Mendelson – Le dernier album

Publié par le 6 décembre 2021 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques

(Ici d’ailleurs, 15 octobre 2021)

Le dernier album de Mendeslon débute par un sombre roulement qui souligne moins la gravité de l’instant que sa solennité. « Fin de partie », ânonne Bouaziz. La fin de Mendelson est celle d’une des plus singulières aventures de la musique moderne. Je n’ose parler de musique française, tant il serait erroné de la cantonner sous la bannière tricolore, avec tous les raccourcis, et toutes les mauvaises lectures que cela sous-tend. Mendelson n’a eu de cesse, depuis ses débuts, de proposer une œuvre d’une richesse et d’une profondeur musicale telle, qu’il est vain de vouloir la catégoriser. Bien sûr, il y a les textes de Bouaziz, et son interprétation, qui nous cueillent et nous aiguisent comme peu sont capables de le faire, mais il ne faut pas omettre la musique, derrière, qui, discrètement, finement, mais résolument, pioche aussi bien dans le rock, le folk, que dans des choses plus obscures, davantage contemporaines, qui frôlent le free jazz, la musique électronique, avec pour résultat une identité paradoxale, monolithe lisse et immuable. Ça n’est pas plus vrai sur ce dernier album que sur les précédents, mais il s’y opère, en nous, la réalisation que c’est la dernière fois que nous serons confrontés à ce groupe, et, malgré nous, le regard, et le reste, sont obligés de changer d’angle, de se pencher légèrement, pour essayer de capter ce qui peut-être, nous avait échappé jusqu’alors. Et nous tombons. Le sol se dérobe. L’œuvre est immensément belle, émouvante, presque tragique. La doxa souligne « Algérie » et, pour, une fois, nous serons d’accord avec elle. Sur ce titre, Pascal Bouaziz réussit, là où tout le monde échoue. Il fait entrer la sempiternelle petite histoire, la sienne, dans la grande, la leur, et il ne le fait pas à moitié, si on en juge les dix-neuf minutes que dure la chanson. En écartant le voile sur la nostalgie qu’il éprouve pour un pays qu’il n’a pas connu (je cite), Bouaziz nous montre comment, ce qui peut s’apparenter à une mythologie familiale, parle, en fait, à tous, de la marche forcée du monde, sans que l’on puisse s’en défaire, aussi fort que nous fermons les yeux. C’est une leçon bien amère, comme il aime à en donner quand il est d’humeur maussade. Nul doute qu’elle fut plus qu’amère pour lui et c’est faire œuvre d’art que de réussir à la transmettre avec tant de force, et avec tant de grâce. « Les Chanteurs » appuient le constat qu’une page se tourne, qu’un chapitre se clôt. Pardonnez les lieux communs. « Je n’ai plus rien à dire », nous confie Bouaziz. Alors tais-toi, t’as raison. Prenez-en de la graine. Il reste la question de l’héritage qu’il compte laisser à son fils. Là, encore, une douce ironie caresse un plaie qui ne va faire que s’élargir à mesure que le temps passera. Il se rend coupable d’auto-complaisance, presque de misérabilisme, mais ça fait partie du contrat moral avec les vingt-cinq, que de tourner la tête à ce moment-là. C’est bientôt fini, de toute façon, et la dernière chanson du dernier album a beau s’appeler « La Dernière Chanson », nous n’avions pas anticipé ce que ça impliquait, ni la forme que ça pouvait prendre. Dire qu’elle est émouvante, cette chanson, c’est déjà la trahir, l’amoindrir. Elle voit Bouaziz s’adresser directement à Olivier Féjoz, guitariste et cofondateur de Mendelson, pour l’informer de la fin en se remémorant les débuts. Je me revois, devoir m’arrêter, le souffle coupé, boulevard de Belleville, la première fois que j’ai entendu cette chanson. J’ai été saisi, moi aussi, par tant de puissance, tant d’ivresse douloureuse et triste. Lorsque Bouaziz se souvient du temps où il habitait avec Féjoz, place Jean-Pierre Timbaud, au moment même ou j’arrive sur cette place, j’ai manqué défaillir, touché au ventre par cette coïncidence désagréablement sibylline. A nouveau un roulement de tambour sombre. Voilà, la fin de la fin, la fin d’un groupe essentiel, la fin d’une aventure, qui, si elle n’aura pas su répondre aux attentes de son instigateur, aura tout de même marqué durablement les vingt-cinq, qui étaient peut-être vingt-six. Le point final est parfait, il n’y a plus rien à dire. 

Max

1 commentaire

  1. Album très ego centré quand même.

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