Fátima – Fossil

Publié par le 19 juillet 2022 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(MusikÖ_Eye, 10 mai 2022)

Parfois on passe à côté d’un album, d’un artiste parce que l’on reste sur une première impression mitigée voire négative. Au milieu de la foule de nouveautés bombardées par nos mails, plateformes et/ou réseaux sociaux dédiés, on peut facilement oublier un disque qui coche pourtant la plupart des cases qui, normalement, allument notre curiosité. L’activité de (modeste) chroniqueur tend d’ailleurs à augmenter les non-rencontres de ce genre. Il faut parfois se laisser du temps pour accueillir un nouvel artiste.

Il y a deux ans, Fátima avait sorti Turkish Delights, un deuxième album que j’avais à peine effleuré. La faute à un premier contact étrange avec la proximité vocale troublante avec feu un certain Kurt Cobain. Je n’ai pas souvenir d’avoir rencontré un vocaliste dont le timbre savamment éraillé puisse autant se confondre avec l’original. J’étais désarçonné. Heureusement, la presse musicale est venue à mon secours et une interview récente dans un magazine hautement recommandé (qui tient son nom d’un titre énorme de Refused, les vrais savent) m’a remis sur la route de Fátima (c’est l’équivalent portugais de Lourdes pour les geeks de la géographie). Pauvre pèlerin égaré que j’étais sur la route du Doom. Car le groupe parisien, malgré un goût certain pour les refrains massifs et addictifs chargés en distorsions (jeu de mots à faire avec « King of the Rats », pour les amateurs de pédale) et donc un chant signature, se charge de brouiller les pistes. Le son est lourd, les rythmes avancent parfois comme le pachyderme et la boussole s’affole indiquant successivement le grunge, le doom, le stoner voire le post-punk via quelques lignes de basse caractéristiques. Des chemins familiers que l’on emprunte toujours avec envie. Sans oublier une vibe psyché des plus originales avec l’incursion désormais régulière de mélodies orientales, que n’aurait pas renié un King Gizzard and The Lizard Wizard (période Flying Microtonal Banana, lui aussi bien chargé de délicieux loukoums sonores).

Avant de revenir sur les 9 titres de ce Fossil en excellent état de conservation, mention spéciale à l’artwork DIY badass (ça devient une bonne habitude chez eux) qui se positionne déjà parmi les plus réussis de 2022, avec ce vélociraptor (?) sculpté main dans de la pâte Fimo par un des membres du groupe ! Comme je suis assez fan de reptiles agressifs de grande taille, je suis à deux doigts d’ailleurs de rebaptiser le monumental « Turks Fruit », en « La marche des Raptors ». 6 minutes de haute volée, où la tension, palpable dès l’introduction orientalisante, ne demande qu’à exploser. La meute des sauriens est lâchée et il n’y a plus d’échappée possible. Elle avance souvent menaçante, d’un pas lourd et décidé (« King of the Rats », « Strawberry Brain Shake »), guidée par une basse ronde, et jamais avare en digressions psyché sur le chemin. Sur la deuxième partie de l’album, le rythme se fait parfois plus vif, grungy (« Feathered Fossils », « Sacred Chickens » et cette basse !) mais l’identité sonore reste forte grâce à cet apport d’instruments orientaux inhabituels dans le genre. A l’écoute de « Anasazis » (d’après un épisode de X-Files, #geek) et de ce roulement de batterie introductif, on sourit quand même en coin en songeant à un trio nord-américain bien connu (un petit air de « Stay Away » ?)  Mais quel plaisir que l’inaugural et tubesque « Mongolo Bill » qui s’affole sur sa dernière minute ou « Archvile » dont la basse pleine de chorus louvoie entre les hautes herbes avant que le refrain ne vous attaque tel le raptor sur une proie égarée. L’album réussit un équilibre plutôt habile entre toutes ses influences revendiquées et ne souffre d’aucun temps mort, porté par une patte mélodique éprouvée par l’expérience accumulée par le trio. Le final « We The Wizard » distille ainsi une dernière fois un brin de mystère avec cette mélopée orientale et un solo discret.

La méprise est oubliée. Fátima avait tout pour me plaire finalement. Un air de 90’s, des rythmes lourds, une vibe psyché originale et une musique, plus subtile aujourd’hui, qui s’est affinée depuis le premier album. Le disque parfait pour partir en balade sur Isla Nublar traquer les sauriens. Evitez quand même les hautes herbes.

Sonicdragao

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