Zarboth – Grand Barnum All Bloom

Publié par le 2 juin 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Pee Wee, 28 mai 2021)

Un chevelu (Phil Reptil) adepte de riffs de plomb, un moustachu (Etienne Gaillochet) raffolant de cassures et interruptions momentanées et un irlandais (Macdara Smith) beau parleur/chanteur/rappeur, soufflant à l’occasion dans sa trompette. Drôle de tableau que ce trio d’hurluberlus. Drôle de groupe que Zarboth. Inclassable et un peu fou. Trois zigotos à l’esprit libre, la musique ouverte, faisant fi des carcans, se jouant habilement et malicieusement des étiquettes.

Le tonitruant “Poly Mono” en ouverture fustige le capitalisme, la surconsommation déraisonnée, l’aliénation des masses, l’ignorance… Et n’oublie pas de remercier tous les responsables (“THANKS FOR THAT. THANK YOU FOR THAT!”). À l’image de cette ouverture avec tambours et trompette, les textes sont parfois frondeurs et la musique férocement jouissive. Macdara Smith n’est arrivé que sur l’album précédent, There’s No Devils At All, It’s Just The System, et il s’est vite fait sa place. Une place de choix puisqu’il ne lâche jamais le micro ici, même s’il le tend parfois à Etienne Gaillochet (batteur/chanteur de We Insist!) qui occupait autrefois le lead.

Quand ils ne dézinguent pas le capitalisme outrancier, n’appellent pas à la condamnation des meurtriers de George Floyd (“In The Name Of…”), ne fulminent pas à l’idée d’être confiné (“Find Yourself” en dernière piste cachée), les textes se veulent parfois poétiques (“Moon Boy”) ou philosophiques (“Music? What? What Music?”) et peuvent sonner comme une ode à la liberté, à l’image de l’habitué des setlists “I Wanna Be Naked” qui tombe à pic et donne envie de gambader nu vers la première terrasse venue (évitez quand même, cela risquerait de fortement déplaire à la maréchaussée). Le metal et la noise ont cédé du terrain, les plans math rock ont quasiment déserté. Si la complexité est toujours de mise, le jeu se veut plus aérien. Le groove, lui, est omniprésent et nos guiboles trépignent (“This Is The Moment” ou l’irrésistible “Underground River”, funky en diable, et son formidablement contagieux “it’s a tiny investment to join us“). Mais ce joyeux bordel, ce grand barnum plutôt, préfère tout mettre dans la même marmite. Et bien remuer. Le jazz évidemment est toujours là, tantôt free et fougueux, parfois seulement apaisé et contemplatif (“Back For The Crown”, “Stainy”), notamment en fin d’album qui fait retomber l’excitation.

Zarboth est peut-être un peu moins zarbi qu’avant, moins rugueux également mais il est sans doute plus instinctif que jamais. Il nous offre en tout cas un disque résolument vivant et vibrant, exaltant et excitant.
Thanks for that!

Jonathan Lopez

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