The Stooges – Fun House (Elektra)

Publié par le 31 décembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

1970-The-Stooges-Fun-HouseFunhouse est le nom de la maison où crèchent les Stooges. Une maison où ils se divertissent en s’envoyant des électrochocs sur les tempes à l’aide d’un train électrique, par exemple. Mais c’est également le lieu où le guitariste Ron Asheton (décédé pendant le réveillon de l’année 2009) mouline des riffs interminables et où la basse de Dave Alexander donne le ton et parfois le thème (cf « Dirt », « 1970 », « Funhouse »). Ils enregistrent l’album en Mai à Los Angeles.

Rapidement après sa sortie, ils se produisent sur scène. Et le 13 Juin 1970, un festival à lieu à Cincinnati, dans le sud de l’Ohio, regroupant Grand Funk Railroad, Mountain, Traffic avec le tout jeune Steve Winwood, et également Alice Cooper. Le groupe Alice Cooper est sur le point de sortir leur premier album à succès, Love It to Death (1971) et trouve enfin leur son après leur chienlit psychédélique sous le label de Franck Zappa.

Mais trop tard, la star de la soirée est Iggy Pop et son orchestre nerveux : The Stooges. Iggy a pris du LSD avant le show et ça se voit. Il plonge dans la fosse à plusieurs reprises et finit par être porté par la foule. Iggy jubile, il pointe du doigt l’horizon tel un conquérant sous acide. Et ce soir-là, il conquit la foule. Une main dans le public lui tendra du beurre de cacahouettes. Il saisira le récipient en s’en mettant sur le torse et en en faisant offrande à tous ces visages juvéniles et rieurs.

Et oui les gens veulent du divertissement, et non pas seulement des musiciens virtuoses jouant de leurs instruments comme des singes savants. Non, ils veulent des personnages charismatiques, tel Jim Morrison. Et le nouveau Jim, à cette époque, c’est Iggy. Les gens veulent des « show men », du sang, de la sueur et des artistes qui donnent d’eux-mêmes.

Sur scène, Iggy est physique, sa musculature est ciselée. Et il ne porte rien d’autre qu’une paire de jeans qui glisse le long de ses hanches et qu’il rajuste, ce qui provoque parfois, l’apparition d’un autre « membre » sur scène (sic).

Le festival Goose Lake International Music se déroule le 7, 8 et 9 Août 1970, et après cette performance Iggy virera Dave Alexander qui ce jour-là se plante sur tous les morceaux à cause d’une overdose d’alcool et de drogue. Il mourra cinq ans plus tard, rejoignant « le club des 27 ».

Le disque quant à lui se présente sous une pochette couleur Lave, montrant « l’Iguane» Iggy dans une pose lascive. Le contenu semble être brûlant et promet.

Sur cet album, Iggy rugit littéralement. Les frères Asheton ne sont pas en reste : la guitare de Ron hurle, et Scott « Rock Action » martèle ses toms. Un nouveau a rejoint  la troupe : Steve MacKay et son « Saxophone sexué ». Iggy à cette époque écoute du Jazz, et surtout John Coltrane. L’influence Jazzy sur cet album est transparente.

En 1970, la scène de Detroit est offensive, Grand Funk Railroad, MC5, The Frost (avec Dick Wagner), Frijid Pink. Les Stooges font également partie de cette scène. Ils ont grandi à An Arbor – dans le Michigan – ville proche de Détroit.

L’album s’ouvre sur « Down on the street » avec un riff accrocheur et viril qui donne le ton. « Loose », juste après sonne un peu comme le « Kick Out the Jams » du MC5, et maintient la température.

« TV Eye » est quant à lui plus taquin, avec la guitare vénéneuse de Ron. L’expression « TV Eye » est employée à cette époque dans le jargon par les filles remarquant les garçons qui se retournent derrière elles quand elles marchent : « He got a tv eye on me ».

« Dirt » qui se trouve au milieu, ralentit les pulsions cardiaques de l’auditeur en plein orgasme, il faut retarder l’éjaculation. Sur ce morceau – en forme de ballade – le thème très lent à la basse de Dave Alexander donne le ton, et Ron Asheton glisse sur les accords avec sa pédale « Fuzz ». Le morceau dure 7 minutes, et c’est l’extase. Iggy : « I Feel Dirt / And I Don’t Care ». L’attitude Punk avant l’heure, en somme.

Et là, Bam, la deuxième face de l’album est un véritable « K.O. métallique ». L’apothéose, « 1970», Iggy gueule « I Feel Alright ». C’est le cri d’un jeune camé qui hurle à qui veut bien l’entendre « qu’il va bien », qu’il a eu sa dose, qu’il tripe, et que plus rien ne peut lui arriver maintenant.

Le sax de Steve MacKay est grandiose et rajoute de la sueur au Jam « Guitare/Basse/Batterie » orgasmique. Ce Jam se prolongera sur « Funhouse » et son vers sexuel : « I’m gonna whip you with my love » (« Je vais te fouetter avec mon amour »). On pense évidemment au « I’m gonna give you my love » du morceau de Led Zep, « Whole Lotta Love », sorti l’année précédente.

La catharsis atteint son paroxysme sur un bordel sonore : « L.A. Blues », en guise de doigt d’honneur à cette ville que méprise Iggy : Los Angeles. Les musiciens fracassent leurs instruments. Ron colle sa guitare près de son ampli, la basse de Dave est lourde, Steve MacKay balancent des sons plaintifs avec son Sax, et Scott cassent toutes ses baguettes. Iggy poussent des cris d’obsédé, plein de rage et de hargne. Et le disque se termine nous laissant amorphes, exténués, vidés. Le disque ne dure que 36 minutes, l’impératif du vinyle.

Peu de temps après la sortie de l’album, le groupe sera viré par leur maison de disques, Elektra. S’en suit une longue traversée du désert. Ils seront récupérés, deux ans plus tard, par David Bowie qui mixera – au grand dam des frères Asheton – leur prochain album « Raw Power », un autre échec commercial, et où figure un guitariste tueur de Détroit : James Williamson.

The Stooges étaient l’avant-garde de ce qui allait devenir l’épopée nihiliste et « No Future », plus communément appelée : la vague Punk.

 

CB

 

Écoutez « 1970 »

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