The Who – Who’s Next (Polydor)

Publié par le 4 décembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

 

 

whos-nextFin des sixties, les Who sont un des plus grands groupes rock au monde. Ils ont d’ailleurs représenté dignement le rock de la perfide Albion à Woodstock. Ils ont publié quelques-uns des plus grands disques du rock anglais, et sont sans conteste les précurseurs du mouvement Punk. Ils seront d’ailleurs l’un des seuls groupes qui échappera à la vindicte dudit mouvement en 1977, contrairement à d’autre barons du rock comme les Stones.

Le groupe est l’association de quatre types hors normes. Pete Towsnhend, guitariste génial et un brin mégalo, compositeur de presque l’ensemble de l’œuvre du groupe ; John Entwistle, ami d’enfance de Pete, le plus imperturbable et talentueux bassiste des années 60 (ok je rajoute John Paul Jones) il a révolutionné l’approche de la basse électrique dans le rock ; Roger Daltrey, chanteur à la crinière bouclée, sapé dans de superbes vestes à franges, qui faisait tourner son micro dans les airs et hurlait comme un damné, et enfin le plus fantastique et déjanté batteur que le rock ait connu, j’ai nommé sa majesté Keith Moon, décédé prématurément à 32 ans seulement. R.I.P. Keith.

Au début de leur carrière, les Who sont plutôt un groupe à singles : « Substitute », « Pictures of Lily », « I’m a boy ». Toutes ces chansons abordent les problèmes qui parlent aux adolescents ; crise d’identité, homosexualité, masturbation. Mais, le titre qui va faire d’eux des icônes et des porte-drapeau de la jeunesse, est le brûlot « My Generation ». Paru en 1965, « My generation » est l’hymne de toute une génération, précurseur du mouvement punk, Daltrey chante en bégayant et hurle « I hope I die before I get old« . Entwistle assure un solo de basse monstrueux, époustouflant de virtuosité, et Pete balance un riff de guitare inoubliable, Keith au soutien de l’ensemble se révèle le batteur fantastique qui va bousculer la planète rock durant sa courte vie. Lors d’une interprétation à la télé anglaise, les mecs détruisent le matos, Pete massacre l’ampli, et Keith fait carrément exploser la batterie. A l’époque, Daltrey était sûrement persuadé qu’il préférait casser sa pipe avant de ressembler aux vieux qu’il fustige, mais finalement, maintenant à 68 ans, il est toujours là, et remonte de temps en temps sur scène avec son compère Pete, devenu sourd, tellement les Who jouaient fort !

Townshend, a composé également deux « opéras rock » (rien que ça), qui, certes contiennent de bons titres (« I’m free », « Pinball Wizard », « Love reign o’er me » – repris régulièrement par Pearl Jam-), mais conceptuellement et musicalement ont un brin vieilli tout de même. Tommy, paru en 1969 est l’histoire délirante d’un champion de flipper aveugle, sourd et muet. Fallait oser quand même ! Tommy sera porté au cinéma en 1975 par le réalisateur Ken Russel, comédie musicale complètement barrée et typique des années 70, mais où s’illustrent dans quelques morceaux de choix : Tina Turner, Eric Clapton, Elton John et les Who bien sûr, notamment, encore une fois Keith dans le rôle du peu recommandable Cousin Kevin.

Le groupe sur scène était réputé pour ses shows d’une violence et d’une énergie hallucinante. Pour avoir moi-même assisté à l’un de ces concerts mythiques, je peux vous certifier, qu’au niveau intensité, c’était juste phénoménal, on était transpercé par l’électricité dégagée par le Groupe. Eh oui, c’est l’avantage d’avoir un long passé rock’n’roll. Pour avoir une idée de la fureur de la bande d’énergumènes, allez voir sur la toile quelques concerts mythiques, comme leur performance  du festival sur l’île de Wight, ça va en calmer (ou en exciter) plus d’un. Keith lançant ses baguettes à la lune, Pete moulinant comme un fou sur sa gratte, John imperturbable, alignant ses lignes de basse, et Roger le beau fauve en front line, contribuant à exciter le public (600.000 personnes ce jour-là !).

Les Who ont d’ailleurs gravé l’un des plus grands disques « live » de l’histoire, le transcendant Live at Leeds, qui contient une version apocalyptique de « My Generation » annonçant presque Led Zeppelin, durant ce long medley qui s’étire sur plus de 15 minutes sidérantes. Enfin, en conclusion, un « Magic Bus » d’anthologie, lors d’une prestation explosive, les Who mettant le feu littéralement à la scène.

Bref, les Who, vous l’aurez compris, est un groupe cultissime, il n’y a pas photo. Et dans la série albums cultes, j’ai sélectionné le fantastique Who’s next, qui est pour moi leur meilleur album, même si  je vous ai fait le discours pendant une page et demie sur tout le reste.

Après Tommy paru en 1969, ils font une pose discographique de deux ans, et reviennent en 1971, avec Who’s Next. La pochette géniale montre les quatre larrons se rebraguettant après avoir pissé sur un bloc de béton, échoué (?) dans un paysage rocailleux. Présence incongrue, idéale pour se soulager et qu’on en voit la trace !

Who’s Next est l’un des tous premiers albums rock, à introduire l’utilisation de boucles de synthétiseurs. Pete Towsnhend, grand sorcier des studios, avait commencé à bosser sur un projet d’envergure Lifehouse, encore un concept album tordu et compliqué, qui n’aboutira pas, mais dont toutes les chutes sont la base de Who’s next.

Sur le premier titre, le génial « Baba O’Riley », l’intro est une longue séquence de boucles de synthé, avant quelques accords plaqués au piano et que le reste de la bande se jette dans la mêlée. Daltrey, chante la détresse adolescente (« teenage wasteland »), le morceau monte en une longue spirale, avant la fin qui est une espèce de gigue au violon tsigane. Un très grand morceau qui montre toute l’étendue du talent de compositeur de Townshend.

« Bargain », le titre suivant sonne irrémédiablement Who, riffs reconnaissables dès les premières notes, « I don’t want to bargain, the best I ever had », pas envie de brader ce qu’ils ont de meilleur gueule Daltrey. Construction classique, faite de breaks, on est en territoire connu. La mécanique est huilée, l’ensemble à l’unisson.

Pour ceux qui en doutaient, Pete Towsnhend est un grand guitariste, écoutez « Love Ain’t For Keeping » un pur régal de gratte sèche sur ce court morceau de facture classique.
Petit coup de mou sur les deux titres suivants. À noter que sur « My Wife », c’est Entwistle au chant. Morceau pas d’une grande originalité, bien troussé mais sans génie. « The song is over », long morceau de structure compliquée qui manque de spontanéité et un peu ennuyeux, sur lequel  le piano est omniprésent (Nicky Hopkins), est l’un des plus complexes que Townshend ait composés, et une réflexion sur les difficultés de la création artistique (ce qui rongera souvent Townshend).

Mais Pete retrouve son second souffle, avant les envolées lyriques de la fin de l’album. Sur « Gettin’ in Tune » d’abord, Daltrey déclame qu’il est en accord, parfaitement en accord. Très belle mélodie, super chant de Daltrey, breaks, piano (encore Nicky Hopkins), voix de Roger et Pete à l’unisson. Ici, les Who sont dans le ton, c’est sûr, et l’accélération finale le prouve, ils poussent la machine, avec une parfaite maîtrise et sans sortie de route.

« Going Mobile », est une chouette balade très fluide et presque naïve, guitare sèche avec quelques notes de synthé une fois encore, mais moins envoûtantes que sur Baba. Daltrey se fend d’un bip bip, il est sur la route, libre, « keep me movin, keep me groovin ». Pete dégaîne la wah-wah pour booster la troupe, Keith est excellent encore une fois.

Suivent ensuite les deux titres majeurs de l’album (en plus de Baba). Deux morceaux à marquer d’une pierre blanche dans la longue liste des compositions de Townshend : « Behind Blue Eyes », superbe balade guitare, basse accoustique, chœurs, à tomber raide. « No one knows what is like to be the bad man, to be the sad man, behind blue eyes ». Que ce soit autour d’un feu de camp, en fin de soirée ou pour emballer, c’est le truc imparable. Au bout de deux minutes, ils emballent la machine, et Daltrey est prêt à en découdre « when my fists clentches, crack it open, before i use it and lose my cool ». Pete empoigne alors l’électrique pour conclure le titre.

Enfin, l’apogée, LE titre des Who, un hymne de guerre de plus de huit minutes, avec une extraordinaire intro aux synthés. Réécoutez « Climbatize » sur The Fat of the Land de Prodigy (d’ailleurs chroniqué ici par l’excellent JL), vous verrez que ce titre en a inspiré plus d’un. Sur le morceau, Keith porte à bout de bras l’ensemble avec une force phénoménale, the Keith au sommet de son art ! « Won’t get fooled again », on ne veut plus se faire avoir, annoncent-ils ! Synthès permanents en background, la basse grondante et la guitare mordante sur les deux couplets, avant de donner les clap clap (battements de mains), et là ça décolle. Guitare solo aux avant-postes et Keith qui matraque les fûts comme si sa vie en dépendait. Break magistral, premier cri de Daltrey, et ils remettent le couvert, pas fatigués pour un rond ; « je ferai une révérence à la nouvelle révolution, prendrai ma guitare et jouerai, on ne veut plus se faire avoir ». La dernière partie du titre tient de l’improvisation, interprétée presque « live », retour des boucles de synthés qui mènent à la transe, et Mister Keith qui fait tout péter avant l’explosion de jouissance finale de Daltrey : yeahhhhhhhhh. Éjaculation dans un mur de son. Extinction ! Tout était dit ou presque.

Après Who’s Next, ils partiront chacun dans des aventures solos, qui ne marqueront pas l’histoire, puis reviendront pour un nouvel « opéra rock », le fameux Quadrophenia, porté également au cinéma, avec la participation de Sting.

Deux autres disques « dispensables » suivront, qui n’auront plus cette magie, malgré quelques bons titres encore, avant la mort de Keith Moon, qui signifiera musicalement la mort des Who. Fin de l’alchimie parfaite entre quatre musicos de grand talent.

Alors, si jusque-là (je n’ose le croire), vous étiez passés à côté de ce monument du rock, foncez tête baissée et après tout vous semblera évident. Cultes je vous dis !

El Padre

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