Hint – Rareties Of Two Centuries

Publié par le 15 octobre 2020 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Bruillance Records/Atypeek Music, 1er septembre 2020)

Tiens donc, Hint serait toujours des nôtres ? Rien n’est moins sûr malheureusement. Pour ce qui est du studio du moins, où on attend désespérément un successeur à Wu Wei qui a plus de 20 ans. La glorieuse formation noise 90s n’a probablement plus grand-chose à nous offrir (hormis éventuellement un concert masqué à 12 personnes à 19h grand max) mais se rappelle ici à notre bon souvenir avec neuf titres (c’est peu mais on prend) ne figurant sur aucun de ses trois albums.

Et il suffit de quelques secondes pour se remémorer que Hint n’a jamais consenti à se ranger sagement derrière une étiquette. Ainsi, d’emblée, “The Fish And The Fisher” nous trimballe vers d’étranges contrées avec un son répétitif, truffé d’échos, une trompette qui ne sait pas trop ce qu’elle fait là et un chant féminin venu d’on ne sait où, probablement d’Orient. C’est joli, foutrement dépaysant et éminemment trompeur. Hint a toujours eu le goût de l’aventure, du métissage sonore, parfois proche du dub (en atteste sa rencontre sur scène avec EZ3kiel, dont aurait très bien pu être issu ce “Trafics” ethnico-expérimental-proche-de-te-péter-à-la-gueule-mais-ne-le-fait-jamais-vraiment). Mais si on ne sait jamais trop à quelle sauce le duo angevin va nous dévorer, on n’oublie pas qu’il aime généralement le faire de façon retentissante. Ce qui ne tarde pas à se produire. Notamment sur les trois reprises enregistrées avec les copains de Portobello Bones (parues initialement sur Portobello Amigos), autres glorieux défenseurs de la french noise. On y entend donc leurs propres versions (assez respectueuses) de poètes comme Guzzard (“Sixed”, punky à souhait), Unsane (la monumentale “Alleged” pour une bonne dérouillée des familles) ou Distorted Pony (“Hod”, décrassage d’esgourdes garanti).

Plus complexes et personnels, l’inquiétant “A Hint Of 1989” en forme de BO de film noir cauchemardesque qui ne lésine ni sur les bruitages malaisants ni sur les déflagrations soudaines ou la contemplative “Diagonal” où le saxo agonisant de Daunik Lazro distille une constante incertitude.
Changement de registre encore alors qu’on se rapproche de la fin avec l’indus spasmodique et envoûtant d'”Alaska’s Polaroid” qui n’a pas dû déplaire à l’ex- Young Gods Al Comet qui boucle l’affaire via un remix inspiré de “Wu-Wei Reloaded”, lequel avance à tâtons dans le noir alors qu’un saxo prend un malin plaisir à nous désorienter plus qu’à nous guider. À quoi bon ? On sait à qui on a affaire. Tout se mérite.

Voilà donc 9 titres bien difficiles à se procurer auparavant, regroupés désormais au sein d’une bien belle galette blanche, qui devrait aisément se trouver une petite place chez vous pour venir compléter dignement la trop courte mais essentielle discographie d’un groupe comme on n’en fait plus. Ou si peu.

Jonathan Lopez

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