Michel Cloup – Backflip au-dessus du chaos

Publié par le 6 janvier 2023 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

La dernière fois que j’ai vu Michel Cloup et pu échanger quelques mots avec lui, c ‘était après un concert sur la tournée (partagée avec Julien Rufié et Pascal Bouaziz) d’A la ligne – Chansons d’usine, adapté du roman du regretté Joseph Ponthus.
(Ici d’Ailleurs, 18 Novembre 2022)

Note du rédacteur(-fan) : des extraits de chansons de Michel Cloup ont pu se glisser dans cette chronique.

La dernière fois que j’ai vu Michel Cloup et pu échanger quelques mots avec lui, c ‘était après un concert sur la tournée (partagée avec Julien Rufié et Pascal Bouaziz) d’A la ligne – Chansons d’usine, adapté du roman du regretté Joseph Ponthus. Sur le titre « Les Bulots » peu de temps auparavant, à l’instant où résonnait inlassablement « il faut que la production continue », on put entendre une intervention d’Agnès Pannier-Runacher sur la magie(-han) du travail en usine. C’est pour ton pays-han.

Aujourd’hui, maintenant… Michel Cloup décide de faire un Backflip au-dessus du chaos ambiant. Presque par surprise, il remet le couvert, en solo, puisque seuls deux titres comportent des programmations rythmiques de Julien Rufié. Et avec plus de 30 ans de carrière (au sein, entre autres, de Diabologum, Expérience, Binary Audio Misfits puis sous l’appellation Michel Cloup Duo), il avait selon ses propres termes deux options.

Un album de vieux con ou remettre le compteur à zéro. Il a décidé fort heureusement de choisir le danger et la première écoute de ces 10 titres réserve quelques surprises. Le premier et électrisant single « Ambulance » avait donné quelques pistes et une furieuse envie d’en découvrir plus. Le minimalisme qui caractérisait le début de sa carrière solo est remisé au placard et on retrouve un foisonnement d’idées et une volonté de les exploiter toutes y compris au sein d’un même morceau que l’on peut facilement relier à l’aventure Diabologum. Lo-fi DIY. Avec plein de claviers, des rythmes électroniques en guise de batterie, et une fraîcheur, une énergie d’un (pas si) vieux briscard toujours pas décidé à lâcher l’affaire. Pas le genre de la maison de faire du fan service, mais les suiveurs de Michel Cloup depuis la fin des 90’s auront souvent de petits sourires au coin des lèvres à l’écoute de certains titres. Du temps où on avait « De la neige en été » (quand j’ai ouvert les yeux sur « En attendant demain »). Le court « Introspection » rappelle ainsi « La question ne se pose pas » sur le premier album d’Expérience. Mais point de passéisme. Si Michel Cloup regarde parfois en arrière, c’est pour mieux rendre hommage aux disparus. « Dix ans » renvoie ainsi au deuil qui occupait une place importante dans son (superbe) disque Notre Silence, paru en 2011. « Ciao bye bye » et un clavier minimaliste adressent un salut digne et touchant à Joseph Ponthus. Avec la détermination (et les guitares dans un second temps) toujours chevillées au corps.

…Tu abandonnes une époque au plus bas
Je suis certain que c’est la seule chose que tu ne regretteras pas
Une république qui ne marche pas, une république en miettes
Ne t’inquiète pas, il y aura toujours quelqu’un qui s’accrochera
A la plus belle munition qui soit, un mot, une phrase
Il y aura toujours une suite ailleurs
Il y aura toujours quelqu’un qui balancera un pavé
L’Histoire est ainsi faite, d’hommes et de femmes
De combats qui se répètent à l’infini, inlassablement
Qui se gagnent, qui se perdent, qui se perdent généralement
D’hommes et de femmes qui se cognent la tête inlassablement
L’Histoire est ainsi faite
Au revoir mon ami, l’Histoire est ainsi faite, Ciao Bye bye et bonne nuit…

Michel Cloup continue de traquer la fièvre et massacrer l’ennui, sans doute le meilleur moyen pour bien « Vieillir », comme le programme de cette longue pièce, fourre-tout sonore de 8 minutes, où au gré des pulsations électroniques, il règle des comptes avec le temps qui passe. Et s’il passait de l’autre côté ? La recette de la « Résurrection » est là, toutes guitares dehors. Il se relève toujours.

Et voilà un nouvel état des lieux « En attendant demain », où il n’oublie pas d’être ce témoin acerbe de son époque que l’on connaît depuis tant d’années (« Introspection »).

Espionner l’infini, découvrir l’invisible, retrouver l’incertain, l’imprévisible
Capter la poésie, la beauté, jusqu’au vertige
De l’aube à l’obscurité, du premier café au dernier
Du début à la fin
En attendant demain pour recommencer

Sur « Brûle brûle brûle », la menace est sourde mais la guitare martiale envoie ensuite avec force moult coups de boutoir que le patriarcat va devoir encaisser. Il y a encore plusieurs sujets sur lesquels on est resté intransigeants. Et comment ne pas repartir au combat, le poing levé à l’écoute du final « L’Internationale 2022 » ? Après une courte introduction au clavier (qui rappelle celle de la cover de « Blank Generation » sur le 3e album de Diabologum), Michel Cloup nous rappelle qu’ils ne sont pas nombreux par ici à manier le verbe avec autant de talent. Et qu’il reste un redoutable guitariste. Les analystes branchés vont trouver ça naïf, illusoire, mais je veux encore y croire. La dernière fois que j’ai entendu l’Internationale dans du rock français, c’était Eric Sourice à la fin de « Flags » des Thugs. Les vrais héros ne meurent jamais. Mon album préféré de Michel Cloup restera sans doute toujours Ici et là-bas, un disque que je peux écouter dans le noir, une putain de poussière dans l’œil, ou au milieu d’une manif dans un coin de ma tête. Mais cette version de l’Internationale va se ranger pas loin dans mon petit panthéon. J’ai atteint un âge certain (et controversé dans certains cercles) mais peu d’artistes m’ont remué comme l’œuvre de Michel Cloup (#merci). Récemment encore, j’ai découvert « Dans ma tête », un titre comme une claque sur un disque qu’il partage avec Béatrice Utrilla (Etats des lieux intérieurs). Peu d’artistes français ont dépeint le monde qui les entoure avec autant d’acuité. Et quand le chaos ambiant deviendra trop pesant, je dégainerais le formidable « Lâcher prise », 8 minutes comme une transe où Michel Cloup improvise au micro dans un nouveau cri de vérité. Où il se raconte… et raconte ce monde qui n’en finit pas de nous faire hurler. C’est à cause de l’ennui, de la tristesse, de la colère dit-il. Comme on est nombreux à le sentir depuis longtemps au fond des tripes.

Un seul remède maintenant. L’amour, et la Musique et l’art en général. Et retourner voir Michel Cloup sur scène pour lâcher prise, lâcher prise… lâcher prise… Et peut-être qu’on se retrouvera à discuter ensuite au merch, à se foutre de la gueule de nos chers ministres…

Ecoute, écoute, en boucle, écoute cette musique, enregistrée il y a longtemps…

Sonicdragao

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