Slift @ Petit Bain (Paris), 16/10/21

Publié par le 5 novembre 2021 dans Live reports

© Jean-Christophe Senouque

Le buzz dont a pu bénéficier Slift au moment de la sortie d’Ummon n’était pas injustifié mais il nous est quand même passé un peu au-dessus de la tête. L’expérience, sans doute, a tempéré notre enthousiasme, d’abord par rapport au genre dans lequel s’inscrit le groupe, ensuite parce qu’on ne compte plus les « phénomènes » franco-français qui, parce qu’ils ont joué devant cent cinquante WASP dans un festival à Austin, deviennent la coqueluche des médias pendant au moins trois semaines.

On râle, on hausse le sourcil, mais ça ne veut pas dire que l’album ne méritait pas de louanges. Le groupe a réussi, sur ce disque, à passer la trinité doom/stoner/psyché par le filtre d’un noise rock, quelque peu influencé par celui de la fin des années 80 et du début des années 90 (cherchez du côté de SST Records), ce qui les singularise, au sein de la scène et rend d’office leur musique plus intéressante que celle de leurs voisins. Pour autant, on ne va pas cacher le fait que l’on y est revenu que très rarement. L’âge surement. Nous avons tellement écouté ce genre de musique au cours d’une jeunesse qui n’en finit plus de s’éloigner, à mesure qu’elle se réécrit, qu’est arrivé le moment où l’on a juste eu envie de se plonger dans autre chose.

Nous aurions été ravis de laisser à plus jeune le soin de vivre l’aventure Slift, avec l’enthousiasme qui leur est légitimement dû, mais voilà, une pandémie planétaire est venue bousculer nos Momentum, ou l’absence de ceux-ci, et lorsqu’il fut question d’aller voir le trio sur la scène de Petit Bain, nous n’avons pas hésité bien longtemps, hantés par d’innombrables soirées durant lesquelles nous soupirions après le moindre décibel, la moindre vibration de grosse caisse, et où nous nous accrochions comme des tiques à nos souvenirs tronqués de mosh-pits embrumés, les pieds gluants, en oubliant ostensiblement le fait que ce n’était plus trop notre truc, à la fin quand on avait décidé que nous préférions les concerts de free jazz dans des friches, loin des circuits, loin du cirque. C’est la nostalgie qui nous a baissé notre froc pour baver sur nos principes et c’est heureux que l’on se retrouve au cœur du monde, à Petit Bain, un samedi soir, trop vieux bien sûr, et la première partie déjà remballée. On croise des amis, dont celui qui nous avait tant vanté la performance de Slift au festival Levitation, on se positionne en se demandant à voix basse ce qu’on fout là, et le premier titre joué, vient nous donner la plus belle des réponses sous forme de claque. De claque dans la gueule, est-il besoin de le préciser ?

C’est le groove, en premier lieu, qui nous saisit, et nous surprend. Un groove tel que nous n’en avions pas subi depuis bien trop longtemps. Ça nous apprendra à préférer les demi-lunes aux Ray-Bans. La formule est éculée, trois fois éculée, mais elle est irrésistible quand elle est jouée ainsi. Le matraquage à la Stooges, le martellement à la Black Sabbath, et ce refrain qui nous démembre comme une catapulte. En moins de deux minutes, le trio toulousain nous a replongés, sans nous laisser d’autre choix, dans tout un pan de notre culture. Un pan que nous avions oblitéré ces dernières années, par lassitude, et à cause de l’impression, sûrement fausse, d’avoir fait le tour du sujet.

Faut dire qu’on en a bouffé du stoner de tatoués qui pensaient encore qu’on n’allait pas remarquer que le riff de gratte est toujours le même depuis cinq heures que dure l’agonie qu’ils osent nommer un concert. Ce n’est pas le moindre des talents de Slift que de ne pas se rendre coupable de ce genre de platitudes. Avec eux, nous avons eu l’impression que tout changeait tout le temps. Les souvenirs qui nous restaient d’Ummon furent balayés sans que l’on puisse s’appuyer sur quoique ce soit d’autre à la place. Ils ont fait preuve d’une maîtrise rare, d’un talent proprement supérieur à ne laisser aucune porte de sortie à leur auditoire qui de toutes façons n’en cherchait pas.

Longtemps que nous n’avions assistés à une telle démonstration de force par un groupe à tendance “heavy”. Les Red Fang, les Mastodon, peuvent bien continuer à faire des vidéos, jamais ils n’ont, ne serait-ce qu’effleuré, la magie dont a fait preuve Slift ce soir-là. Et je crois que c’est pour la simple raison que ce ne sont pas des musiciens aussi bons, aussi talentueux. Voilà.

Au delà du plaisir évident que nous a procuré ce concert, il a également eu pour conséquence de nous faire reprendre appétit au festin ancien, pour citer l’autre.

En sortant de là, on souriait, bien sûr, comme des cons, bien sûr, comment aurions-nous pu faire autrement ? On recroise ce pote qui les avait déjà vus. Il nous confirme ce que nous avons appris ce soir-là, que Slift est un groupe qui compte et ne triche pas. À voir absolument. 

Max

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