Ed Dowie – The Obvious I

Publié par le 24 mars 2021 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Needle Mythology, 26 mars 2021)

Quatre ans après son remarquable premier album Uncle Sold, Ed Dowie revient nous conter la suite avec The Obvious I qui reprend, peu ou prou, les choses là où il les avaient laissées.

Sous son apparente simplicité, sa pop minimaliste se révèle, une fois encore, subtilement sophistiquée et étonnamment riche. Le titres s’égrènent sur un faux rythme et l’on n’est jamais certain de savoir quand l’un commence et quand l’autre termine. C’est pourtant une large palette de nuances que le natif du Dorset nous propose ici. Cependant, nous avons parfois le sentiment d’avoir à faire un opéra de poche avec ses thèmes qui semblent revenir comme des vagues, jamais tout à fait pareil, et pourtant toujours étrangement familier.

La musique d’Ed Dowie n’est pas, à proprement parler, expérimentale, ni même spécialement difficile d’accès. Il s’en dégage, néanmoins, constamment, un sentiment d’étrangeté, d’incongruité, qui n’est pas sans provoquer comme un léger malaise. Peut-être parce qu’elle n’est jamais entièrement ce que nous croyons qu’elle est et que les chausse-trappes et les culs-de-sac sont légions, sans que nous puissions ni éviter les uns, ni contourner les autres.

Ed Dowie, lui même, incarne assez bien cette physionomie loufoque et quelque peu malsaine. Il nous évoque une sorte de Rick Moranis qui se serait perdu dans le rôle de J.F Sebastian. Il y a quelque chose de l’enfance, en lui, qui se conjugue avec un autre aspect, davantage sombre, brisé, et fantomatique. Sa musique et ses chansons sont parcourus, en filigrane, par une onde kaléidoscopique qui nous procure cette sensation de ne pouvoir rien saisir en totalité.

Cette teinte légèrement malaisante, se combine à une certaine érudition déployée malignement par Dowie. Avec la même pudeur, et la même distance qu’il nous est apparu en premier lieu, il distille des parfums puisés aussi bien en Asie sur “Red Stone”, qu’au Moyen-Âge sur “How Light I”. Sa voix, à la Robert Wyatt, caresse les événements sans les pénétrer, nous laissant nous démerder avec notre circonspection. Cette dernière ne fera que grandir, jusqu’à finalement jeter l’éponge sur le quasi instrumental et très justement nommé, “Under The Wave”.

The Obvious I est un album en trompe-l’œil qui demande clairement plusieurs écoutes avant de se laisser appréhender. À son sujet, Ed Dowie déclare avoir souhaité refléter le bordel ambiant, sans en rajouter une couche lui-même. Je ne suis pas sûr qu’il ait réellement réussi son coup sur ce point, mais le fait est qu’il est assez facile d’y voir le reflet de ces temps si étranges. Les objets sont bien à leur place mais ils paraissent flotter dans une atmosphère gélatineuse où les perspectives et les proportions sont suffisamment altérées pour créer à nouveau ce malaise dont il encore une fois question.

Le premier fait d’armes d’Ed Dowie remonte à la fin des années 90, quand, avec son groupe, Brothers In Sound, il tentait de faire du Beta Band, mieux que le Beta Band, sur le label du Beta Band. Il avait déjà ce goût pour le synthétique, mais sa musique était alors bien plus chargée, bien plus démonstrative, avec une envie de faire bouger des séants pas totalement absente aujourd’hui mais plus discrète, plus polie. À la fin de cette aventure, il entama des études de Musique, Technologie et Innovation dans la peut-être prestigieuse université De Montford à Leicester, bourgade pittoresque des Midlands de l’est (Fuck ceux de l’ouest). C’est alors qu’il fit la découverte de la musique minimaliste, via des figures telles que LaMonte Young et Pauline Oliveros, mais aussi, évidemment, Philip Glass et Steve Reich. Ainsi, Il n’est pas étonnant de retrouver Leafcutter John (aka John Burton aka Polar Bear) à la production de The Obvious I, et la patine minimale qui le recouvre fait soudainement sens et éclaire en partie le chemin parcouru par Ed Dowie depuis ses jeunes années au sein de Brother In Sound et peut expliquer, également, en quoi cette “pop” ne répond pas totalement aux canons du genre et semble venir d’un tout autre endroit que celui de ses contemporains.

Au final, Ed Dowie nous offre un album en tout point passionnant, qui pèche, cependant, par son caractère froid et par trop calculé. Le disque est très malin et on y rentre comme dans un palais des glaces, mais il lui manque cette émotion qui le rattacherait à quelque chose de davantage tangible auquel on pourrait adhérer autrement qu’en se faisant des nœuds aux neurones.

Max

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