Chelse Wolfe – The Dark

Posted by on 8 septembre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Loma Vista, 21 août 2026)

Par quel angle et quelle langue aborder le nouvel album de Chelsea Wolfe ? Même si l’exercice s’avère périlleux, il est difficile de préempter l’œuvre insaisissable et protéiforme qu’est The Dark. Les premiers titres qui ont fuité indiquaient une nouvelle orientation. Indice la pochette est venue confirmer : sortie du cœur habité des ténèbres, la symbolique de sa silhouette exposée à la lumière, s’inscrit hors de l’engourdissement et de l’immobilité. Elle semble accueillir la clarté comme le signe d’une réconciliation entre le crépuscule et l’aube.

Pour être exhaustif, il faudrait retracer le parcours de Chelsea Wolfe, dont la mélancolie chevillée au corps a définitivement apposé son sceau au panthéon de l’art gothique. Ce poinçon artistique lui confère un statut d’éternité. Avec « The Dark », c’est un changement de paradigme, les fondations musicales sont bousculées, jusqu’à égarer son auditoire. Chelsea Wolfe fait table rase d’un passé encombrant, affichant une sérénité teintée d’une fragilité que le titre inaugural « Cold » révèle par son dépouillement. Même si son univers onirique reste omniprésent, sa présence au monde n’en est que plus manifeste comme l’atteste « Humours » où il est question d’abri au sein de l’obscurité, la césure modale surgit dans une rythmique métronomique electro. Et c’est à partir de « Swallower » que l’album prend une tournure inattendue, le refrain s’appuie sur une ligne mélodique indie-rock, qui peut interroger sur les intentions de Chelsea Wolfe et susciter une certaine méfiance chez sa fanbase, d’autant que la production ayant été confiée à Jennifer Decilveo (Bat For Lashes, Beth Ditto, The Wombats…).

Cet album s’articule essentiellement autour du lâcher-prise. Chelsea exprime la volonté de s’écarter des relations toxiques, de se détacher de l’irréversibilité du temps et de se recentrer sur elle-même. Thèmes que suggèrent les titres « I’m Not There » ou « Halo », résolument folk. Chelsea Wolfe interroge l’immensité de la nature et l’abîme de son propre cœur. Alors que « Turn the Key » rappelle ostensiblement la période de l’album Hiss Spun, le titre est à la fois énigmatique, et participe à l’ouverture vers le monde tangible, riffs chargés sur un parterre trip-hop virant vers un refrain plus abordable pour qui découvrirait sa musique.

C’est un virage qui peut déboussoler à la première écoute de l’album, mais le lien est cependant logique, même si « Seether » souffre de quelques imperfections. Chelsea Wolfe ne se contredit pas, et si The Dark fait l’objet de nombreux débats, il se révèle à mon sens plus abouti que She Reaches Out to She Reaches Out to She.

Franck Irle

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