Fanzinat, passion et histoires des fanzines en France

Publié par le 22 octobre 2022 dans Chroniques, Toutes les chroniques

Ce type de documentaire est toujours réconfortant et salutaire. Se rappeler qu’il existe des gens qui se bougent, se démerdent pour faire connaître des groupes, transmettre leur passion, faire émerger des idées, sans arrière-pensée pécuniaire, ça fait un bien fou. Et ça peut rappeler à certains le sens des priorités. On remercie donc la journaliste Laure Bessi, l’ancien directeur de la Fanzinothèque de Poitiers Guillaume Gwardeath et l’auteur-réalisateur Jean-Pierre Putaud-Michalski, de s’être attelés à la tâche pour réaliser ce documentaire précieux.

L’histoire a débuté il y a près d’un siècle, en 1930 plus précisément, avec The Comet, un fanzine de science-fiction. Fait par des fans à l’attention d’autres fans. Depuis lors, la recette artisanale est immuable : « trois bouts de ficelle, de l’amour, beaucoup d’huile de coude » comme le résume la bibliothécaire et activiste Coxs, interrogée dans le documentaire. Les activités principales : écriture, ratures, découpage, pliage, agrafage, collage. Un joli cours d’arts plastiques en somme. Et une éthique DIY chevillée au corps. Comme en Angleterre avec le punk, n’attendez pas que les médias s’y intéressent, lancez-vous. Le punk forcément, mais aussi le hip hop, le tatouage, les ultras de foot, bref le fanzine, objet de contre-culture, îlot de résistance, a depuis toujours vocation à documenter les mouvements underground. On l’imprime en douce, on se démerde pour le produire et le distribuer, on se le passe sous le manteau, à peu d’exemplaires (on parle d’un très gros tirage quand 400 fanzines sont imprimés*) et prix dérisoire. Et le fanzine, sous des plumes parfois maladroites mais éminemment sincères de poignées d’hurluberlus (n’ayant aucun business plan rodé, pensez-vous !), a souvent pris des atours militants, contestataires ou avant-gardistes. À mille lieues des discours dominants et articles formatés. C’est en effet par ce média que l’on abordait, trente ans avant « la grande presse », des thèmes comme le veganisme ou les questions de genres. C’est par ce biais également que des mouvements comme le riot grrrl, féministe et révolutionnaire, se sont exprimés dans un premier temps.

Au travers de multiples témoignages d’acteurs importants et d’observateurs avisés (citons en vrac – et de manière non exhaustive – Marsu qui avait lancé le zine New Wave, Alexandra Bay de Free Hands, Violette Gauthier d’Eau de Javel, l’illustrateur Freak City, l’illustrateur et plasticien Pakito Bolino, l’essayiste Pacôme Thiellement, Cora Wang-Chang de Bobby Pins ou le comédien Thomas VDB qui avait lancé le zine du fanclub français de Korn !), Fanzinat évoque tant de trajectoires étonnantes, de projets fous, de petites histoires qui font la grande et pose un regard rétrospectif sans donner l’impression de se balader dans un musée poussiéreux à contempler des vestiges ancestraux. Le fanzine a de l’avenir, qu’on se le dise. Puisse-t-il subsister, continuer à susciter la créativité, à déranger. Ce documentaire passionnant est un des meilleurs moyens de propager la bonne parole. Salutaire, disions-nous.

Jonathan Lopez

*On n’est pas si mal, on en tire 150. D’ailleurs, il nous reste des exemplaires du numéro 2, sur commande, à prix libre.

Le film est disponible en DVD, en vente par correspondance ou en librairies (distribution Makassar)

De nombreuses projections publiques et rencontres sont prévues prochainement.

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