Echoplain – Polaroid Malibu

Publié par le 18 janvier 2021 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Atypeek/Pied de biche/Araki/Zero egal petit interieur, 15 janvier 2021)

Here it comes again (…) here it hurts again” chante Emmanuel Boeuf sur “Hole.dare.neck”. Le monsieur est prévenant, connait son métier et sait qu’il vaut mieux prévenir que faire souffrir. De notre côté, on en a vu d’autres, entendu des plus radicaux, nos oreilles sont prêtes à endurer et savent que le plaisir n’en sera que plus grand. La première sensation à l’écoute de Polaroid Malibu est une délivrance, l’évacuation d’une frustration (et on a notre dose en la matière depuis quelque temps…), celle d’un premier EP de trois malheureux titres vite engloutis.

Premier constat : entre la pochette ornée d’une magnifique peinture de Sasha Andres (chanteuse de Heliogabale et A Shape) et le clip somptueux pour accompagner le premier extrait “Beyonce”, Echoplain a incontestablement soigné son retour sur le plan visuel. De quoi s’attirer tous les regards et lorsque retentit “All Eyes On Me” et son intro de batterie semblable au “Scentless Apprentice” de Nirvana, on oublie instantanément Tupac et on ne tarde pas à avoir all ears on fire. Le volume refuse de se baisser, demeure bloqué à un niveau déraisonnable. Et on remonte encore un peu. Toujours un peu plus. Tant pis pour la famille et les voisins, y’a des priorités dans la vie. Mais si l’ensemble est un bloc percutant, une masse imposante, le trio sait pertinemment que sans mélodies qui tiennent la route, le bel édifice se casserait inévitablement la gueule.

Ainsi “Beyonce” qui n’a de putassier que le nom, séduit avec son chant éthéré, sa mélancolie chevillée au corps. Entre frénésie et passages aériens, entre suffocation et délivrance, les tentacules se déploient au ralenti mais se referment inéluctablement. Autre gros morceau, l’impressionnante “Watcha” où la maltraitance de cordes est élevée au rang d’art alors qu’une basse implacable martèle avec aplomb, on pourra difficilement s’empêcher d’avoir une pensée émue pour notre jeunesse sonique. Emmanuel Boeuf (Sons of Frida, Dernière Transmission, Emboe), dont le nom suffit à faire frémir toutes les six-cordes, lesquelles, selon la légende, préfèreraient s’auto-mutiler que de finir entre ses pognes sadiques, ne ménage pas davantage ses cordes vocales. Son chant constamment sur le fil, proche de la rupture, se révèle remarquable pour drainer toute la tension de cette musique qui ne nous épargne guère mais nous offre tant. Ses deux comparses ne sont pas en reste et il est impossible de passer sous silence la formidable “On Her Side” et sa basse Shellaquienne intenable, ses redémarrages soudains, ses bifurcations constantes, le tout dirigé de main de maitre par la frappe sûre de Stéphane Vion (qu’on avait croisé chez Velocross).

Si l’on peut déplorer une fin d’album un peu moins marquante, “Yed Sneaky” s’achève dans le plus grand des chaos et nous fait ravaler illico nos timides réserves. Avec le recul, on en viendrait presque à se réjouir du split de Sons of Frida en 2013 tant il aura donné naissance à divers projets des plus enthousiasmants (Dernière Transmission, Hélice Island, Tabatha Crash…), en haut desquels il convient désormais d’ajouter Echoplain.

Jonathan Lopez

Sur Sons of Frida

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *