Lemonheads – Lovey (rééd.)

Publié par le 30 novembre 2020 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Fire, 23 octobre 2020/juillet 90)

Qui s’intéresse encore aux Lemonheads en 2020 ? Mais si, vous savez, Lemonheads, ce groupe qui a failli devenir roi du monde dans les années 90, à quelques problèmes de drogue près, avec son chanteur beau gosse à la voix suave et ses pop songs pas piquées des hannetons ? Ceux qui ont fait la version de “Mrs Robinson” qu’on entend dans Wayne’s World 2 pendant la parodie de la scène du Lauréat ? S’il vous plait, ne me répondez pas “Wayne’s quoi ?”, je me sens assez vieux comme ça.

Bon, mais ce n’est pas tout. Aujourd’hui, on ne vous parlera pas de ce qui est considéré comme leur œuvre majeure, It’s A Shame About Ray, ni même de celui qui aurait pu prétendre au titre (à savoir Come On Feel The Lemonheads), ni d’un album comeback inespéré, mais de Lovey. Disque oublié, c’est possible, mais qui pourrait bien être la réponse si vous vous demandez “mais pourquoi nous saoule-t-il encore avec ses Lemonheads en 2020 ?

Sorti en juillet 1990, Lovey suit Lick, dernier album de la mouture originale du groupe, monté à la va-vite avec des fonds de tiroir et les quelques morceaux que les deux leaders ont pu composer entre deux embrouilles en studio pour pouvoir accompagner une tournée européenne. Deux leaders, car avant que Lemonheads ne soit le groupe d’un seul homme, Evan Dando et Ben Deily se partageaient le chant et le songwriting, avec visiblement peu d’atomes crochus. Mais sur Lovey, Deily n’est définitivement plus là, et c’est donc Dando qui façonne le groupe comme il l’entend, et il n’est pas peu dire qu’il s’agit d’un album de transition. Fini le punk hardcore des trois premiers disques, quoique, mais on ne dit pas encore tout à fait bonjour à la pure power pop des suivants, quoique, là encore… En fait, ce qui porte Lovey, c’est l’éclectisme musical de Dando ; on parle quand même d’un mec qui a repris les New Kids On The Block et GG Allin, en passant par Metallica, Simon & Garfunkel, John Prine, Oasis, Leonard Cohen, Townes Van Zandt et j’en passe. L’éclectisme de Dando et le college rock des années 80 qui se mue progressivement en indie rock des années 90.  

Le temps, et les fans surtout, retiendront principalement “Stove” et “Ride With Me”. C’est tout à fait compréhensible, la première est une pépite power pop qui laisse préfigurer de ce que sera le groupe, à la fois chargée d’humour et d’émotion, et extrêmement accrocheuse ; la seconde est sans doute l’une des plus belles ballades des années 90, ce qui n’est pas peu dire, et son instrumentation évoque ce que fera Dinosaur Jr sur Green Mind ou avec “Get Me”. Cependant, le reste n’est pas en reste*, qu’il lorgne du côté du futur Lemonheads pop (“Half The Time”), du côté de l’ancien Lemonheads punk (“Left For Dead”, qui est un réenregistrement un peu inexplicable de “Clang-Bang-Clang”, mais comme le morceau est cool, on ne s’en lasse pas) ou un peu entre les deux (“Year Of The Cat”) ; c’est même réussi quand Dando nous ressort ses influences country (superbe reprise du “Brass Buttons” de Gram Parsons), hard rock/heavy metal (“(The) Door”) ou saupoudre un peu tout ça pour une petite démonstration de la musique de son temps (“Ballarat”, “Li’l Seed”). Bref, je vous parlais d’éclectisme, et c’est vraiment le maitre mot de l’album. Quant au morceau final, “Untitled”, il devance carrément ce que feront les Queens Of The Stone Age sur leur premier album et surtout Songs For The Deaf.

L’album est agrémenté d’un live de 1991, composé de reprises et de morceaux de Lovey et Lick, le précédent disque. Le son est plutôt bon, et l’offrir en complément de l’album est une bonne manière de rappeler que, malgré leur image de groupe pop, les Lemonheads avaient une grosse énergie sur scène et que leur racines punk sont bien conservées. Ainsi, les morceaux de Lovey sont rendus dans des versions plus brutes et directes, et ceux de Lick se marient très bien avec eux. Bien sûr, les ballades sont également présentes, servies avec toute l’émotion nécessaire, et donnent une bonne dynamique au concert. Peut-être pas une œuvre indispensable, mais ce Live at the Wireless offre un bon témoignage de ce qu’était le groupe à l’époque (et donne très envie de les revoir quand les concerts seront de nouveau autorisés).

En conclusion, cette réédition de Lovey** est la parfaite occasion de (re)découvrir ce groupe, avec un album qui n’est pas si connu mais nous propose tout ce que les années 90 auront à nous offrir de mieux (garanti sans réminiscences d’Eurodance, de Boys Band ou de Britney Spears). Porté par l’éclectisme de Dando, mais aussi par sa voix irrésistible, son talent de composition et donc, par des morceaux globalement excellents. Peut-être que le groupe n’a pas sorti assez de disques brillants récemment pour qu’on s’intéresse encore à eux en 2020, mais voici la preuve qu’ils ne méritent pas pour autant d’être oubliés pour ceux qu’ils ont sorti à l’époque, même 30 ans après.

Blackcondorguy

*ce jeu de mot minable me vaudrait un retrait sur salaire si j’étais rémunéré. J’en profite.
**Confinement oblige, je n’ai pas encore eu entre les mains la version physique du coffret, mais je suis certain que Fire Records nous a confectionnés un bel objet, comme ils l’ont fait jusqu’ici avec leurs rééditions.

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