Swell -Too Many Days Without Thinking

Publié par le 16 mai 2022 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques

(Beggars Banquet, 11 mars 1997)

Il est assez malheureux d’avoir attendu la mort de son leader, le chanteur-guitariste David Freel, pour enfin s’atteler à une chronique de ce groupe génial qu’était Swell. Swell n’était certainement pas le plus réputé des représentants indie rock 90s mais indubitablement un des plus singuliers et attachants. Un des plus chargés en mélancolie aussi. Et ce n’est pas l’actualité récente qui va rendre les écoutes de ses disques plus neutres. Alors OK, personne ne chialera dans sa bière à l’écoute de « Throw the Wine » en ouverture, on pourrait même oser le déhanché improbable. Swell savait être cool sans jouer au m’as-tu vu. Il ne se faisait pas prier davantage pour nous infliger des sursauts noisy dans la plus pure tradition indie. Mais inlassablement, Swell nous ramenait à nos petits chagrins. Comme sur ce formidable « What I Always Wanted » qui suit où la batterie des plus recherchées de Sean Kirkpatrick contraste avec le jeu de guitare d’un minimalisme déroutant de David Freel. Et son chant, évidemment. Si simple et beau. Authentique et touchant. Une des grandes forces de ce groupe. Parvenir à susciter beaucoup d’émotions en déployant bien peu de moyens. Sonder les tréfonds de nos âmes sans avoir l’air de s’en préoccuper. Bifurquer sur un refrain que personne n’avait anticipé (« Make Mine You »). Initier des crescendos qui n’en ont pas l’air et font autant de dégâts qu’un orchestre à cordes (« Going Up (To Portland?) »). Passer d’un grondement sourd grimpant en intensité pour déboucher sur une mélodie acoustique. Et après avoir haussé le ton, nous quitter sur une outro réjouissante avec claps, maracas, chœurs et retour de la gratte acoustique (« At Lennie’s »). Du Swell dans le texte. Du bonheur pour les esgourdes. Et si ce « Fuck Even Flow » n’est guère sympathique envers ceux à qui il s’adresse, il en dit long sur la démarche diamétralement opposée de Swell vis-à-vis de la bande à Vedder ayant la fâcheuse tendance sur son premier album* à en faire des caisses et la jouer tire-larmes ou lève-poing, à grands renforts de solos généreux et gimmicks appuyés. Ça fait vendre plus de disques. Ça peut aussi agacer. Swell n’en a jamais écoulé par camions et n’en avait probablement rien à secouer. Il composait à la pelle des grands morceaux sans prétention comme celui-ci, et c’était bien là l’essentiel. Il possédait son armée de fidèles, ceux qui savaient, les chérissant comme un secret (pas si) bien gardé, du moins préservé des sirènes du grand public et dérives en découlant.

Et pour lesdits fidèles, quantité de petits bonheurs constamment renouvelés. Analyser une batterie toujours inventive et captivante, retrouver ce son so 90s, remuer la tête d’un air satisfait, éprouvant le même engouement à la 612e qu’à la troisième écoute, chaque fois que retentit le riff de « Going Up (To Portland?) », fredonner des refrains éternels, jusque sur son lit de mort, sourire amer en coin (« (I Know) The Trip », « Bridgette, You Love Me »). Se souvenir que ce disque finit encore mieux qu’il n’avait démarré, ce qui n’est certainement pas donné à tout le monde. Swell pouvait se permettre une tracklist audacieuse, le lien ayant été créé aisément avec l’auditeur et grandissant au fur et à mesure de l’avancée, se multipliant au fil des écoutes répétées. Et puis partir, définitivement conquis sur le sublime « Sunshine, Everyday », ultime offrande d’un disque qu’on n’osera pas qualifier de miraculeux mais assurément unique et indispensable.

Jonathan Lopez

*Que les ignares cessent de ricaner bêtement et se penchent une fois pour toutes sur les suivants.

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