Shellshag – FUTQ

Publié par le 5 avril 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Starcleaner, 1er mars 2021)

FUTQ, comme Follow Up The Quest, comme “I follow up the quest, despite day, death, and hell“, citation d’un poème arthurien d’Alfred Lord Tennyson, poète anglais du XIXème, FUTQ, comme le dernier album en date du groupe Shellshag.

Injustement méconnus sur nos terres, il va nous falloir réparer cette anomalie au plus vite, au risque de laisser dans l’ombre une œuvre passionnante, radicale, et plus que jamais nécessaire.

L’histoire n’est pas aisée à mettre en place. En couple, à la ville comme à la scène, la percussionniste Jennifer Shagawatt (Shagg) et le guitariste John Shellhead Driver (Shell) se sont rencontrés en 1996, à San Francisco, un jeudi, au Starcleaner Warehouse de Jennifer Shagawat, une salle de concert étiquetée DIY, qui donnera bientôt son nom à leur label.

Le premier enregistrement du duo ne verra le jour qu’en 2004 avec un EP enregistré par Gary Young, le premier batteur de Pavement. Entre temps, ils auront fait leurs gammes dans un nombre pléthorique de groupes comme 50 Millions, Kung Fu USA, Me You and the Boys, etc. Le premier LP, Destroy Me I’m Yours, ne sortira qu’en 2007 et sera suivi en 2010 par Rumors in Disguise, Shellshag Forever en 2013, Why’d I Have To Get So High? en 2015 et enfin par FUTQ qui nous intéresse aujourd’hui.

Au fil des ans, les Shellshag se sont affirmés comme un groupe en marge, générant sa propre mythologie à l’ombre des courants chauds, trainant derrière lui une communauté d’esprits qui n’étant ni très fournis ni très reconnus, n’en est que plus fidèle.

Bien que leur musique soit très différente, nous pouvons comparer cet aspect de l’identité de Shellshag à des groupes comme le Grateful Dead ou Turbonegro qui ont vu leur carrière s’écrire loin des considérations médiatiques ou commerciales tout en fidélisant une base de fans incroyablement solide.

Musicalement, Shellshag occupent les sillons tracés par les Ramones d’une part, et Daniel Johnston de l’autre. Comme eux ils possèdent cette faculté innée de pondre du tube comme si c’était la chose la plus facile au monde. Comme eux, rien, dans leur physique, leur voix, leurs strictes compétences de musiciens ne les distinguent du groupe de votre cousin, et pourtant… Pourtant ils possèdent cette grâce envoûtante qui donne à leur musique une dimension essentielle, cette saveur d’absolu qui les rend si spéciaux. Ils ont le talent d’être justes quand ils sont faux, beaux dans la dissonance, structurés dans le chaos et tellement irrésistibles que l’écoute d’un de leurs disques entrainent systématique l’envie d’écouter tous les autres.

Par nécessité autant que par choix, Shellshag ont fait leurs toutes les maximes DIY et toutes les contraintes Lo-Fi afin de créer leur propre identité. Leur musique synthétise trente années de Rock, de Punk, de Pop, de Hardcore, de Stoner, de tout ce que vous voulez, et des chemins insoupçonnés, reliant ces différents pôles, apparaissent alors comme les lignes factices qui dessinent les constellations du ciel. Ce fut le cas dès leurs débuts, et bien que l’esthétique ait souvent changé, l’essence, elle, est restée la même jusqu’à aujourd’hui.

FUTQ n’omet aucun des signes que nous avons appris à reconnaître depuis le jour où nous sommes tombés sous les charmes de Shellshag. Il est un nouveau chapitre dans lequel le groupe a décidé de durcir l’écoute encore davantage en faisant un travail sur la saturation des voix, ce qui peut surprendre et rebuter mais qui fini par avoir son charme lorsque l’on se remémore son goût pour le paradoxe et pour le décalage. En ce sens, et après l’instrumental en ouverture, “Full Moon Young”, le titre “Open Season” est caractéristique de ce changement de ton. On est surpris, par le son et par la distance où se trouve la voix. On reconnait immédiatement le tube et la patte de Shellshag mais nous éprouvons comme un vertige presbytique à essayer d’ajuster les fréquences. Tout au long de l’album, nous aurons la même sensation étrange de devoir tenir la barre nous même fermement. Les mélodies sont noyées sous des vagues de saturations et aucune flatterie ne viendra reposer nos oreilles avant le morceau de clôture, “Keep Your Eyes On The Road”, qui voit l’arrivée simultanée d’une guitare acoustique, proprement incongrue à ce stade de l’album, et celle de Marissa Paternoster, la fantastique guitariste de Screaming Females, ici au chant, qui vient nous annoncer que la quête se poursuivra… si tant est que les yeux restent sur la route.

FUTQ n’est donc pas un album facile à approcher. Parce que Shellshag semble avoir voulu défier son auditoire, et tester sa tolérance. Leur quête bancale se poursuivra vaille que vaille avec le DIY pour blason, reste à savoir qui fera partie du cortège et qui restera sur le bord de la route.

Max

En bonus :

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