June of 44 – Tropics and Meridians

Publié par le 3 juillet 2022 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques

(Quarterstick, 18 juin 1996)

Louisville, années 90. Alors que le monde n’a d’oreilles que pour un trio de Seattle dont le nom m’échappe, cette ville insignifiante pour tous ceux qui n’y habitent pas, soupire, elle pour un quatuor de mâles bêta, Slint. Groupe culte, surement, avec son cortège de poncifs, ses influences qui n’en finissent pas, et ses successeurs heureux ou malheureux.

Parmi, eux, on trouve June of 44, de Louisville également, dont les membres avaient joué dans des groupes comme Rodan ou Lungfish et qui sortirent leur premier album Engine Takes to the Water en 1995, chez Quarterstick Records, une filiale de l’excellent label Touch & Go. L’année d’après, c’est au tour de Tropics and Meridians, dont nous fêtons aujourd’hui les vingt-six ans, d’asseoir ce qui caractérisera le groupe pour le restant de la décennie. Une musique, héritée du hardcore, qui lorgne du côté du jazz et du math rock, avec des incartades, soit mélodiques, soit hypnotiques, et une couleur brisée, de celle que l’on trouve à l’ombre. Ainsi, il faudra attendre plusieurs années, et les campagnes révisionnistes du début des 00’s, pour que le nom de June of 44 se fasse réellement entendre. Dès lors, Tropics and Meridians devint, petit à petit, un album qu’on qualifiera de culte, à l’instar du reste de la discographie du groupe, à l’exception d’Anahata qui, encore aujourd’hui, est considéré comme le plus mauvais album du groupe. (Classement qui a changé l’année dernière avec la sortie du négligeable, du scandaleux, Revisionist: Adaptations & Future Histories in the Time of Love and Survival).

Il s’ouvre avec « Anisette », monolithe âpre, répétitif et entêtant, de neuf minutes, durant lesquelles les guitares jouent au ping-pong dans la tempête, et ou l’on entend Jeff Mueller s’égosiller douloureusement en l’honneur de la liqueur à base d’anis verte et de diverses autres plantes, dont le degré d’alcool varie de 20 à 25° (dixit Wikipédia). Nous retrouvons, sur ce titre, le canevas sur lequel sera tissé toutes les caractéristiques de June of 44. Le son sec et aride, presque lo-fi, le chant tantôt murmuré, tantôt hurlé, la rythmique hypnotique et circulaire qui peut tout à coup se débrider et nous amener vers un univers plus sinueux, tout est déjà là, qui sera exploité en long, en large et en travers. La patte de Bob Weston, qui produit le disque, est reconnaissable aisément et c’est cette frange de l’indé rock de ces années-là, qui est ici représentée.

Tropics and Meridians, en dépit des caractéristiques évoquées plus haut, est de ces disques qui se redécouvrent presque à chaque cycle. Comme si, à force de se répéter, la fin nous faisait oublier le début. De courte durée, trente-six minutes et seulement six titres, il en impose davantage par sa complexité sous-jacente et sa réinvention permanente. Tel le désert, son paysage change constamment tout en donnant l’impression d’être systématiquement le même. C’est à la fois confortable et déroutant.

June of 44 s’est rapidement détaché de l’ombre de Slint pour créer sa propre originalité à une époque ou c’était encore possible. Il fait partie de ces groupes qui ont bénéficié de l’effet post-Nirvana, quand le rock indé avait encore le vent en poupe et que l’on pouvait tracer son propre sillon tout en espérant pouvoir en vivre. L’aventure durera jusqu’en 1999, comme un symbole, et il faudra attendre vingt ans avant que le groupe ne refasse parler de lui, pour le pire. 

Max

Cette chronique a été publiée initialement dans notre premier fanzine, dont il nous reste une poignée d’exemplaires, à commander par mail à contact.exitmusik@gmail.com

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