The KVB – Unity

Publié par le 26 novembre 2021 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Invada, 26 novembre 2021)

Cela fait drôle. Sentir les rayons du soleil sur notre peau en plein mois de novembre. « Sunrise Over Concrete ». Et la lumière fut. La musique de The KVB, particulièrement sur cet Unity quelque peu désuni, ne fait donc pas toujours écho à la grisaille, la mélancolie, la morosité, elle joue avec nos états d’âme, notre philosophie du moment, nos humeurs changeantes. La mue était déjà entamée, elle semble accentuée ici. Bien sûr, le chant est parfois vaporeux, la guitare céleste, les inclinations shoegaze n’ont pas déserté (« Unbound »). La six-cordes semble toutefois avoir perdu du terrain au profit des machines. Incorrigibles, jamais rassasiées. Les synthés jonglent avec elle. À toi, à moi, à eux de voir si ça leur convient. Cela nous convient-il ? On ne sait pas, on ne sait plus, on est un peu perdu. On a le sentiment que The KVB a choisi de ne plus faire de choix entre chacune de ses lubies, il se laisse guider par ses envies. Shoegaze, post punk, cold wave, electro, synth pop aguicheuse. Aguicher, il sait toujours faire. Indubitablement. Peut-être même mieux que jamais. On y reviendra. Le froid est parfois polaire, ou mancunien, sur « Blind », « Structural Index » conserve en arrière-plan quelques faux-airs de guitare Curesque mais il faut presque tendre l’oreille tant les synthés en imposent. Le courant d’air est frais et léger sur la pop féérique de « World on Fire » (les popeux les plus studieux feront immédiatement le lien avec la mélodie de « Destroy The Heart » de House of Love) et la fin d’album laisse place à la rêverie avec cette doublette « Lumens » – « Omni » semblant avoir été composée dans l’unique but d’errer cheveux aux vents, œil hagard au milieu des néons, au cours d’une soirée qui n’en finit pas et défile pourtant bien trop vite. Rires, vision floue, cacophonie, échanges disparates. Mélancolie au petit matin. Cela fait du bien un peu de douceur après un martèlement quasi incessant. Car oui, malgré cette somme d’influences parsemées ça et là et résumant assez bien la carrière du groupe, l’accent semble avoir été mis sur la puissance et la production rutilante d’Andy Savours (Black Country New Road, My Bloody Valentine, The Horrors) offre à ce disque un dynamisme certain, à défaut de subtilités quelque peu égarées en route. Comme c’était déjà le cas sur le précédent, l’excellent Only Now Forever, le dancefloor n’a qu’à bien se tenir ou il risque bien de s’enflammer pour de bon (l’implacable « Unité », « Future » et ses relents acid house). Le beat rabâche, se répète, s’entête. Avec insistance ou acharnement, c’est selon. Pour que ça s’imprime bien dans nos petites caboches. L’effet escompté est atteint, la sacro-sainte efficacité après laquelle tant de groupes courent durant toute leur carrière, est ici éclatante, indubitable. Mais il y a quelque chose d’impalpable dans ce disque, il semble nous échapper par moments, The KVB a gagné en maitrise et sophistication ce qu’il semble avoir perdu en spontanéité (oserait-on dire en sincérité ?). Certains morceaux auraient sans doute gagné à être davantage épurés et ce sentiment de pilotage automatique enclenché revient régulièrement. En conséquence, les morceaux paraissent plus désincarnés, les mélodies plus génériques et, fatalement, notre attachement est moindre. Cela ne fait guère de doutes que Unity trouvera son public mais il est bien probable qu’il séduise davantage de néophytes que de fidèles, lesquels pourraient bien préférer se retourner vers leurs œuvres précédentes.

Jonathan Lopez

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