Hifiklub + Matt Cameron/Daffodil/Reuben Lewis – Rupture

Publié par le 28 juillet 2020 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Electric Valley, 31 juillet 2020)

Il était grand temps que je me mette à Hifiklub et je me demande bien ce qui m’a retenu jusque-là. Pas leur CV en tout cas, à faire pâlir Steve Albini ou, a minima, à peu près n’importe quel artiste rock français puisque les toulonnais ont déjà croisé le fer avec Lee Ranaldo (Sonic Youth), Alain Johannes (QOTSA), Jad Fair (Half Japanese), Mike Watt (Minutemen, The Stooges), Duke Garwood (comparse de Lanegan, déjà évoqué à maintes reprises ici) et bien d’autres et se frottent donc ici à l’immense batteur Matt Cameron (Soundgarden, Pearl Jam), avant une sortie à l’automne d’une nouvelle collaboration avec Roddy Bottum (Faith No More) cette fois*. Bref, leur carnet d’adresse impressionne, le résultat qui découle de leurs rencontres se révèle à la hauteur (j’ai pris le temps de rattraper mon retard, pensez-vous) et la productivité du trio à géométrie variable semble ne pas encore connaitre de limites.

J’aurais pu connaitre pire baptême du feu que ces six titres admirables enregistrés durant le confinement avec Matt Cameron, Reuben Lewis (trompettiste de jazz expérimental) et Daffodil (producteur de renom et collaborateur régulier) qui se plient à l’exercice, sans doute avec délectation, et se fondent dans le moule remarquablement. Hifiklub fonctionne ainsi, se nourrit des rencontres, je crains donc qu’on ne soit tenté d’écrire à propos de ces jeunes gens que la collaboration coule de source, chaque fois qu’on chronique un nouveau projet. Là, on est bien forcés de l’admettre en tout cas.

Cette étrange épopée déboule « Sans préavis » (du nom du morceau d’ouverture) qui pose le jeu intelligemment, non sans instaurer une ambiance inquiétante et faire régner l’incertitude. Rupture ne cède ensuite jamais à la facilité, est bâti – comme son nom ne l’indique pas – sur de lentes progressions hypnotiques, entre nappes synthétiques, guitares distordues et basse imposante. Entre climat tendu et explosion soudaine. Évoquant tour à tour du Swans (le chant lointain incantatoire) copulant avec Nine Inch Nails quand tout s’embrase (“L’air d’un Vaincu”), une trompette égarée dans la Black Lodge de Twin Peaks le temps d’un songe éveillé (“Navire De Sauvetage”) ou encore une bande originale SF illustrant une course-poursuite perdue d’avance (“Cavale”). Les transitions sont ciselées, la construction remarquable et ce disque, quasi mystique, guidé par l’envie impétueuse d’explorer et donc à ne pas mettre entre toutes les oreilles, réussit l’exploit de ne jamais sembler linéaire malgré l’enchainement de titres liés les uns aux autres. Au casque, l’expérience est sublime et la tentation de s’y replonger assez obsédante. Comptez sur nous pour prendre le temps de le faire, en attendant l’arrivée du nouveau venu avec Roddy Bottum qui, nous souffle-t-on dans l’oreillette, devrait valoir le détour également.

Jonathan Lopez

*L’affolante liste exhaustive est ici.

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