The Rolling Stones – Beggars Banquet (Decca)

Publié par le 23 octobre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

BeggarsBanquetLPEn 1968, las des expérimentations diverses de Brian Jones, de plus en plus largué, et après le ratage total de l’album précédent Their Satanic Majesties Request, vaine tentative de rock psychédélique d’imitation du génial Sergent Peppers de leurs amis et concurrents, les Beatles, Mick Jagger et Keith Richards, décident de revenir aux premières amours du Groupe, le Blues et le Rock.

Tous les fans connaissent l’histoire par coeur. En 1960, Mick et Keith se croisent sur le quai de la gare de la souriante cité de Dartford, Mick a une pile de disques sous le bras, dont une compilation de Muddy Waters, une de leurs idôles américaines. Premier contact, qui les mène à rencontrer Brian, et les deux autres compères Bill Wyman et Charlie Watts (plus tard). Brian Jones leader historique du Groupe, choisira le nom d’une chanson de Muddy Waters pour baptiser sa formation : Rollin’ Stone, qui deviendront donc les fameux Rolling Stones.

Les premiers disques sont constitués de reprises de ces musiciens américains, noirs pour la plupart, oubliés dans leur pays, à qui ces jeunes blanc-becs redonnent vie. Pour l’anecdote, Les Stones joueront également un jour avec Muddy, offrant une reprise du « Rollin Stone » d’anthologie.

Mais ne nous égarons pas, en 1968 donc disais-je, Mick et Keith décident de prendre les clés du camion, ils ne les rendront plus jamais. Brian perdra pied, et sera viré du Groupe quelques mois plus tard.
Avant Beggars Banquet, leur 7e album, ils ont balancé un brûlot qui restera comme une des plus grandes chansons du rock, un de leur meilleur titre, dont l’intro est un riff dont Keith nous gratifiera désormais dans de nombreux classiques. « Jumping Jack Flash ». Guitare saignante, basse vrombissante, batterie qui claque, et puis le Jag qui sort de sa boîte, hurlant qu’il est né une nuit d’ouragan, sous des trombes d’eau, mais que tout va bien désormais, et que c’est le pied. « I was born in a cross-fire Hurricane, and i howled at my Ma in the driving rain, but it’s alright, as a matter of fact, it’s a gas, gas gas ».

Le couple Jagger-Richards avait torché quelques chansons bien troussées, mais là, ils tutoient les sommets, et c’est annonciateur de la suite. En fait, les Stones vont s’installer pour quelques années, à l’aide de plusieurs albums somptueux, sur le toît du monde, et devenir le « plus grand groupe de rock’n roll » de l’époque, avant plus tard de devenir une machine à jouer dans les stades, mais là encore, c’est une autre histoire.

Beggars, donc, illustré d’une pochette toute blanche, choix de l’éditeur, qui refuse à l’époque la photo choisie par les Stones, un mur de chiottes couvert de graffitis, jugée trop provoc. Qu’à cela ne tienne, cette photo illustrera longtemps les albums pirates, et finira par couvrir la réédition CD bien des années plus tard (faut dire que depuis on en a vu d’autres).
La photo intérieure est sublime, surtout en format Vynil bien entendu, elle couvre la double page. Un repas rabelaisien (c’est mon pote Bariani qui me l’a soufflé), et la bande de clochards classieux qui se gave face à ce banquet gargantuesque, dans une salle magnifique semblable à un intérieur de château. Keith vautré, tend une pomme plantée dans un couteau, à Mick par-dessus la table. Décadent et somptueux repas de clodos.

Le premier titre du disque se nomme « Sympathy for the devil », et contribuera à entretenir longtemps les rumeurs autour des relations sataniques que pourrait entretenir le groupe avec le Malin, mais les stones sont plus malins que ça bien entendu. Tout ça c’est du cirque, pur rock’n roll et pour le fun. Mais ce morceau d’une classe folle, deviendra un des hymnes stoniens, repris systématiquement en concert depuis plus de 40 ans maintenant.
Intro aux congas et maracas (on pense à Santana), la guitare qui s’installe et monte progressivement, le Mick qui pousse quelques cris de vierges effarouchées, avant de commencer à déclamer qu’il est .. le diable, en invoquant Jesus Christ, les Kennedys etc… et précisant que toutes leurs galères sont de son fait. La basse enveloppe l’ensemble, et la sauce monte crescendo, battue au fouet par mister Watts lui-même. Une merveille. Godard filmera l’enregistrement de ce titre, en studio, ou l’on voit Brian, de plus en plus, heu .. absent. Mais malheureusement pour le blond fondateur du Groupe, l’essentiel est ailleurs, les Stones balancent là un des plus grands morceaux de l’histoire de la rock music, et Beggars est leur premier chef d’oeuvre. Certes, Aftermath publié en 1966 avait de la gueule, mais cependant assez inégal, et pas de ce niveau-là !

Sur les titres suivants, la machine est huilée, chacun maîtrise parfaitement sa partition, et cela s’entend.

« No expectations »,superbe blues lent, avec des magnifiques parties de slide guitar, certainement une des dernières contributions de Brian Jones dans les enregistrements des Stones, évoque la tristesse d’une séparation (prémonition du divorce de Brian et du reste du gang ?).

« Dear doctor » (chanson plutôt comique, ce qui n’est pas souvent le cas chez les Stones), est une chouette ballade folk, harmonica et violons accompagnent Mick qui prend une voix de fausset pour parler à sa mère, disant qu’il est déprimé par ce mariage à venir. La chute peut le rassurer, la promise se fera la belle avec son cousin, et du coup il en pleure de soulagement auprès de son médecin.

Nouveau blues, « Parachute woman », plus electrifié, maintient le rythme et la cadence.

Second morceau classe du disque, « Jigsaw puzzle » rappelle le « A day in the life » des Beatles, à ranger dans le rayon « chroniques sociales ». Nouveau rythme bluesy mais électrique cette fois-ci, piano, guitares, et Jagger qui chronique des scènes de vie londoniennes, évoque l’ambivalence des gangsters et l’angoisse d’un groupe de rock, alors qu’il essaie de se concentrer pour assembler son puzzle. Superbe titre encore une fois.

Le rock qui claque sur l’album est « Street fighting man », évocation des évènements de mai 68,  notamment à Paris où les étudiants ont pris la rue et où la violence a éclaté de manière spectaculaire. Chanson très politique, elle est un appel à la révolte, alors que Londres semble si endormie. Riff de guitare en intro, basse-batterie en soutien, chant scandé, appel à la baston, remise en cause de l’ordre établi, alors que lui ne peut que chanter dans un groupe de rock.
Contrairement aux Beatles qui, dans « Revolution », ne comprennent pas ces évènements, appellent au calme, les Stones veulent mettre de l’huile sur le feu. Encore un classique, qui sera un de leurs étendards en concert, et repris par de très nombreux artistes (RATM, Springsteen, etc..).

« Prodigal son » (reprise de Robert Wilkins) calme le jeu mais toujours autant de classe, et « Stray cat blues », étrange appel à la fête (!), avec une gamine de 15 ans, fait remonter la tension. Je serai surpris qu’ils n’aient pas eu d’ennuis avec celle-là, mais les Stones sont décidément en cette année 1968, des gars peu fréquentables…

« Factory girl », sorte de ballade irlandaise minimaliste, violon, percus, guitares acoustiques et chant nasillard du marin Jagger, est une pause avant l’apothéose.

« Salt of the Earth », lente envolée lyrique, dont l’intro est chantée par Keith (une première notable), prend son envol aux 2/3 du titre, avec piano, choeurs, cymbales. Il influencera certainement l’écriture de prochains grands titres à venir. On pense notamment à « You can’t always get what you want ».

L’album se termine sur ce décollage, dans lequel Jagger très cynique, demande de lever notre verre aux pauvres et misérables (le sel de la terre). Pas le genre à s’apitoyer.

En 39 minutes, les Stones balaient la concurrence. Bon évidemment il y a encore les Beatles, qui en 1968, publient eux aussi un album avec une pochette blanche. Mais bientôt la voie sera libre pour eux, et le meilleur est à venir.

El Padre

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