DISCO EXPRESS #16 : Metallica

Publié par le 14 octobre 2021 dans Chroniques, Disco express, Toutes les chroniques

À l’opposé de notre rubrique sobrement intitulée « discographies » qui se veut objective, exhaustive et documentée, nous avons choisi ici de vous résumer chaque mois des discographies avec concision, après une seule réécoute (quand ce n’est pas la première !) de chacun des disques. Des avis tranchés, des écrits spontanés, plus ou moins argumentés avec une bonne dose de mauvaise foi et d’amateurisme. Cause hey, this is just music!

Metallica a été comme pour beaucoup ma porte d’entrée vers le metal, même si j’ai vite refermé la porte en question. Metallica a été parmi mes premières obsessions musicales de guitariste débutant, et je me suis fait pas mal de corne sur les doigts à force de riffs bien alambiqués que je ne sais toujours pas jouer correctement aujourd’hui. Metallica correspond surtout pour moi à une période assez courte mais très intense d’obsession entre 2001 et 2004 environ, jusqu’à ce que je (re)découvre mes véritables amours musicaux et que je bannisse plus ou moins le groupe de ma platine. Un rejet qui a duré de nombreuses années, même si j’assumais toujours d’avoir aimé le groupe, et qui finit par s’estomper depuis peu. Ça tombe bien, puisque cela coïncide peu ou prou avec les 30 ans de leur album le plus connu, et c’est une bonne occasion de se replonger dans leur discographie.

Kill ‘Em All (1983) : disque fondateur du Thrash Metal, si je ne dis pas de connerie. En gros, on prend le Heavy Metal fin 70s type Iron Maiden (pour citer le groupe le plus connu) et on le joue super rapide et vénère comme un groupe de punk hardcore ou Motörhead. Et bien, fait par des gamins de moins de vingt ans, ça beugle très aigu, c’est souvent faux, mais ça fonctionne plutôt bien. Bon, le groupe nous montre déjà qu’il aime en faire des caisses et les morceaux à rallonge, mais globalement c’est direct et brutal avec plein de super riffs et une énergie indéniable. Un peu brouillon, mais rien de honteux, malgré une production douteuse.

Ride The Lightning (1984) : Kill ‘Em All portait la marque de Dave Mustaine, ancien guitariste lead du groupe et co-compositeur des premières années (il est d’ailleurs toujours l’auteur de plusieurs riffs sur ce disque), qui montera plus tard le groupe antagoniste Megadeth. Ride est le premier disque où Metallica développe vraiment sa personnalité : morceaux à rallonge, toujours, mais les saillies thrash (“Fight Fire With Fire” ou le couplet/refrain de “Creeping Death”) côtoient les harmonies travaillées et les structures se font plus alambiquées, notamment sur l’interminable morceau éponyme. Une grosse responsabilité vient sans doute du bassiste Cliff Burton, qui n’avait signé que son solo “(Anesthesia) Pulling Teeth” sur le précédent disque mais co-compose ici une grosse partie des morceaux, et surtout apporte sa formation musicale classique et ses influences littéraires. Ainsi, on a droit à deux morceaux énormes, “The Call Of Ktulu” et “For Whom The Bell Tolls”, qui tirent leurs noms de livres classiques. C’est aussi le début des “ballades” metal avec l’iconique “Fade to Black”. Le problème, hormis la longueur globale un peu excessive, c’est que la production n’est encore une fois pas terrible, la basse notamment est parfois inaudible (ce qui est un comble, notamment sur “The Call Of Ktulu” où c’est l’instrument lead).

Master of Puppets (1986) : le groupe suit la formule de Ride The Lightning en poussant le concept plus loin et pour une fois avec une production correcte. Cela donne certains de leurs morceaux les plus connus (“Battery”, “Master of Puppets”), une nouvelle composition instrumentale qui met la basse en avant (“Orion”), une nouvelle ballade (“Welcome Home (Sanitorium)”), et toujours plein de gros riffs. Le souci, c’est que même si l’ambiance varie (entre le mid-tempo poisseux “The Thing That Should Not Be” et le pur thrash de “Damage Inc.”, par exemple) les morceaux de plus en plus complexes et de plus en plus longs (pas un en dessous des 5 minutes !) peuvent vite devenir lassants. L’écoute intégrale devient facilement pénible.

…And Justice For All (1988) : le groupe suit la formule de Ride The Lightning en poussant le concept trop loin. Certes, ils ont perdu leur bassiste tragiquement sur la précédente tournée, ont sans doute beaucoup de colère et de tristesse à exprimer, mais ce n’était peut-être pas la meilleure idée de traduire ça par une production rêche et sèche où la basse est inaudible et les aigus des guitares dans le rouge. Certains y voient du charme, mais je n’en fais pas partie. Si on ajoute à ça des compositions encore plus alambiquées et interminables, Kirk Hammett qui veut prouver au monde qu’il en a une grosse et fait dans la surenchère de pluie de notes, on a un album que j’ai vraiment du mal à écouter jusqu’au bout. Dommage parce qu’il y a encore des riffs qui tuent (le riff principal de “Blackened”, composé par le nouveau bassiste Jason Newsted, par exemple) et même des morceaux qui auraient été fabuleux un peu plus courts (“Harvester Of Sorrow”, “To Live Is To Die”, “Dyer’s Eve”). La “ballade” metal “One” offre son premier succès grand public au groupe, et ça se comprend, la mélodie est chouette et le crescendo final plutôt efficace.

Metallica (1991) : l’album où le groupe vend son cul. Ou alors, celui où ils arrêtent de vouloir faire plus long, plus rapide et plus complexe pour faire des morceaux cool. Sans doute un peu des deux. Dans l’ensemble, on a de bonnes choses : enfin une bonne production avec un son propre mais massif qui sied parfaitement à Metallica, des singles très efficaces (on pense ce qu’on veut de “Enter Sandman”, mais c’est difficile de nier que le morceau fonctionne), plus de simplicité et une expérimentation qui se fait dans les textures sonores (basse 12 cordes, sitar, percussion, utilisation massive de la wah wah…) plutôt que dans les structures des morceaux… mais aussi des choses moins bonnes : une plus grande simplicité n’empêche pas certains morceaux d’être gâchés par trop de fioritures (“My Friend of Misery”, qui aurait pu être une des meilleures de leur carrière), chansons plus putassières avec notamment une vraie power ballad qui hantera tous les guitaristes débutants (“Nothing Else Matters”), toujours pas mal de longueurs et un aspect monolithique sur l’ensemble qui fait qu’il est difficile d’écouter l’album de bout en bout sans se lasser. Le disque est un monument dans l’histoire du metal, mais comme souvent le plaisir d’écoute n’est pas aussi grand que sa légende.

Load (1996) : le disque de Metallica que j’ai le plus détesté, fut un temps. Pour moi qui aimais leur côté thrash, je voyais ce disque hard-rock bluesy/alternatif comme un gros flop, si ce n’est une trahison. Aujourd’hui, je pense exactement l’inverse, et c’est peut-être un de mes albums préférés du groupe. Certes, ce disque sort des années après le précédent, qui était déjà un gros pas vers le mainstream, et après le boom du rock alternatif, ce qui peut lui donner un aspect opportuniste, mais quand on l’écoute plus attentivement, ce n’est pas si évident. Déjà, si l’album n’est plus vraiment metal, il ne cherche pas non plus tellement à sonner grunge. Ensuite, si l’approche est différente et bien éloignée de celle des albums des années 80, on y reconnait bien la patte de Metallica. Enfin, surtout, les morceaux sont globalement bons. Les structures sont moins alambiquées et les riffs moins techniques, mais le travail sur la guitare est vraiment intéressant, avec deux guitaristes qui se partagent l’espace plutôt que l’un qui gère la lead et l’autre la rythmique, le chant de James Hetfield est au top, son écriture se fait plus intime, et beaucoup de chansons qui pourraient paraitre putassières ont quelque chose d’assez sincère et touchant (“Bleeding Me”, “Mama Said”, “Until It Sleeps”). Il y a bien entendu des défauts : certains morceaux qui ne fonctionnent pas vraiment (“Hero Of The Day”, par exemple) et toujours beaucoup de longueurs (le disque dure pas loin de 80 minutes et aurait été beaucoup plus digeste avec 15-20 minutes de moins au minimum), mais l’ensemble se tient et se retient plutôt bien. C’est un exemple réussi d’un groupe qui a su garder sa personnalité en proposant une musique accessible, sans sacrifier ses ambitions musicales, et malgré tout, on ne voit pas ça si souvent.

ReLoad (1997) : j’ai longtemps pensé que c’était Load, mais avec les bons morceaux. Et je dois reconnaitre que “Fuel”, “Prince Charming”, “Where The Wild Things Are” ou “Devil’s Dance” me font toujours de l’effet. En revanche, à la réécoute, j’apprécie beaucoup plus les morceaux plus “pop” comme “The Memory Remains” ou “The Unforgiven II” que je détestais auparavant. Cette dernière sent l’opération cash à plein nez, et pourtant elle est bien construite, musicalement intéressante et mélodiquement efficace, ça me va. Écrit de façon consécutive dans l’idée de sortir un double album, ReLoad a à peu près les mêmes qualités que Load : production superbe, Hetfield en grande forme à tous les niveaux, bon mélange entre influences blues/hard-rock et la patte de Metallica, super travail de guitare, expérimentations réussies (“Low Man’s Lyrics” avec sa vielle à roue), mais aussi les mêmes défauts (troooooop loooooong !). Cependant, s’ajoute à ça que ReLoad contient plus de morceaux de remplissage, ce qui fait que dans l’ensemble, il est moins cohérent et agréable à écouter que le précédent. Mais un condensé du meilleur des deux albums rivaliserait sans peine avec les meilleurs disques de Metallica. Less is more, il parait.

Garage, Inc. (1998) : histoire de rester dans une dynamique de sorties, et de se faire un peu de fric sans beaucoup de travail créatif, Metallica sort en 98 son album de reprises. Sur le papier, ça pourrait sentir mauvais, mais en fait le résultat est convaincant. Déjà, ils ont eu la bonne idée de faire un double album et de compiler sur le second disque toutes les reprises déjà sorties sur des singles, des compilations ou leur EP de 88, ce qui permet de faire un tour d’horizon de la carrière du groupe et de se rendre compte, étonnamment, de la cohérence de son parcours musical. Pour que ce type d’exercice fonctionne, il faut que les morceaux repris soient sincères, pas trop évidents, diversifiés, que le groupe ait une personnalité assez forte pour se les réapproprier, mais assez de respect pour ne pas les massacrer. On pouvait ne pas y croire, mais Metallica a tout ça. Ici, entre les influences évidentes Heavy Metal/Hard Rock (Diamond Head, Blietzkrieg, Merciful Fate, Black Sabbath, Holocaust, Motörhead) et punk hardcore (Misfits, Anti-Nowhere League, Discharge), on retrouve du rock blues (Lynyrd Skynyrd, Bob Seger), une ballade traditionnelle (“Whiskey In The Jar”), du post-punk (“The Wait” de Killing Joke) et même une reprise de Nick Cave (“Loverman”). Et le plus étonnant, c’est que quasiment tout fonctionne tout en ayant une patte Metallica parfaitement reconnaissable. Ça pouvait sembler super casse-gueule, et le groupe s’en tire avec les honneurs. Chapeau !

S&M (1999) : Et comme un concept casse-gueule dont on se tire avec les honneurs n’avait pas suffi, on pousse le défi et les limites du bon goût encore plus loin avec ce concert qui, comme le nom l’indique (Symphonic & Metallica), mélange groupe de metal et orchestre symphonique. On n’est pas très loin de Spinal Tap sur le papier, et le fait que le disque soit retouché en studio pour améliorer certaines performances ne fait qu’accroitre les appréhensions. Et pourtant, si certains morceaux perdent en puissance avec trop d’arrangements, contre toute attente, ça fonctionne encore. Le fait que beaucoup de titres de Load et ReLoad soient présents, époque oblige, joue sans doute car ceux-ci sont mieux taillés pour l’expérience que les morceaux plus bourrins des années 80, mais tout de même, c’est difficile à concevoir. Les deux morceaux inédits sont même assez réussis. Et Metallica réussit à nouveau le tour de force de prendre un projet flippant sur le papier pour un résultat tout à fait acceptable.

St. Anger (2003) : Premier album vraiment raté du groupe, St Anger souffre finalement plus que Load et Reload d’avoir voulu être dans l’air du temps. C’est Metallica qui essaie de faire du Nu Metal mais qui le fait à la Metallica, et cette fois, ça ne fonctionne pas. Peut-être est-ce parce que l’album a pris le pire des deux mondes : production immonde (la batterie qui sonne comme une casserole est devenue légendaire par son mauvais goût), compos qui ne tiennent que sur un riff, ambiance aggressive en mode déglingo du ciboulot un peu surannée et monocorde du nu metal, compos dix fois trop longues et besoin de rajouter des plans inutiles de Metallica. En plus, la personnalité musicale du groupe joue contre lui dans cet exercice de style, à croire que Metallica et le nu metal étaient les deux pires choses musicales à mélanger (spoiler : en fait, c’était Metallica et Lou Reed, mais on ne le savait pas encore). C’est vraiment dommage car dans ce fatras surnage des morceaux qui auraient pu être bons (“All Within My Hands”, rachetée par ses versions acoustiques tardives, ou le tube “Frantic”) des super riffs dans des chansons relou (“Some Kind Of Monster”) et même des chansons originales à qui il ne manque trois fois rien (“The Unnamed Feeling”). Bref, beau gâchis.

Death Magnetic (2008) : Voilà l’album que j’aurais rêvé que Metallica sorte vers 2003, quand j’étais obsessionnel de leur musique. Un disque qui se positionne comme leur retour aux sources, après s’être stabilisé en recrutant le bassiste Robert Trujillo et avoir digéré l’épisode St Anger. Le problème, c’est que je n’avais plus aucune envie de m’écouter un album de thrash metal en 2008. Bon, à la réécoute, ce n’est pas du pur thrash 80s, il y a toujours les ballades de rigueur (dont “The Unforgiven 3”, ou le filon qui ne s’épuise jamais), mais la production est trop compressée et les compositions ne me marquent pas assez pour avoir envie d’y revenir. C’est bien foutu, mais à réserver aux amateurs.

Hardwired… To Self-Destruct (2016) : Dernier album en date et comme le précédent, j’ai un peu de mal à décider vraiment ce que j’en pense. Les deux sont plus réussis dans leur démarche que St Anger, plus conformes aux attentes du public et dans la lignée musicale de ce qu’est Metallica. En contrepartie, Hardwired en particulier est l’exemple d’un groupe qui tourne sur ses acquis et si je n’ai aucun problème de fond avec ça, ça me parait un peu contradictoire avec une part importante de Metallica, celle qui prend des risques quitte à faire de très très mauvais choix. Hardwired poursuit la volonté de retour aux sources thrash tout en étant encore plus auto-référencé que Death Magnetic, mais il est très bien construit. En revanche, il est extrêmement raisonnable et prudent, ce qui lui donne finalement moins de charme qu’un St Anger pourtant beaucoup plus mal foutu. Là encore, les amateurs trouveront leur compte, mais il y aura peu d’intérêt pour les autres.

Lulu (2011) : J’ai longtemps hésité à l’incorporer dans cette discographie, car d’une part il est rarement considéré comme un album de Metallica, mais surtout je n’avais aucune envie de me réécouter ça. Metallica qui joue des compos metal assez tièdes sur un Lou Reed en mode poète spoken word chiant dans une imitation pérave de Berlin (disque dont je ne suis déjà pas très friand), c’était sans doute l’idée la plus absurde que des artistes de grande notoriété ont eu avec la comédie musicale Spider-man par U2 (ce n’est pas une blague). Dire que c’est raté n’est qu’un euphémisme. Et pourtant, il y a quelque chose de sublime dans ce disque, un truc tellement foireux à toutes les étapes mais qui semble parfaitement sincère et passionné, un peu comme un pur nanar brut, qu’il ne réussit pas vraiment à entacher les artistes qui l’ont composé. Lou Reed réussit à faire percer çà et là l’éclat de son génie (sans effort : sa voix et son phrasé unique suffisent), quant à Metallica, ils vont au bout de leur démarche habituelle de suivre leurs lubies les plus irrationnelles et finissent enfin par se planter, ce qui quelque part les rend plus humains. De là à vouloir se farcir 1h30 de ce machin, certainement pas, mais ça finit de les rendre sympathiques. 

Blackcondorguy

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