des étendards d’ADF sur scène. Master D, comme d’hab, est rempli d’une vitalité hyper contagieuse. Pas le genre de morceau qu’on écoute les doits de pied en éventail au bord de la piscine mais plutôt quand on part faire la révolution (si, si y en a qui la font). Satpal Ram est un anglais d’origine asiatique condamné à la prison pour un crime commis en légitime défense (or « self-defense is no offense » clame Master D) après avoir été agressé par des blancs-becs qui n’apprécient guère les peaux basanés. La mobilisation d’Asian Dub et d’autres groupes comme Primal Scream n’aura pas été vaine, Satpal fut libéré en 2002.

Mais les gars d’Asian Dub sont des musiciens de talent, pas uniquement des surexcités qui veulent tout cramer. Ils savent aussi tisser des atmosphères bien planantes et agréables (« Buzzin », « Modern Apprentice », « Dub Mentality »), placer des mélodies et gimmicks bigrement efficaces qui restent bien dans la tête (le refrain de « Black White », « Culture Move » et son « hey, hey, hey, hey, hey, hey, hey ») sans jamais perdre de vue les thèmes qui leur tiennent à cœur.

On ne peut pas terminer cette chronique sans évoquer « Naxalite », morceau phare du groupe, toujours aussi bon bien des années après.

L’album sera publié un an plus tard en Angleterre sous le titre Rafi’s Revenge. Savant melting-pot d’influences diverses, R.A.F.I. saura ravir tout amateur de musique à l’affût de sons dépaysants qui sortent de l’ordinaire. Il constitue une excellente entrée en matière pour ceux qui veulent découvrir le groupe.

Le style ADF, assez déroutant de prime abord mais finalement bien plaisant pour peu qu’on y prête une oreille attentive, sera par la suite exploité jusqu’à la moelle. Or, si les deux albums suivants, Community Music et Enemy of the Enemy, sont du même tonneau, les derniers font un peu réchauffés, d’autant qu’après de multiples changements de line-up, il ne reste plus grand monde de la formation originale.

 

JL

 

Écoutez « Free Satpal Ram »

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