Soundgarden – King Animal (Republic)

Publié par le 12 novembre 2012 dans Chroniques | 0 commentaire

Soundgarden-King-Animal-e1347857882622C’est peu dire que ce King Animal était très attendu. Un peu craint aussi, il faut bien l’avouer. En cinq albums studios, Soundgarden pouvait se targuer de ne pas avoir fait l’album de trop, avec au compteur deux premiers albums prometteurs, et les trois suivants de très haut niveau.
Plus de 16 ans après Down on the Upside, on ne savait pas trop ce qu’avait à nous proposer le quatuor de Seattle et un peu peur qu’ils aient pris un méchant coup de vieux. D’autant qu’à l’exception de Matt Cameron qui a continué à fracasser des fûts comme il se doit avec les copains de Pearl Jam, Kim Thayil (guitare) et Ben Shepherd (basse) étaient un peu portés disparus musicalement. Quant à Chris Cornell, à part une collaboration globalement réussi avec les anciens RATM au sein d’Audioslave, ces derniers solo n’étaient pas franchement de nature à nous rassurer (on frémit encore d’horreur en pensant à sa collaboration avec Timbaland…).

Comme tout fan nostalgique, je me suis jeté sur cette nouvelle galette. Le single « Been Away Too Long », dévoilé avant la sortie du disque, était très rassurant. Sans être d’une originalité folle, ça sonne comme du Soundgarden à l’ancienne sans que ça fasse recyclage. De faux-airs de « My Wave » et de vrais bons passages (le remarquable bridge). Cornell semble regretter être parti trop longtemps. Et nous donc ! À voir si la suite est du même tonneau.

Sur « Non-State Actor », Thayil balance un de ses gros riffs dont il a le secret et ça fait méchamment du bien de réentendre ça après la période de sevrage forcé qu’on a dû endurer. Autre bonne nouvelle : Chris n’en fait pas trop et il assure même pas mal.

« By Crooked Steps », bien qu’assez classique, est également un très bon titre. « A Thousand Days Before » et son côté « indien » qui nous rappelle les plus grandes heures du groupe, est une petite merveille.

On n’ose à peine y croire et du coup on se prend à rêver : ces cons-là nous auraient-ils carrément pondu un album presque à la hauteur des cinq premiers après un si long break ?!
Trop tôt pour le dire mais une chose est sûre, Thayil n’a pas perdu la main, il assure un max, nous asséne de gros riffs de bûcherons (« Blood on the Valley Floor »). De la belle ouvrage !

Le style Soundgarden est toujours au point, un côté lourd et sombre associé à un vrai sens de la mélodie incarné notamment par Chris Cornell. Et quand il s’agit de calmer le jeu, « Bones of Birds » nous rappelle à notre bon souvenir que le groupe a composé de sublimes ballades (« Black Hole Sun », « Fell On Black Days »…) et que visiblement il en a encore sous la semelle. Ah et au fait, Cornell possède toujours une des plus belles voix du Rock…

« Taree » s’apprécie au fil des écoutes et se révèle être un très bon morceau.

Et c’est là que ça se gâte. « Attrition » nous donne l’impression que les gars ne se sont vraiment pas foulés. L’énergie ne fait pas tout, quand il n’ya pas grand chose d’autre ça se remarque. Et le bouquet, ce sont ces choeurs frisant le ridicule sur le refrain. Une face B et rien de plus.

Un peu refroidis, on passe fébrilement à la suivante. « Black Saturday » rappelle un peu trop les solos de Cornell et ce n’est clairement pas ça qu’on préfère chez lui… Même constat accablant sur « Halfway There », trop pop, trop gentillet, pas assez soundgarden en somme. Où est passé le coté sombre qui leur réussit tant ? Patatras, tout avait pourtant si bien commencé. On en viendrait presque à maudire Cornell, lui et ses penchants parfois douteux pour la pop mielleuse, lui ce merveilleux chanteur qu’on a vénéré pendant toutes ces années.

Fort heureusement après ce méchant coup de mou, le groupe redresse la barre. Ben Shepherd envoie une grosse ligne de basse entêtante sur « Worse Dreams ». Le refrain est un peu agaçant au début mais on s’y fait. L’excellent final basse-batterie empoche quand même l’adhésion, Cameron mettant tout le monde d’accord. Un tueur le Matt, mais ça on le savait déjà.

Avec « Eyelid’s Mouth », on revient dans le haut de gamme. Excellent groove basse-batterie, Thayil inspiré, Cornell arrête ses conneries et revient à ce qu’il sait faire de mieux. La participation de Mike McCready (Pearl Jam), qui vient placer un petit solo aérien comme il les affectionne, ne gâche rien. Souvent cité comme une de leurs influences majeures, Led Zep est effectivement de la partie. Cornell et Thayil convoquent Plant et Page. Assez brillamment il faut bien le dire.

L’album s’achève sur « Rowing ». Un morceau à l’image de l’album, assez inégal. Au début, on s’emmerde un peu avec cette boucle assez étrange. Ça ne sonne pas vraiment Soundgarden mais ensuite Kim débarque, ça décolle, ça fait beaucoup de bruit et ça devient bien bon.

Au final, on pouvait craindre le pire pour ce retour très attendu et force est de constater que malgré quelques trous d’air regrettables au milieu de l’album, l’ensemble tient quand même bien la route. L’album qui nécessite plusieurs écoutes pour être apprécié à sa juste valeur, est certainement moins bon que les quatre premiers, le contraire eût été quasi miraculeux.

Une chose est sûre ils n’ont pas chômé et se sont pas foutus de nous. Certains titres sont d’indéniables réussites et viendront enrichir les futurs setlists de ce groupe qu’on a hâte de voir défendre son nouveau bébé sur scène (pas au Zénith cette fois, par pitié).

 

JL

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