The Young Gods Play Terry Riley “In C”

Publié par le 6 septembre 2022 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Two Gentlemen/Kuroneko, 9 septembre 2022)

Au panthéon des divinités, l’immortalité est une des forces motrices de la création, immuable dans son essence. Cette faculté en matière de composition est pour l’humanité une quête obsessionnelle, si une œuvre s’approche de l’éternité, elle embrasse alors l’univers pour se perpétuer au-delà des frontières du temps. Passant de l’aliénation de l’objet à la libération du tangible, l’artiste cherche à atteindre la sobre ivresse dont parlent les anciens. Celle qui s’éloigne du but pour se focaliser sur le sujet.
Formation qui côtoie les hautes sphères célestes de la musique, sans jamais perdre de sa vitalité, les Young Gods peuvent aisément être qualifiés d’anticonformistes. Pionnier de la scène industrielle, le groupe helvète utilise à ses débuts l’Electro-Harmonix super replay comme sampler et surtout, enregistre sous forme de cut-up en scotchant des bandes magnétiques, un art du bricolage post-moderne, lui conférant ce son abrasif. Malgré des changements dans le line-up originel, les Young Gods obtiennent la reconnaissance du public américain avec l’album TV Sky. S’en suit un exil à New York où est enregistré ensuite Only Heaven, d’où est extrait leur hymne « Kissing the Sun ».
Alors que la musique industrielle impose des formations comme Ministry, NIN, Einstürzende Neubauten, le trio n’hésite pas à faire un pas de côté pour revisiter la musique de Kurt Weill. Virage à 360 degrés avec notamment en 2008 le projet acoustique « Knock on Wood » où sont troqués les samplers et autres machines pour des guitares et des percussions. Franz Treichler, Cesare Pizzi et Bernard Trontin renforcent le noyau du groupe.

Après leur fabuleux Data Mirage Tangram en 2019, les Young Gods convoquent cette fois bourdons et drones, arpégiateurs et motifs répétitifs, modules évolutifs en 53 fragments musicaux. Ils revisitent ainsi In C de Terry Riley, fondateur de la musique minimaliste répétitive (parmi d’autres sommités tels que LaMonte Young, Steve Reich, Philip Glass). Œuvre notoire enregistrée en 1964 dont la règle était la suivante : « chaque interprète a la liberté de choisir le nombre de répétitions avant qu’il ne passe au motif suivant. Aucune règle ne fixe le nombre de répétitions ». La composition originale In C n’avait pas de rythme, elle est ici radicalement adaptée avec une armada de synthétiseurs issus du SMEM (Swiss Museum & Center for Electronic Music Instruments). Cette sonorité analogue dominante offre une expérience d’écoute inédite, agrémentée de guitares texturées, de basses vibrantes avec des nuances subtiles où s’insinuent de courts silences. Un dialogue à trois où chaque instrument communique, relié comme autant de balises dans un océan émettant un signal de direction.
L’ensemble des 9 pièces divisées en patterns, constituent une entité vivante, mutante, enregistrée en conditions live, protéiforme dans ses structures (utilisation mélodique ou rythmique de marimbas, séquences tribales). La dernière face du disque reprend les premiers patterns autour de synthés analogiques, déclinant des motifs avec l’appui de guitares collées aux arpégiateurs, soutenus par les cymbales et une batterie venant accélérer l’ensemble, une montée en puissance totalement hypnotique.
En complément à la sortie de ce double album, le trio livrera une prestation live le 17 septembre à Annecy, suivie d’autres dates en Suisse. Forcément, une expérience unique pour l’auditoire qui ne manquera pas d’apprécier l’œuvre dans son intégralité.
Cheveux blancs, un brin plus longs, les Young Gods n’ont pas perdu un iota de créativité, peut-être ont-ils goûté aux breuvages leur conférant l’éternité ?

Franck Irle

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