Guy Blakeslee – Postcards From The Edge

Publié par le 5 février 2021 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Entrance, 5 février 2021)

Après une année 2020 musicale très riche, 2021 devra être au moins aussi fournie en bons disques. Autant pour nous faire patienter jusqu’au retour de la vie « normale », si tant est que notre existence au 21e siècle puisse encore être qualifié ainsi, vu l’état du monde. Autant pour apaiser l’angoisse insidieuse de vivre au gré de décisions absurdes et restrictives qui entravent nos quelques libertés en sursis. Pas folichon comme entrée en matière, me direz-vous. Mais avant de chroniquer un disque à l’intitulé so pandemic, Postcards from the Edge, difficile de résister à forcer un peu le trait.

Mais voilà, Guy Blakeslee renversa la morosité. À notre grande joie. Avant la musique – on va y revenir – il y a sa voix, forte, ample, omniprésente complainte chargée d’un vibrato assez addictif au final (cela dit, la première écoute peut rebuter). Cette voix sert parfaitement des titres dont le foisonnement d’idées et d’instrumentations le rapproche de la pop sophistiquée d’un Patrick Watson. Et si la pluie tombe sur le final « Blue Butterfly », avec le train qui s’en va au loin, on se dit que la vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, mais apprendre à danser sous la pluie (citation attribuée soit à Sénèque soit à Gandhi, le débat continue). Et dès l’inaugural « Sometimes », Guy Blakeslee a la recette. Mid-tempo tranquille à la guitare acoustique, petite trompette cool. Simple et lumineux. Sunshine.

Sometimes I forget i’m not a child anymore…
… What’s the point in going where you know what you will find
So I try my best to lose my way… sometimes
.”

Malgré un album court en titres (7 pour 40 minutes environ), on sent un projet mature, un songwriting affirmé que l’on découvre, mais le bonhomme officie depuis longtemps au sein de The Entrance Band avec Paz Lenchantin notamment (que l’on retrouve aussi chez les Pixies entre autres collaborations). Postcards From The Edge a en partie été composé en voyage, en 2019, entre Paris, Londres et Bruxelles, puis enregistré, ré-enregistré seul par son auteur (dans une pièce sans fenêtre à Los Angeles), et le projet était presque considéré comme perdu alors. Avant que le producteur Enrique Tena Padilla n’invite Guy Blakeslee pour l’enregistrer finalement à la Nouvelle-Orléans.

Loin de se cantonner à un répertoire purement folk, les titres naviguent dans plusieurs directions, servis par cette production efficace. Ne négligeant pas le recours à l’électronique comme sur l’étrange et synthétique « Giving Up The Ghost » où claviers et voix déformée accompagnent une guitare acoustique discrète. Avec le solo de clavier un poil pompier de « Postcards From The Edge », qui fait perdre des points à une bonne chanson, ce sont les seuls petits bémols d’un bon disque. « Faces », qui démarre en piano song dépouillée, se déploie subtilement dans un folk parfait pour chasser les nuages gris et espérer retrouver les visages amis. Avec un beau chœur féminin céleste sur le final. Le rythme cotonneux des 7 minutes de « Hungry Heart » nous plonge dans un beau rêve psyché, de ceux dont on n’espère pas se réveiller trop vite. Les percussions de « What Love Can Do » vont nous ramener à la réalité l’espace de 5 minutes. Avant un nouveau voyage onirique au long cours de presque 10 minutes sur « Blue Butterfly ». Folk song pendant 3 minutes, puis électronique aquatique (la pluie tombe, on entend le ressac de l’océan ?) et concrète (des bribes de train, de musiques latino, des conversations, des rires…) avant qu’un magnifique piano, toujours sous la pluie et l’orage lointain ne viennent éteindre ce bel album.

Il faisait gris et il a plu toute la journée aujourd’hui. On n’a pas quitté le cocon d’un jour de repos au coin du feu. Mais Guy Blakeslee nous a donné une bonne dose de vitamine D. Sunshine is coming. On en a bien besoin pour affronter 2021. Mais on continue à apprendre à danser sous la pluie.

Sonicdragao

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