King Buffalo – Regenerator

Publié par le 17 octobre 2022 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Stickman Records, 2 septembre 2022)

Dans la série des groupes récemment découverts (via New Noise, rendons à César… et achetez le mag) et dont je suis désormais un fan transi, King Buffalo arrive sans doute en tête de peloton.

Depuis que je pose quelques modestes chroniques sur votre site préféré (plus de 3 ans déjà, time flies), ma consommation mensuelle de disques a atteint un standard jusqu’alors inédit. Mais face à cette avalanche de disques, ils ne sont pas si nombreux, au final, les groupes qui mettent la grosse claque qu’on adore prendre à l’écoute d’un disque et s’installent tranquille dans votre panthéon. Avec Regenerator, les new-yorkais de King Buffalo assène la dernière d’une triple mandale avec ce qu’ils ont nommé « The Lockdown Trilogy ». Soit un triptyque d’albums sorti en à peine 15 mois (!) et dont la maturation est liée au contexte pandémique. En sept nouveaux titres, ils réussissent une synthèse parfaite de la puissance furieuse du magistral Burden of the Restlessness (sans doute né des frustrations du confinement) et des aspirations psyché plus contemplatives de son successeur Acheron, enregistré dans une grotte pour la petite histoire (on entend l’eau couler sur le disque parfois).

Pour ce nouveau disque, King Buffalo frappe (trop ?) fort d’entrée. Avec « Regenerator », il pose dès la première piste le meilleur titre de cet album. Tout simplement. Presque 10 minutes d’un trip ultime entre stoner stellaire et psyché-rock hypnotique. Si vous trouvez un solo plus orgasmique en 2022 que sur les 2 dernières minutes, envoyez-moi le lien svp. Quelle ouverture d’album ! Pas pris une claque pareille sur un opener depuis « Ummon » de Slift ou « Saturnine & Iron Jaw » de All Them Witches. Le trio défonce le stoner game. Toujours porté par une section rythmique de haut niveau (remember les lignes de basse toolesques de Dan Reynolds sur The Burden of Restlessness), la guitare de Sean Mc Vay côtoie le sublime. Après une introduction planante de synthé, premier riff répétitif et décollage quasi immédiat. Gavée de reverb et delay, une guitare lead lumineuse constitue l’essentiel de la narration de ce voyage dans les étoiles que n’aurait pas renié Slift. Au milieu de nappes de claviers, surgit ensuite un crescendo qui va culminer sur ce solo dément. E.A.R.G.A.S.M. On en était à se demander comment l’album pourrait se remettre d’un début pareil, mais après moult écoutes, force est de constater que l’ensemble est solide.

Même le nommé « Interlude » qui sépare l’album en deux parties est plutôt réussi pour… un interlude (de 3 minutes quand même). À la première écoute, la première moitié semble plus énervée mais cette impression tient surtout à la présence du single « Hours » dont le riff inaugural et abrasif installe un sentiment d’urgence que l’on ne retrouve que plus rarement par la suite. La musique du trio est peu bavarde (niveau lyrics) et après plusieurs écoutes attentives, on s’aperçoit qu’elle ménage souvent des plages instrumentales où la guitare peut même disparaître au profit de claviers plus contemplatifs (« Hours », « Regenerator »). Sur « Mercury », c’est même une basse ronde qui s’offre le devant de la scène au gré d’un solo plutôt inattendu.

Mais la guitare reprend vite la lumière sur une seconde moitié d’album tout aussi superbe avec un trio de titres imparables. Le très 70’s « Mammoth » (avec son clip psyché très coloré) joue d’abord la carte d’un groove lent que Sean McVay enflamme méthodiquement avec sa six-cordes avec moult riffs, bends et un solo qui confirme qu’il a sans doute fortement poncé ceux de Tony Iommi ou de David Gilmour. On a connu pire comme mélange. La fin est sublime avec ces chœurs sur des claviers vintage. Magistral. « Avalon » distille ensuite une vibe plus post-rock qui rappelle les sonorités élégiaques (cette reverb liquide !) de l’album Acheron… sauf sur des refrains ravageurs bien sentis. Il est temps alors, pour finir, de lever les yeux vers le « Firmament » et s’envoler à nouveau pour plus de 9 minutes. Le premier tiers installe un crescendo délicat où la guitare minimaliste de Sean Mc Vay joue d’abord la sobriété (c’est tendance), tout en délicatesse. Le calme furtif de quelques synthés et un solo (plutôt timide) ne font pas illusion longtemps. L’orage gronde. Et plus on s’élève dans les couches de l’atmosphère, plus le son se fait abrasif et les rythmiques massives (ce souffle !), comme au temps pas si lointain de Burden of the Restlessness.

I have become one with the sky

Everything’s one, made new by the sun

Mais si cet album sombre suintait la fureur et la colère, ce Regenerator est au contraire solaire. Il s’en dégage une énergie libératrice et une ampleur… lumineuse (merci la production encore une fois superbe) qui confirme que ce trio est (déjà) est un des grands groupes stoner de cette décennie. Sans doute pas un hasard si j’ai monté une guitare en 12-52, accordée en Drop C. Je balance déjà entre deux âges, mais il y a trois ans, je me suis donc remis à écrire des chroniques. Parce qu’il y trop de groupes incroyables dont personne ne parle. Le bordel du COVID, le chaos du monde et quelques potes m’ont fait reprendre la guitare électrique. Hé, la vie est belle en fait.

2022. Take Care. Make Music, Keep Calm and listen to… KING BUFFALO.

Sonicdragao

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