Rage Against The Machine – Evil Empire

Publié par le 31 mars 2016 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques

evil empire

(Epic, 16 avril 1996)

Evil Empire fête ses 20 ans, de quoi prendre un bon coup de vieux. Sur les chemins de l’école, vos casques de walkman virent leur durée de vie écourtée par la violence et la rage insufflées par les 11 titres qui le composent et l’envie irrépressible de monter le son, jusqu’à s’en exploser les tympans. Comme on n’a pas tous les jours 20 ans, ceci est l’occasion rêvée de revenir sur cette bombe. Les années ont passé et les rides commencent à faire leur apparition mais certaines choses restent immuables, comme l’efficacité du deuxième opus de Rage Against The Machine.

Evil Empire est malheureusement resté dans l’ombre de son aîné, l’album homonyme sorti 4 ans plus tôt, qui avait posé les bases et le style du groupe et frôlait à tout point de vue l’excellence. Lourde et difficile tâche donc pour un groupe de s’atteler à la composition d’un successeur en évitant les nombreux pièges qui pourraient mettre en péril le travail accompli jusqu’alors.
Après quelques rumeurs de split liées aux tensions au sein du quatuor et une attente se faisant de plus en plus longue, Evil Empire a fini par voir le jour début avril 1996. Propulsé en haut des charts par les singles “Bulls on Parade” et “People of the Sun”, les craintes sur ce retour se sont vite dissipées.
L’Empire du Mal, surnom donné par Ronald Reagan à l’URSS pendant la Guerre Froide, semble de toute évidence désigner ici les Etats-Unis. La pochette de l’album nous présente un jeune américain vêtu d’une cape, super-héros modèle, venant faire régner l’ordre dicté par les dirigeants dudit empire du mal. RATM a toujours apporté un soin particulier au choix de ses pochettes, celle-ci ne déroge pas à la règle.

Le frontman Zack de la Rocha n’a rien perdu de son talent de songwriter, et s’il y a un point où Evil Empire devance son prédécesseur, c’est probablement celui-là. Ses textes se veulent toujours aussi engagés et dénonciateurs d’une société où règnent inégalités, injustices et racisme mais Zack y apporte sa propre vision des faits et une évolution dans son écriture se fait sentir. Élève des révolutionnaires qui l’ont influencé, Zack est devenu un véritable porte-parole et RATM un réel contre-courant politique.

Le premier single irrésistible “Bulls on Parade” est une critique contre les fabricants d’armes qui favorisent et encouragent les guerres, au détriment des populations “Weapons, not food, not homes, not shoes, not need, just feed the war cannibal animal“. Autre sujet souvent evoqué par Zack, le colonialisme et le racisme, il aborde ici le massacre des Aztèques par les espagnols dans “People of the Sun” ou encore les camps de concentration dans “Year of tha Boomerang”. Les violences policières sont également la cible du groupe dans “Vietnow”. Zack évoque Stacey Koon, policier filmé pendant qu’il tabassait Rodney King et mentionne les pratiques immondes du KKK “Crosses and Kerosene”. Les textes d’Evil Empire sont truffés de références sur des faits et des actes que le groupe ne cautionnent pas… et qui demeurent tristement d’actualité aujourd’hui.

En 1996, le rap est à son apogée, le metal quelque peu en perte de vitesse et en quête de renouveau, la fusion a donc encore la cote, les collaborations entre les deux genres se multiplient et RATM reste la combinaison la plus aboutie et la plus pérenne dans le temps.

Le génie et la technicité de Morello sont toujours au rendez-vous avec une volonté d’expérimenter plus prononcée. L’intro de “Revolver” a déjà de quoi mettre tout le monde d’accord et l’album regorge de gimmicks et solos plus fous les uns que les autres. La session rythmique n’est pas en reste, le groove inaltérable de Tim Commerford (qui se surnomme différemment dans les crédits de chaque album, ici se sera Tim Bob) et du batteur Brad Wilk renforce la puissance et l’énergie des compositions.

Autre point sur lequel Evil Empire se démarque des autres albums du groupe : la production. Le travail de Brendan O’Brien est remarquable, la puissance est restituée à l’état brut, le son de Evil Empire est sans aucun doute celui qui correspond le mieux à l’état d’esprit et au style de RATM.

À bien des égards, Rage à posé son empreinte sur le son des années 90, un style à part et une flopée de titres incontournables qui auront marqué les esprits et éveillé les consciences. Avec son premier album, le groupe avait placé la barre très haut. Succéder à un monument du rock assure plus de chances au plantage. Le quatuor a eu les épaules assez solides pour pondre un album qui n’a pas à pâlir face à son aîné.

Si à sa sortie les avis étaient mitigés, Evil Empire s’est bonifié avec le temps tel un bon vin, dévoilant toute sa richesse au fil des écoutes. Une véritable bombe dont la mèche n’est pas prête de s’éteindre.

Julien Robin

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